QUATRIÈME ARMOIRE SUPERIEURE
Bronze.
Troisième tablette.
Un crucifix sur une croix d'ébène, par Van Obstaël
portant le n° 1
Bas-relief, enfant conduisant une chèvre n° 2
t. N" 102 du catalogue actuel des ivoires; n° 530 de VInventaire de gardemeuble de la Courorme, en 1791 ; n" 533 de la Notice des dessi7i!i, peintures, bas-reliefs eiposés au musée Napoléon dans la galerie d'Apollon, 1815.
2. N» 105 du catalogue actuel des ivoires; n° 534 de la notice de 1815.
3. N" 104 du catalogue actuel des ivoires; n° 535 de la notice de 1815.
* Objets portés au dépôt de Nesle et donnés en échange à la citoyenne Denoor. (Note ajoutée postérieurement au manuscrit.) — Il faut lire, sur les acquisitions de la citoyenne Denoor, ce qu'en a dit le marquis de Laborde dans les Archives de la France pendant la Révolution, édition in-12, page 255 et 256.
Bacchus posé sur un tonneau, soutenu par deux enfans. n» 3
Semblable bas-relief n» 4
Deux amours qui luttent et deux qui se baisent', ... n** 5 Deux amours qui se battent, une chèvre groupée avec
eux n° 6
Lesquels objets sont provisoirement restés sous la garde du sieur Vincent, etc., etc.
Une fois inventoriés, les bas-reliefs qui nous occupent reçurent une étiquette portant le numéro de leur enregistrement. Une main écrivit sur de petits bouts de papier : 1, la nation^ 2, la nation.^ 3, la nation., et ainsi de suite, et colla toutes ces estampilles sur les sujets qui correspondaient aux articles de la description. Puis, sans doute, ces marbres roulèrent de dépôts en dépôts publics sans trouver d'acquéreurs à la différence du plus grand nombre des ivoires. L'Etat les garda malgré lui ; ils échouèrent enfin au Louvre et quand, au commencement de la Restauration, on dressa l'inventaire général des collections royales, on les trouva dans un coin. Ils furent alors fidèlement décrits, pêle-mêle avec une foule d'autres. Mais, à ce moment, les traditions étaient perdues. A une époque oii l'on était si prodigue d'attributions, on leur infligea le fatal « maître inconnu ». C'était pour longtemps un arrêt de réprobation. Ils continuèrent donc d'être voués aux magasins.
Puissent les trente-deux quartiers de leur noble ex traction, que je viens d'établirpour les généalogistes les plus exigeants, valoir à ces gracieuses sculptures les égards qui leur sont dus et les honneurs de l'estime publique ! Quoi qu'en disent certains connaisseurs pour se dispenser de toute érudition, le vrai mérite d'un objet n'est pas toujours reconnu dans une collection en dehors des considérations de son origine. Ce qu'on appelle le goût, qualité essentielle de l'amateur, mais malheureusement trop variable, n'est fort souvent que le masque de l'ignorance. C'est au nom de ce sentiment
irraisonné que, pendant plus rie trois cents ans, on a proscrit les chefs-d'œuvre de notre école gothique. De tout temps les enfants trouvés de l'art ont bien du mal à faire leur chemin. Heureusement, la recherche de la paternité ne leur est pas interdite, et il sera toujours loisible h la science d'en appeler des jugements du goût.
Si, maintenant, je tourne les yeux vers les salles de la Renaissance, je dirai que j'attends encore, pour les décorer,
( Musée du Louvre, salle des Antiques. )
un grand bas-relief (M. R. 1641) représentant une scène funéraire, resté parmi les monuments antiques dans la salle des Empereurs \ C'est un précieux exemple à donner au
i. « Il y a longtemps, dit Clarac (Musée de la sculpture antique et moderne. texte, tome II, l^e partie, p. TiO), que ce grand bas-relief est au Louvre, où il faisait autrefois partie de l'ancienne salle des Antiques, et il a été décrit par MafTei et dom Martin, qui n'ont pas élevé le moindre doute sur son authenticité. Depuis quelques années il en a excité : Visconti semble même les partager, et l'on croit assez généralement que ce grand bas-relief, dont cependant la composition est belle et bien entendue, et où le caractère antique est en général assez juste, est une composition d'un artiste du seizième siècle. En offrant la cérémonie de la conclamation, qui faisait partie de celles des funérailles, il se sera aidé et heureusement inspiré, dans bien des parties, de ce que des productions antiques lui fournissaient de propre à son sujet, et, pour la plupart, ses emprunts sont adroitement faits, et ce ne serait peut être
public pour lui indiquer ce qu'était à Venise et dans le nord de l'Italie l'art des faussaires au commencement du seizième siècle. Il faut le rapprocher d'un marbre également moderne du Musée du Palais ducal de Venise, regardé jusqu'à ces derniers temps comme antique*.
