‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 64 sur 124 · Les Ducs de Bourgogne, t. l*'', p · texte numérisé non relu

Les Ducs de Bourgogne, t. l*'', p

2. Christine de Pisan, Livre des fait'i do Charles V (collection des mémoires publiés par Petilot, t. IV. — Émeric David, Histoire de la sculpture française, Paris, 1853, p. 87 et suiv. — Viollel-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française, t. VIII, p. 268. — Histoire littéraire de la France,

pour l'art de la Flandre. Parmi les sculpteurs qu'il employa à faire de l'escalier ou de la grande vis du Louvre une des merveilles de sa capitale, se trouvait Jean de Liège qui tailla, dit Sauvai ', les figures du roi et de la reine. Ce Jean de Liège est probablement le même artiste qui, au mois de décembre 1368, touchait, sous le nom de Hennequin de Liège, « un acompte de trois cenz franz en rabat de la somme de mil franz d'or en laquelle nous sommes tenuz à lui à cause d'une tumbe d^albastre et de marbre que nous li faisons faire pour nous », disait Charles V, dans une ordonnance de payement ^ Ce tombeau était destiné à la cathédrale de Rouen et devait recouvrir le cœur du roi. Le même Charles V, ayant perdu son fouThévenin, choisit encore un artiste flamand pour lui ériger une sépulture dans l'église de Senlis ^ Car je partage l'opinion de du Seigneur quand il assimile à Jean de Liège, déjà cité, Hennequin de la Croix, auteur du mausolée de Thèvenin *. Charles V, du reste, a commandé bien d'autres statues à des artistes flamands. Grâce à des documents conservés à la Bibliothèque nationale et mis au jour par de récentes publications ^,

t. XXIV ( Discours sur l'état des beaux-arts au quatorzième siècle ), p. 646.

1. Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. II, p. 23.

2. Marquis de Laborde, les Ducs de Bourgogne, t. \^^, p. 22. — Deville. Tombeaux delà cathédrale de Rouen, p. 173. Ce tombeau fut détruit avant la Révolution. Cf. également Histoire littéraire de la France, t. XXIV^ p. 741.

3. Sauvai, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. I^r^ p. 331, et t. III, p. 34. — Émeric David, Histoire de la sculpture française, p. 92.

4. Notes et observations à la suite de l'Histoire de la sculpture française, d'Émeric David, Paris, 1853, p. 302, 303.

5. LéopoldDelisle, le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. le', p. 62. — Mandements et actes divers de Charles V, recueillis dans les collections de la Bibliothèque nationale, Paris, 1874, p. 55, 70 et 71. — Mélanges de paléographie et de bibliographie, Paris, 1880, p. 297, 298. — L'abbé Dehaisne, André Beauneveu, artiste du quatorzième siècle, dans la Revue de l'Art chrétien, 3^ série, t. II, avril 1884.

nous pouvons fournir une démonstration péremptoire de la thèse que nous soutenons. Les trois statues de Saint-Denis couiparées ci-dessus h notre Philippe YI, du Musée du Louvre, et dans lesquelles nous reconnaissons à priori le style réaliste des écoles du Nord, sont bien incontestablement et bien précisément flamandes. Elles ont été exécutées par André Beauneveu, de Valenciennes, ou sous sa direction.

. Par lettres du 2Vi octobre 1364, Charles V fit savoir qu'il avait désigné cet artiste pour exécuter à Saint-Denis son tombeau, ceux de ses prédécesseurs, Jean II et Philippe VI, ainsi que celui de la reine Jeanne de Bourgogne ^ Dans ces lettres, le roi nomme Beauneveu son ymager et ordonne de lui délivrer l'argent nécessaire au salaire des ouvriers; le travail était en cours d'exécution en novembre et en décembre 1364 ^.

1. « A Paris, en nostre hostel lez Saiut-Pol, 25 octobre 1364. — Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à noz amez et feaulx les générauk trésoriers à Paris sur les aides ordcnées par la délivrance de nostre très chier seigneur et père, que Dieux absoille, salut et dileccion. Nous avons commis nostre amé Andrieu Biauneveu, nostre ymager, à faire faire les tumbes que nous avons ordenées estre faittes pour nos chiers seigneurs les rois Philippe et nostre père, pour nostre très chère dame la royne Jehanne de Bourgoingne, que Dieux absoile, et pour nous. Si vous mandons et enjoingnionsestroitement quetantost et sanz délay, vous faciez bailler et délivrer par le receveur gênerai des dictes ^ides audit Andrieu la somme de cinq cenz frans d'or, pour faire prest et paiement aus ouvriers qui font les dittes tombes et leur distribuer par la fourme et manière que bon lui semblera, sur ce qui peut et pourra estre deu pour leur salaire... Par le roy. — N. DE Verres. » {Mandements et actes divers de Charles F, n" 109, p. 55.)

