‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 41 sur 124 · Abel Desjardins, Jean Bologne, p · texte numérisé non relu

Abel Desjardins, Jean Bologne, p

mon honorable contradicteur, «qu'une présomption dénuée de preuves » ! Soit! je m'incline ; mais je réponds immédiatement que, depuis la publication du livre de M. Desjardins, j'ai des preuves matérielles et que ces preuves qu'il réclame c'est lui maintenant qui me les fournit. On va voir qu'il est imprudent de dépouiller les archives sans méfiance et de livrer à la publicité ces textes — fussent-ils découverts par d'autres — sans les avoir médités ni interprétés. Car je pense que je puis ajouter foi entière à des autorités gravement définiescomme il suitpar.un sévère etexact historien : Arch. med. Cart. di Ferdinando L fîha 279*. Or, à cette source documentaire, M. Desjardins puise le passage suivant de son ouvrage : « Une lettre de Tacca, à la date du 22 janvier 1608, nous apprend qu'il était chargé d'EXÉ-

CUTER LE BUSTE DE L^ILLUSTRE VIEILLARD, alorS installé aU

Riposo, où, à cause de la rigueur de la saison, il gardait la chambre, et oii il était l'objet des soins les plus affectueux. »

M. Desjardins, en écrivant cette phrase, ne se duutaitpas du concours inespéré qu'il apportait à ma théorie. 11 rectifiait lui-même inconsciemment, et cependant beaucoup mieux que moi, l'erreur traditionnelle et se chargeait d'établir, sur pièce justificative, l'état civil de notre buste du Louvre. Il nous a fait en quelque sorte assister aux séances dans lesquelles la sculpture fui modelée. Je ne saurais jamais le remercier assez d'avoir changé en certitude la modeste « présomption » qui l'a d'abord si fort scandalisé.

La situation est dès maintenant retournée. De l'attribution persistante à Pierre Francheville^ il ne reste rien, pas

1. Jeun Bologne, p. 52. «Depuis que Franqueville était rentré en France, Pierre Tacca était devenu son élève le plus cher et le plus distingué. Il ne quittait pas le maître et lui servait de secrétaire,» ajoute M. Desjardins. Quel concours de preuves pour justifier notre proposition!

2. M. Desjardins qui n'admettait pas sans papiers d'archives l'attribution du buste à Tacca, est moins difficile pour son ami Franchevillej il dit, p. 54

même une «présomption ». Si par hasard un document établissait jamais que Francheville a, lui aussi, sculpté le portrait de son maître — hypothèse très admissible, mais jusqu'à présent sans aucune base — je me chargerais à mon tour de démontrer à ceux qui étudient les artistes dans leurs œuvres, que ce n'est pas l'ouvrage de Francheville qui nous est parvenu.

Je profiterai de l'occasion qui se présente de dire quelques mots d'une suite de statuettes de Jean de Bologne, qui est possédée depuis longtemps par le Musée du Louvre et à laquelle se sont réunies quelques belles pièces de la collection Gatteaux et la magnifique cire de la collection Campana.

A la fin du seizième siècle, chez quelques princes ou grands seigneurs, il était déjà d'usage de former des suites de statuettes de Jean de Bologne. Le fait est constaté dans une lettre écrite, en1o81, à un duc d'Urbin par Simon Fortuna, agent de ce prince et chargé par lui d'acquérir des objets d'art. Cette lettre a été 'publiée dans le Cabinet de l'Amateur, tome IV, p. 32 1 à 529. Le témoignage de Fortuna est confirmé par ^Baldinucci dans les biographies do Jean de Bologne, d'Antonio et de Francesco Susini, élèves du maître et vulgarisateurs de ses œuvres ^ Il résulte du texte communiqué par M. de Boilisle que Richelieu appréciait hautement les charmantes statuettes et réductions de statues du grand artiste, et était parvenu à composer une collection très complète de ces petit? ouvrages de bronze. Il est curieux de rapprocher la liste des statuettes ayant appartenu à Richelieu de la liste des statuettes signalées

de son livre : « Si nous n'avons pas le buste du maître de la main de Pierre Tacca, nous possédons du moins celui que nous a laissé son autre élève le plus renommé, Pierre Francheville, » Pour celui-là, parait-il, les affirmations sans preuves suffisent.

