‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 45 sur 124 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Litta'. La figure équestre de Robert Malatesta provient de la collection Borghèse, et rien n'est plus régulier que son acquisition. C'est même par hasard qu'elle est venue en France.

Quand, vers 1806, le gouvernement français se proposa d'acquérir la collection Borghèse, il fit dresser un état estimatif de toutes les pièces de cette collection. Le rédacteur de ce document partageait les idées de son époque sur la sculpture de la Renaissance italienne. Les monuments de l'art antique lui paraissaient seuls dignes d'être recueillis dans les musées. Après avoir remarqué notre bas-relief, qui avait été encastré extérieurement dans une de? façades du Casino de la villa Borghèse, il en annonça l'existence à l'administration française, mais déclara que cette sculpture ne valait pas la peine d'être emportée. Yoici un extrait de son rapport ;

Énumération et apperçu descriptif des objets d'antiquité, statues, basrelief [sic) buste (sic) et cypes cinéraires qui décorent le pourtour de la façade du casino de la villa Borghèse, hors de la porte du Peuple, à Rome.

Premier étage.

Entre les croisées sont deux statues équestres eu bas-relief.

La première représente Sigismond (lisez Robert) Malatesta, seigneur de Rimini et général des troupes de l'Église. Un pape lui avoit fait élever cette statue dans la cour qui précédoit l'ancien temple de Saint-Pierre. Le cardinal Scipion Borgbèse l'a fait placer sur la façade de ce casino. L'autre statue n'est pas connue, mais elle est moderne comme la première. Ces bas-relief (sic) coùteroient beaucoup pour être transporté (sic) et n'en valent pour (lisez pas) la dépense.

Heureusement les suggestions de cet admirateur exclusif du génie antique ne furent pas écoutées. Le bas-relief fut apporté à Paris, avec le reste de la collection Borghèse.

1. Famiglie celebri d'Italia. Famiglia Malatesidj ta vola XIV.

-Z.'^^r^^Ul^. U.

ROBERT MALATESTA ( Bas-relief en marbre du Musée du Louvre. )

D'ailleurs, les injustes préventions qu'on avait essayé de faire naître dans l'esprit de l'acquéreur n'existaient pas, il faut Ta vouer, dans l'esprit du vendeur. On savait à Rome que ce bas-relief n'était pas sans importance. Cicognara l'avait déjà décrit pour lui donner place dans son Histoire de la sculpture et, d'après Manilli *, sans fournir d'explications, il l'avait attribué à Paolo Roniano, sculpteur dont la personnalité n'était pas encore définie et que l'auteur confondait avec un autre artiste du même nom qui travaillait au moyen âge. Nous reviendrons plus loin sur cette attribution, h' Histoire de la sculpture de Cicognara ne parut qu'en 1817, mais le texte en avait été rédigé antérieurement à 1806, et Cicognara parle du bas-relief comme occupant encore sa place dans la façade du casino Borghèse. Voici le passage à relever :

Quel Paolo da Siena e quel Paolo Romauo, de' quali il primo scolpi il nome sotto il busto di Benedetto XII erettogli iu memoria d'aver rifatto il tetto di San Pietro, e il secondo scolpi la figura équestre di Roberto Malatesta che vedesi ora in una délie facciate del Palazzo di villa Borghese, e diversi altri lavori fece in alcuni mausolei che stanno a S. M. in Trastevere^,

Bien plus, il y avait en ce moment à Rome un Français qui savait parfaitement à quoi s'en tenir sur la valeur de cet objet d'art. C'était Seroux d'Agincourt, qui achevait sa grande Histoire de Part par les monumens. Cette histoire ne vit le jour qu'un peu plus tard. Mais voici ce que Seroux d'Agincourt pensait^ de la statue de Robert Malatesta antérieurement à 1806 :

Figure équestre de demi-relief en marbre, représentant Robert Malatesta, général de l'armée pontificale sous le règne de Sixte IV ;

1. Villa Borghese fuori di porta pinciana descritta da lacomo Manilli Romano, yicardn robba di detta villa. Rome, 1650, in-8.

2. Cicognara Storia délia Scultura, éd. de Prato, t. III, 1823, p. 137.

3. Histoire de l'art par les 77io>mmens , t. III, texte, sculpture, p. 34, n° 7.

au-dessous se lit une inscriptiou allusive au sort de ce jeune guerrier, enlevé en 1482 au milieu de ses triomphes*.

Ce monument de la reconnoissance du pontife envers un prince qui lui avoit rendu d'éminents services a subi bien des vicissitudes; placé d'abord sur le mausolée qu'il lui avoit fait élever sous le portique de l'ancienne église de Saint-Pierre, il y resta jusqu'à la démolition, en 1607, des restes de cette basilique; alors il fut transféré, ainsi que beaucoup d'autres monumens, dans l'église souterraine, mais il n'y demeura pas longtems; en 1616, le cardinal Scipiou Borghèse, qui bàtissoitle casino de sa villa, l'obtint et le fit placer sur la principale façade du côté du couchant, oùil se voit encore aujourd'hui. Il peut se considérer comme inédit; la figure qu'en a donné Ciampi {Vetera moniinenta, t. III, cap. iv, p. 67, pi. XIX) étant presque imperceptible est très inexacte. L'auteur de cette figure paroît être Paolo Romano, sculpteur et orfèvre qui florissoit à Rome sous le pontificat de Pie II, c'està-dire vers l'an 1458.

Plus tard, Clarac, dans son Musée de sculpture antique et moderne, a fait graver à son tour la statue et s'est ainsi exprimé à ce sujet ^ :

Robert Malatesta, qui gouverna de 1468 à 1482, à de brillantes qualités joignit de grands talens militaires : tour à tour et selon les intérêts de son pays, il servit ou combattit le pape Paul II, les Vénitiens et Ferdinand, roi de Naples. Enfin, après avoir lutté contre Sixte IV, il s'attacha à lui et lui rendit de grands services. Quelques temps après cependant, il mourut subitement et cette mort ne parut pas naturelle. Ce bas-relief, si nous en croyons l'inscription que l'on y lit, représente ce grand capitaine à cheval, armé de pied en cap, suivi de deuxécuyers à pied, et il passe pour être de Paolo Romano, scuplteur, dont Vasari (t. V, p. 147) parle

1. La planche qui contient, sous le numéro 7, la gravure du bas-relief et de l'inscription, se trouve tome IV, sculpture, pi. XXXVIIL L'inscription indiquée au-dessous est ainsi gravée :

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