Un certain nombre de sculptures, qui heureusement n'étaient pas devenues immeubles par destination, ont été cédées par le département des Antiquités grecques et romaines au département de la Renaissance. On remarque parmi ces pièces une belle tète d'empereur lauré du compas au inoyea des costumes, ni même de la disposition de la cérémonie, qu'on parviendrait à reconnaître cette savante fraude. Ce serait plutôt par la manière dont sont employés certains accessoires qu'elle se découvrirait; et aussi par des inexactitudes qui n'auraient pas échappé à un sculpteur ancien. Il aurait représenté échevelées les femmes qui se frappent le sein, et il n'aurait pas laissé à découvert celui de la femme étendue sur son lit de mort; ce n'est pas dans les coavenances de la décence romaine. 11 n'eût pas attaché par une fibule sur l'épaule gauche le vêtement d'un des joueurs de trompette et sa tête n'eût pas été ceinte de bandelettes, ce qui n'était pas dans les usages romains. On trouverait aussi que le lit, surtout les pieds, la manière dont il est garni et son dossier en draperie comme le fond d'un appartement, ne sont pas dans le style antique. Il y aurait certainement encore à faire quelques remarques de détails, ne fût-ce que sur ces pantoufles qui autoriseraient à croire que le bas-relief n'est pas antique. Il est loin cependant d'être sans mérite, et l'on y retrouve l'imitation de bons modèles. Mais, comme ce n'est qu'une imitation moderne, il devient mutile de pousser plus loin les observations et les recherches. — Ce bas-relief a été publié par Bouillon, t. III, hàs-veWefs, personn. rom., pi, 27, n" 1 (Hauteur, 0m,920 =2 p. 10p. — Longueurl%997 =6 p. Ipo. 10 lignes.) » Visconti, dès le commencement du siècle avait été très clairvoyant. Il s'exprimait ainsi dans la Notice des statues, bustes et bas-reliefs de la galerie des Antiques, édition de l'an XI p. 123: « Ce bas-relief, en marbre de Luni ou de Carrare, est tiré de la salle des Antiques du Louvre, où il se conservoit peut-être depuis François I^'. C'est là que l'ont vu Maffei et dom Martin qui en ont publié le dessin et l'explication sans trop s'être assurés de son authenticité, qui est très douteuse : en effet, si l'on considère la forme moderne des meubles, les bandeaux dont, contre l'usage, la tête des joueurs d'instrumens est ceinte, et divers autres détails qui décèlent l'ignorance des usages antiques, on sera porté à regarder cet ouvrage comme une imitation de l'antique exécutée au commencement du seizième siècle, »
1. Voyez ce que j'ai dit de ce marbre dans la Gazette des Beaux- Arts, 2" période, tome XXXIV, p. 313 et 314,
lO't L'ANCIEN FONDS DU MUSEE
mencement du seizième siècle (M. R. 682) et deux bustes très mutilés signés par Simone Bianco(M. R. 1594 et 1880, nM02).
Simone Bianco est un sculpteur italien (florentin, suivant Vasari), qui passa presque toute sa vie à Venise et travailla dans le goût de l'école vénitienne pendant la première moitié du seizième siècle. Ce froid imitateur de la statuaire antique n'est point un artiste de premier ordre. Ce qui le distingue de ses contemporains, c'est qu'il conserva pendant la seconde période de la Renaissance, au moment oîi l'école allait en s'affadissant, une partie de la rudesse, de la naïveté et de l'âpreté du style du quinzième siècle. Quelques-unes de ses œuvres (nous en connaissons quatre), qu'il signait ordinairement en toutes lettres de son nom traduit en grec, sont assez défectueuses et d'une exécution brutale. Simone a joui cependant, auprès de ses contemporains, d'une grande réputation. Non seulement Vasari en a parlé dans sa Vie de Vittore Carpaccio * ; mais encore l'Arétin, dans une lettre datée de mai 1348^, en a fait un pompeux éloge à propos d'un portrait de femme. hWnonyme de Morelli signale, en do32, l'existence de deux de ses œuvres dans le cabinet d'un amateur de Venise, A. Odoni'.
Nous n'aurions pas, au dix-neuvième siècle, à nous occuper en France de cet artiste, si un fait de sa biographie ne le rattachait à l'histoire de nos arts et de nos collections. Vasari, dans la première édition des Vite^ dit que quelquesunes des têtes de marbre qu'il sculptait furent envoyées en France par des marchands vénitiens. Vasari était bien
1. Edition Lemonniefj t. VI, p. 105; édition G. Milanesi, t. III, p. 651.
2. Lettere piltoriche, édition de Rome 17(59, t. III, p. 117.
3. » El piede marmoreo intiero sopra una base, fu de mano de Simon Bianco... La statua marmorea del Marte nudo che porta l'elmo in spalla, de due piedi, tutto tondo, fu de man de Simon Bianco. » {Anonyme de Murelli, édition de 188i, p. 135 et 162.)
informé. Il reste des traces de cet envoi. On peut voir actuellement, dans le palais de Compiègne, un buste d'homme en costume antique appartenant aux collections
Personnage antique.
