‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 23 sur 124 · Nos 172 et 196 du Catalogue jusqu'en · texte numérisé non relu

Nos 172 et 196 du Catalogue jusqu'en

4. N° 232 de l'édition de 1819, p. -261. Portrait parfaitement authentique, discuté et reconnu par la famille.

3. N° 2fi7 jusqu'en 1795 : à partir de cette époque, n" 285. 6. No 247 des éditions de 1806 et 1810.

Quant à l'attribution du travail à J.-icques Sarrazin, nous comprenons qu'on ait hésité. Rien ne prouvait que Lenoir eût parlé d'après un document, et nous savons avec quelle légèreté, à ce moment, on attribuait à un artiste la paternité d'une œuvre. Il faut remarquer sans doute les termes particulièrement formels qui ont été employés. Mais malheureusement on ne peut pas oublier non plus l'invincible penchant qui poussait Lenoir à tout attribuer à Sarrazin. Si l'on croyait toujours sur parole l'actif conservateur du Musée des Monuments français, sa collection aurait été remplie d'ouvrages de ce sculpteur. Toutefois il faut reconnaître que le style du buste n° 285 ne contredit pas violemment l'affirmation du fondateur du Musée des Petits-Augustins, et que, si cette affirmation, comme on le verra, ne peut pas être l'expression de la vérité, il n'en est pas moins exact qu'elle n'a jamais eu contre elle les vraisemblances extérieures. Frise en bloc, cette opinion était d'une exactitude très suffisamment approximative pour un archéologue de l'époque impériale.

Le comte de Clarac a doue eu tort, lorsqu'on 1824 il forma la galerie d'Angoulème, de ne tenir aucun compte des renseignements transmis par Lenoir, et cette négligence ou ce dédain lui firent commettre une grave erreur. Il confondit le chancelier Le Tellier avec le ministre de Louis XIV, le père avec le fils ; et comme le marquis de Louvois avait eu un tombeau dans l'église des Capucines *, et que ce tombeau avait été sculpté en partie par Desjardins, sans rien comparer, sans rien vérifier, Clarac proclama que le buste était le portrait de Louvois et l'œuvre de Desjardins. Il consacra cette double méprise sous le numéro 60 de son catalogue, article ainsi conçu : « Michel Le Tellier, marquis de Louvois, buste en bronze d'après

1. Catalogue du Musée desMonumens français, édition de 1810, u°20o.

Desjardins \ Hauteur, 0™,415; largeur, i pi. 3 po. 51. — On avait élevé à ce ministre de Louis XIV, dans l'église des Capucins (lisez des Capucines), un très beau monument en marbre et en bronze, dont les statues avaient été faites par Girardon et par Desjardins, qui mourut avant d'avoir terminé la statue de Louvois, à laquelle Van Cleve mit la dernière main. »

Cette erreur ne fît heureusement pas école, et l'inventaire des sculptures du Musée royal, exécuté sous la Restauration, reconnut dans le buste en question, enregistré sous le numéro 3,372, un portrait de Michel Le Tellier, le chancelier, d'après Sarrazin.

Quand le marquis de Laborde fonda définitivement sur des bases sérieuses le Musée de sculpture du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes, le buste de Saint- Germain des Prés trouva naturellement sa place.

L'illustre érudit, à qui aucune branche de la science n'était étrangère, connaissait trop bien la large face imberbe de Louvois pour confondre sa grossière physionomie avec la fine tête du chancelier, son père. 11 se garda donc bien de conserver l'attribution erronée de Clarac. Mais en même temps il n'osa pas se fier à Lenoir. Il savait bien ce que valent trop souvent ses affirmations^. Personne n'ignore aujourd'hui que, pour combler une lacune dans une série de personnages illustres, le conservateur des Petits-Augustins baptisait lui-même, quand il ne le faisait pas fabriquer, le héros qui lui manquait. On doit en outre reconnaître que l'original en question rendait l'attribution particulière-

1 . Il n'y a pas à douter que ce buste ne soit le numéro 177 actuel. Dans les deux descriptions les dimensions sont les mêmes, à 5 millimètres près. On sait d'ailleurs, par l'inventaire des sculptures, que le 177 faisait partie de la galerie d'Angoulême. M. de Guilhermy ne doute pas non plus de l'identité des deux pièces.