1. Notizie de pro/es^ori ciel disegno, t. VIII, Milan, 1811, p. 152 à 153; t. X, p. 463 à 473.

et recommandées au duc d'Urbin en 11581, et de la liste donnée par Baldinucci (loc. cit.). Cette comparaison sera utile pour les attributions raisonnées de quelques-unes de ces sculptures. Un grand nombre de statuettes de Jean de Bologne figuraient dans les armoires de l'ancien gardemeuble des rois de France et sont décrites dans les inventaires des bronzes de ce dépôt, de 1684 à 1791. On en retrouve encore quelques-unes au Musée du Louvre. Ces pièces portent toutes des numéros de renvoi au dernier inventaire imprimé de 1791, qui n'était d'ailleurs sur bien des points que la reproduction de l'inventaire manuscrit de 1788. Ces numéros sont profondément gravés au burin dans le bronze. II y aurait peut-être lieu de penser que certaines statuettes de Jean de Bologne, aujourd'hui au Louvre, proviennent de Richelieu et ont fait antérieurement partie de ses collections. La célèbre garniture d'autel qu'on appelait la Chapelle de Richelieu^ donnée à Louis XIII par son ministre en 1636, était conservée dans le même dépôt et dans les mêmes armoires. Cependant, comme aucune des figurines du Louvre n'existe à l'état d'épreuve unique, nous nous bornons à signaler la vraisemblance de cette identification sans pouvoir rien affirmer. Toutes les grandes collections de l'Europe, celles surtout dont l'origine remonte au seizième siècle, exposent de nombreuses statuettes de Jean de Bologne et ont dû en posséder jadis la suite complète. Je citerai avant tout les pièces du Musée national du Bargello, à Florence, et de quelques salles du Musée des Offices et du palais Pitti. Les plus riches des collections publiques en petits ouvrages de Jean de Bologne sont celles de VAmbraser Sammlung et du château impérial de Vienne, aujourd'hui réunies dans le Palais du Belvédère inférieur, en attendant la splendide installation du Ring^ celles du Musée des Antiques de Dresde et de la Grûne Geivolbe du palais royal de la même ville.

MOiNUMENTS COiNSERVES AU LOUVRE 141

Voici l'indication de quelques-unes des statuettes de bronze contenues dans un inventaire du garde-meuble des rois de France, antérieur à 1684, et qui désignent peutêtre des œuvres attribuables à Jean de Bologne et provenant du cardinal de Richelieu. La présence de certains doubles dans cet inventaire s'expliquerait naturellement par la fusion de deux collections.

5. — Un group de deux figures de bronze représentant Hercules qui enlève Desjanire, hault d'un pied dix pouces.

7. — Un autre group d'un Hercules qui emporte un sanglier sur ses épaules, de quinze pouces de hault.

8. — Une figure de bronze d'une femme nue assise, qui tient d'une main une esquierre et de l'autre une règle, de quinze pouces de hault.

9. — Un Hercules aussy de bronze couvert d'une peau de lion qui porte deux coloimes, hault, avec les colonnes, de seize pouces.

10. — Un group d'un Centaure qui enlève une femme, hault de treize pouces...

13. — Un group d'un Hercules qui dompte le Cerbère, hault de treize pouces...

15. — Une figure d'un Attelas qui porte le monde, hault de seize pouces...

16. — Un group d'un Hercule qui arrête un cerf par le bois, hault de quatorze pouces...

18. — Un group d'un Hercules qui tue un lion, hault de treize pouces.

19. — Un group d'un combat d'un taureau avec un lion, hault de huit pouces...

32. — Un groupe de deux hommes et une femme qui est élevée par un des deux hommes.

33. — Un group de deux figures qui représente un Hercules frapant sur l'hydre, qu'il tient par la queue.

3b. — Une figure de femme toutle nue qui sort du bain et qui s'essuie...

37. — Un autre group de deux figures qui représente une femme toutte nue, couchée sur un drap, regardée par un satyre...

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