Buste en marbre, par Simone Bianco. Inveut. 1880, n» 10:!.
( Musée du Louvre. )
du Louvre (M. R. 2598), sur lequel se lit l'inscription suivante :
imm AErK02
0 ENETOl EnOlEI
Mon collègue et ami, M. Héron de Villefosse, a signalé
précédemment {Bulletin monumental, 1880, p. 379) la présence au Louvre d'une des deux œuvres de Simone Bianco, qui, à cause du costume du personnage représenté,
Personnage antique , dit Cicéron.
Buste en marbre par Simone Bianco. (M. R. 1304 )
ont longtemps fait partie de la collection des antiques, et qui viennent de nous être transmises. Il a fait connaître en même temps un autre buste de personnage antique qui était à vendre à Paris, en provenance de Hongrie, au mois de mai 1880. Le troisième buste du même sculpteur, pos-
sédé par le Louvre, et regardé comme un Cicéron, porte également la même inscription grecque. Actuellement, ce sont là les seules œuvres certaines d'un artiste qui a laissé un nom célèbre dans les annales de la sculpture italienne.
Une répartition reste encore à faire entre le département de la sculpture antique et le département de la sculpture moderne au sujet des bustes de bronze qui chargent le haut des vitrines dans la salle des Bronzes antiques. Ces bustes viennent en grande partie de l'ancien Garde-Meuble des rois de France et font triste figure à côté de monuments originaux. Ils présenteraient, au contraire, de l'intérêt s'ils étaient rendus à leur milieu chronologique. Certaines statues égyptiennes datant des seizième et dix-septième siècles et provenant de la villa Borghèse, par exemple Isis et Osiris^ inscrites sur les inventaires de la Renaissance (M. R. 1S86 et I088), gagneront aussi à ne plus affronter, sur le palier de Tescalier égyptien, une comparaison trop immédiate avec les pièces originales. Elles compléteront utilement la série de nos imitations de l'antique par les écoles modernes : car telle œuvre, négligeable comme pastiche de l'antiquité, pos>ède quelquefois une valeur considérable comme monument de la Renaissance. La salle de Michel- Ange et le vieux fonds de l'école italienne s'enrichiront beaucoup de ce côté.
Les bustes de Henri II, de Charles IX et de Henri III, mentionnés dans l'inventaire du cardinal de Richelieu, récemment publié par M. de Boislisle, sont aujourd'hui dans la salle de Jean Goujon, après avoir figuré dans la galerie d'Angoulême sous les numéros 14, 25 et 26 du catalogue Clarac. Quoique fort connus depuis longtemps, ces marbres laissent encore beaucoup à dire sur leur compte.
Ils sont ainsi désignés dans la Descriptmi des sculptures de la Renaissance :
129. — Henri II, roi de France. — Il est couronné de lauriers, revêtu d'une cuirasse que recouvrent quelques plis d'un manteau fleurdelisé, et porte sur la poitrine le collier de Saint-Michel. Buste d'albâtre. Hauteur, 0™,770. On lit sur le piédouche : « Henri II. »
130. — Charles IX, roi de France. — Il est représenté à l'âge de dix-huit ans, les cheveux courts, sans barbe. Sa cuirasse est très richement ornée de rinceaux et traversée par le collier de Saint- Michel; le manteau est fleurdelisé. Buste d'albâtre, la tète de marbre. Hauteur, 0™,770. On lit sur le piédouche : « Carolus IX, 1568. »
131. — Henri III, roi de France. — La tête est nue, la moustache est fine, la cuirasse est ornée, le manteau fleurdelisé; le collier de Saint-Michel traverse la poitrine. Buste d'albâtre. Hauteur, 0™,770, On lit sur le piédouche : « Henri III' ».
Avant d'entrer au Louvre, ces trois bustes ont passé par le musée des Petits-Augustins oii ils portaient les numéros 547, 548, 549. Lenoir en parle ainsi dans le tome IV, p. 166, du Musée des Monumens français : « Nous vojons sous les numéros 547, 548 et 549 les bustes en albâtre, sculptés par Germain Pilon, de Henri II, de Charles IX et de Henri III. J'ai acheté ces bustes, précieux pour la vérité des têtes et la recherche dans les draperies, à un serrurier du village de Monceaux qui les avoit acquis au château de Rincy dont ils ornoient le salon. » Plus tard et postérieurement à l'entrée de ces monuments au Louvre, Lenoir a inséré, dans le tome VIII, p. 181 de son ouvrage, une note nouvelle sur ces bustes. Il dit, à propos de la répartition des objets qui avaient fait partie du musée des Petits-Augustins : « N°^ 547, 548 et 549, Henri II, Charles IX, Henri III, bustes en albâtre par Germain Pilon, achetés à M. Balleux, marbrier. Montagne Sainte-Geneviève... » Mais il n'y a pas contradiction entre les deux affirmations successives de
1. Les trois bustes sont gravés dans le Musée de sculpture de Clarac.