2. Annales archéologiques, t. XII. p. 17. — Cf. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, t. III, p. 251.

ment suspecte. Dans l'impossibilité où il était de se procurer un Coligny, ainsi que le plaisir de rédiger un article hostile au catholicisme, Lenoir n'avait pas hésité à prendre un buste de Henri II * et à lui faire jouer le rôle de l'amiral. Evidemment la Saint-Barthélémy, dont le souvenir effarouchait la pudeur des ci-devant pourvoyeurs de la guillotine, l'odieuse Saint-Barthélémy, très à la mode à ce moment, appelait comme pendant la révocation de l'édit de Nantes. Cette association d'idées devait fatalement se produire dans l'esprit de Lenoir comme dans le cerveau bouleversé de ses contemporains. Le faux buste de Coligny avait surpris la bonne foi d'un pasteur qui, attendri à la vue de son prétendu corehgionnaire, adressa à Lenoir une complainte en vers latins^, aussitôt imprimée. Quelle noble indignation, quelle belle poésie classique n'avait-on pas à attendre de la muse protestante à propos de l'inspirateur de la fameuse Révocation I Un portrait de Michel Le Tellier était donc, pour Lenoir, un objet de première nécessité, surtout après 1806, éjoque oii l'église Saint- Gervais avait reconquis le tombeau du chancelier. Dès lors Lenoir était-il sincère? J'ai déjà fait pressentir, je prouverai tout à l'heure qu'il l'était; mais après un tour aussi peu délicat de supercherie historique, on avait le droit de douter de sa sincérité. Le marquis de Laborde put, et, je dirai même, dut donc se méfier. N'ayant pas le loisir de faire une recherche à fond ni une vérification spéciale, il s'en tint aux vraisemblances. Ce buste était le portrait d'un chancelier et passait pour l'œuvre de Sarrazin ;

1. C'est le Henri 11 attribué à Jean Goujon, n» 551 bis du Catalogue du Musée des Monuraens français, édition de 1810, et le nunoéro 101 du Catalogue des sculptures du moyen âge, de la Rcnaissnnce et des temps modernes, par M. Barbet de Jouy, qui lui a rendu son véritable nom. Le faux Coligny, moulé, copié ou gravé, continue son métier dans le monde, et notamment à Versailles.

2. Voyez le Catalogue du Musée des Monumens français, édition de 1810, p. 291.

on l'attribua à celui d'entre ces hauts fonctionnaires qui avait administré la justice pendant les années correspondant le mieux au temps oîi la sculpture paraissait avoir été exécutée. Pierre Séguier, chancelier de 1635 à 1672, devint l'original officiel du buste si discuté. M. le baron de Guilhermy protesta, mais sans conclure, dans les Annales archéologiques \ Depuis, l'opinion du marquis de Laborde n'a pas été modifiée.

Je vais essayer de clore la discussion au moins sur un point, et je veux y parvenir sans recourir ni à la science ni au témoignage suspectés de Lenoir ; car le problème n'est pas insoluble, même en l'absence de toute tradition. Je suppose donc que rien n'est connu et que je suis en face d'un monument sans origines. Par l'attribut qui décore le piédouche, nous savons que nous avons affaire à un chanceher, et, par le costume, à un magistrat du dix-septième siècle. De 1599 à 1699, sept personnages ont occupé la magistrature suprême en France : Pompone de Bellièvre (de 1599 à 1605), Nicolas Brulart de Sillery (1603 à 1624), Etienne V' d'Aligre (1624 à 1635), Pierre Séguier (1635 à 1672), Etienne II d'Aligre (1672 à 1677), Michel Le Tellier (1677 à 1685), Louis Boucherat (1685 à 1699), Le Tellier est le seul dont les portraits gravés offrent une ressemblance absolue avec le buste en question. Il y a d'ailleurs une autre preuve à fournir, et, celle-là, bien autrement péremptoire, puisqu'elle doit produire l'évidence. Elle consiste à rapprocher une fois encore les deux monuments qui ont été naguère juxtaposés dans le Musée des Monuments français : le tombeau de Saint-Gervais et le buste du Louvre. Pour obtenir ce résultat, il n'est pas besoin d'une révolution nouvelle. Les gravures qui accompagnent cet article suffisent à cette concluante confrontation. Ainsi, des trois assertions de Lenoir, en voici

Page 1