‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 40 sur 124 · Vasari, Le Vite, t. VII, p. 66 et · texte numérisé non relu

Vasari, Le Vite, t. VII, p. 66 et

Royale'. Joan de Bologne avait été chargé de modeler et fondre la statue de Henri IV ^, et, longtemps après la mort du modèle et du sculpteur, c'est sous Louis XIII que Richelieu avait vu ériger le monument sur le Pont-Neuf et avait concouru à sa décoration^ Richelieu avait donc toutes sortes de raisons pour apprécier avantageusement le talent de Jean de Bologne, et les relations qu'il dut avoir à la cour de France avec les Francheville et les Bordoni, quand ceuxci achevèrent à Paris l'œuvre commencée à Florence, lui procurèrent facilement les meilleures occasions de satisfaire son goût. Ce portrait de Jean de Bologne, dans les dernières années de sa longue vieillesse, étant vraisemblablement sorti d'Italie avec les élèves du sculpteur qui terminèrent et installèrent en France la statue de Henri IV, il est naturel de le retrouver quelques années plus tard à Paris, dans les mains de l'amateur passionné qui eut, comme ministre, à employer précisément les disciples de Jean de Bologne, collaborateurs de ses derniers travaux.

La notice qui précède^ et que, dès 1882*, j'avais consacrée au buste de Jean de Bologne, a eu l'honneur d'avoir quelques lecteurs, mais n'a pas eu le bonheur de les convaincre

1. Notice SU)' l'ancienne statue équestre, ouvrage de Daniello Ricciarelli et de Biard le fils, élevée Louis Xlllen 1639, par Anatole de Montaiglon. Paris, 1851, in-8.

2. Baldinucci, Notizie de' professori del désigna, t. VIII, p. 144 et suiv.

3. On lit dans Sauvai, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. ler, p. 236, à propos de la statue de Henri IV sur le Pont-Neuf : « Le cardinal de Richelieu, en 1635, fit garnir les faces de ce pied d'estai de cinq bas-reliefs de bronze qui, comme autant de tableaux, nous font voir les cinq principales conquêtes du grand roi, et qu'on regarde bien d'un autre œil que les captifs de Bourdon et de Francaville; ils furent distribués entre Boudin, Bourdon et Tremblay... C'est encore par l'ordre et les soins de ce premier ministre que celte figure équestre fut accompagnée au pourtour d'un quarré et massif de maçonnerie qui avance tout entier dans le canal de la rivière et dont les encoigneures sont faites en bossages rustiques. »

4. Bulletin des antiquaires de France, année 1882, p. 220 et suiv., et publiée à part, format grand in-8, sous ce titre : Quelques sculptures de la collection du cardinal de liichelieu, au'ourd'hui au musée du Louvre, Pans.

tous. Un livre récent sur le grand artiste douaisien, publié par M. Abel Desjardins, contient le passage suivant* : « Dans la brochure qui a pour titre : Quelques sculptures de la collection du cardinal de Richelieu^ M. Louis Cohrajod, après avoir apprécié à toute sa valeur le beau buste qui se trouve au Musée de la Renaissance au Louvre, et qui représente Jean de Bologne dans sa vieillesse, s'élève contre Topinion généralement admise qui attribue ce buste à Francheville. Il déclare que cet artiste était incapable d'exécuter une pareille œuvre. Jean de Bologne lui-même, dit-il, ou Pietro Tacca, voilà les seuls auteurs vraisemblables de cet ouvrage. Ce n'est là qu'une présomption dénuée de preuves. »

Au point de vue étroit oii il a voulu se placer, M. Abel Desjardins avait raison en 1882. A cette époque, mon attribution, appuyée uniquement sur des considérations esthétiques, manquait de preuves matérielles. Ces preuves-là je suis loin de les dédaigner, mais j'avais cru qu'à leur défaut je pouvais me contenter de preuves morales, non moins éloquentes pour des yeux expérimentés. Il faut bien admettre qu^en fait d'art tout ne se passe point par-devant notaires et ne se juge pas, comme en justice, sur dossier. Un chefd'œuvre longtemps interrogé, comparé et confronté avec toutes les pièces similaires, vous en dit plus long sur ses origines que tous les papiers d'archives compulsés loin de lui. Enfin les maîtres se révèlent, sans l'intermédiaire du document, à ceux qui les recherchent avec opiniâtreté et les étudient avec amour. Soumis à une sorte d'évocation ils apparaissent quelquefois à leurs dévots.

Cependant, arrière les revenants I Rentrons chez les notaires et dans le domaine de la froide dialectique. J'admets que j'avais tort de deviner : c'est un jeu trop dangereux. Ma proposition n'était, en 1882^ comme me l'a dit

Page 1