2. Autre mandement de Charles V : «A Paris, 12 décembre 1364. — Charles, etc. Nous vous mandons et eiijoingnonsestroitement, veu ces présentes et sanz autre mandement attendre, que à Andrieu Beau Neveu, nostre ymager, sur la somme de quatre mille et sept cens frans d'or, que nous avons ordené que il ait et doit avoir pour faire quatre tumbes, c'est assavoir de nostre très chier seigneur et ayeul le roy Phelippe, de la royne Jehanne de Bourgoigne, de nostre très chier seigneur et père, dont Dieux ait les âmes, et aussi une tumbe pour nous, et sur laquelle somme il a ou doit avoir eu par avant la date de ces présentes la somme de nuef cens frans, sur le résidu, qui sont la somme de trois mille et huit cens francs d'or, vous li bail'iés et délivrés présentement la somme de deux cens frans d'or pour cest présent mois de décembre, et ensemeat li bailliés et délivrez pour chascun mois continuelment ensuivant

Auteur indiscuté des statues de Saint-Denis représentant Philippe VI, Jean II et Charles V, le sculpteur André Beauneveu, de Valenciennes, aurait-il été également choisi par la reine Blanche pour exécuter, dans l'éghse des Jacobins de Paris, la figure possédée actuellement par le Louvre? Cette supposition n'aurait rien d'invraisemblable, et, même sans documents, elle doit être proposée par des raisons d'analogie d'exécution. Ce qu'on peut déclarer avec certitude, c'est que notre statue de Philippe VI, du Louvre, est empreinte au plus haut degré de l'esthétique de l'école flamande ', et que, groupée avec les statues similaires sculptées pour Saint-Denis par André Beauneveu, et datée par cette comparaison, elle est destinée à nous éclairer d'une manière positive sur le développement encore mal défini de notre art national pendant la seconde moitié du quatorzième siècle.

Guillaume de Chanac, évêque de Paris, mort en 1348, belle statue en marbre du quatorzième siècle, venant de l'abbaye Saint-Victor, cataloguée par Lenoir^ aux Petits-

pour le temps à venir, la somme de deux cens frans d'or, pour la dicte cause et juGques à l'acomplissement de la dicte somme de résidu de trois mille huit cens frans. Esquelles choses nous ne voulons estre fait aucun délay ou destourbier, mais voulons que entièrement et continuelment soit paie par la manière dessus ditte... Par le roi. — Julianus. »

i. Ce fait coïncide avec la théorie très judicieusement présentée par M. Renan dans l'Histoire littéraire de la France, t. XXIV, p. 614 : « L'influence du goût flamand devient dès lors prépondérante en France et dans toute l'Europe, les pays du Midi exceptés. Ce sera à l'historien de l'art au quinzième siècle qu'il appartiendra de raconter cette grande transformation; qu'il nous suffise de faire observer ici qu'à la hn du siècle précédent elle était presque accomplie. Hubert Van Eyck avait trente-six ans en 1400, et, quoiqu'on ne possède aucune œuvre de son jeune frère Jean de Bruges antérieure à la même date, il n'est pas douteux que plusieurs des œuvres qui devaient lui mériter le titre de fondateur de l'école flamande n'existaient déjà à cette époque. »

"Augustins, sous le numéro 50 ; décrite et gravée dans le Musée des Monumens français^ tome II, 2^ édition, p. 7G,

Guillaume de Chanac. — Statue de marbre. Quatorzième siècle. ( Musée du Louvre. )

pl. 67. Gilles Corrozet, dans ses Antiquitez de Paris, édition de 1561 , fol. S5 verso , en parle ainsi : « En la

chapelle de l'enferraerie est l'effigie d'un patriarche d'Alexandrie, évêque de Paris, en albastre blanc, sur un tombeau de marbre noir, autour duquel sont engravez ces vers :

« Hic situs estdominus G. de Ghanac patriarcha Alexandrinus, juris dum viveret arclia, Mores ornatos ad culmen nobilitatis Adjungens gratos actus habuit pietatis, Plebis ecclesiee prœlatus Parisiensis^ Cultorjustitiœ, perversorum fuit ensis.

Hune sibi non solum, sed cum qui post ibi sedit Dictus Fulco, dédit Lemovicence solum 0 quam sollicite, quani sancte, quamque perile Jus studuit, cleri libertatesque tueri.

Multos promovit quos sancte vivere novit. Clam refovens inopes distribuebat opes.

Corde Deum sitiens transivit ad atria lucis, SauctEb luce crucis in maio moriens.

Anno milleno trecenteno quadrageno Octoque, centenos annos peragens quasi plenos. Pro dilectoris anima tui dulciter ora Sancti Victoris conventus qualibet hora. »

Cette figure a été dessinée plusieurs fois pour les recueils de Gaignières. — N° 279 du Catalogue de Versailles*. — N'oublions pas de faire remarquer que la mitre a du être refaite, sans qu'on en ait peut-être complètement respecté les proportions originales , et que les yeux de Guillaume de Chanac sont fermés.

Jean de Dormans, chanoine de Paris, mort fort jeune, en 1380, statue funéraire venant du collège de Beauvais,,

1. Un prélat du même nom, qui fut cardinal, a été enterré à Saint-Martial de Limoges, Ce Guillaume Chanac avait reçu dans cette église, en 1385, une sépulture magnifique, sur laquelle s'éleva un monument, longtemps célèbre, par Jean Le Court, artiste avignonnais, et exécuté avec de la pierre venant de Vienne en Dauphiné, c'est-à-dire en marbre. (Voyez Louis Guibert, Le Tombeau du cardinal de Mende, à Saint-Martial de Limoges.)

longueur de l'",72, exécutée en pierre, avec un masque et des mains en marbre, conservée autrefois au musée des

Jean de Dormans. — Numéro 56 du catalogue des Petits-Augustins. Fac-similé de la pi. 69 du Musée des Monumens français.

Petits-Augustins, sous le numéro 06, décrite et gravée dans le Musée des Mo7iwnens jamais, tome II. 2^ édition, p. 88, pi. LXIX. — N° 298 du catalogue du musée de Versailles. — La statue, qui portait récemment au musée de Versailles le nom de Jean de Dormans', est assez conforme à la gravure de la figure classée par Lenoir, dans le Musée des Monumens français, sous le numéro 56. Mais raffirmation de Lenoir n'a jamais été contrôlée, et, peut-être, ne pourra l'être jamais. Remarquons, cependant, que le personnage représenté est jeune, ce qui concorde avec l'âge où Jean de Dormans mourut. Il existe dans le magasin de la petite Venise une autre figure de pierre et de marbre (les mains manquent). Elle date de la même époque et n'est pas sans analogie, dans la disposition générale, avec la statue de Jean de Dormans. Je la demanderai bientôt. Souvenons-nous qu'on lit dans V Histoire généalogique de la maison de France du P. Anselme, tome VI, p. 333 : « Hegnault de Dormans, archidiacre de Châlons, chanoine de Paris, de Chartres et de Soissons, maître des requêtes fut présent à l'hommage que le duc de Bretagne

1. On lit dans Vllistoire généalogique de la maison de France du P. Anselme, t. VI, p. 333 : «Jean de Dormans, licencié es loix, chanoine de Paris, de Chartres cl de Beauvais, mourut à Sens le 2 novembre 1380, âgé de vingt ans, d'où son corps fut apporté à Paris et enterré dans la chapelle du collège de Dormans. n

rendit au roi à Compiègne le 27 septembre 1381. Il mou-

Jean de Dormans.

Statue de pierre et de marbre.

Quatorzième siècle.

(Musée du Louvre.)

Renaud de Dormans.

Statue de pierre et de marbre.

Quatorzième siècle.

( Musée du Louvre).

rut à Paris au mois de mai 1386 et fut enterré en la chapelle du collège de Dormans dit de Beauvais. »

Personnage connu vulgairement sous le nom de Renaud DE DoRMANS, chanoine de Paris, mort en 1386, statue couchée, de pierre et de marbre, longueur l'°,80. Même provenance, au dire du catalogue. C'est une excellente sculpture; la tête est pleine de vérité, de souplesse et même de naturalisme. — N° 299 du catalogue du musée de Versailles. — Gaignières n'ayant pas fait dessiner le monument de Renaud de Dormans au dix-septième siècle, je ne puis pas contester directement la légitimité de cette attribution. Nous ferons seulement remarquer que le costume porté par le prétendu Renaud de Dormans n'a aucun caractère ecclésiastique; que c'est, au contraire, l'habit des membres du Parlement, avec les trois rangs d'hermines figurés sur l'épaule ; que cet habit était peint en rouge, ainsi qu'en témoignent plusieurs traces de couleur encore visibles sur la pierre, et qu'enfin la statue venue au Louvre offre la plus grande analogie avec celle de Philippe de Morvillier, premier président au Parlement de Paris, mort en 1438 et inhumé à Saint-Martin des Champs. On peut vérifier l'exactitude de mon affirmation en regardant la planche 76 du Musée des Monumens français^ surtout le dessin de Gaignières, conservé au Cabinet des Estampes, Pe-11, réserve, f° 60, et en lisant ce passage des Antiquitez, chroniques et singularitez de Paris, de Corrozet, édition de 1561, f° 52 : (( Derrière le chœur de l'église, dans une chapelle, est un sépulchre sur lequel sont deux effigies de pierre, visage et mains de albastre, l'une d'homme, l'autre d'une dame. Et contre l'un des piliers est une effigie de homme debout, vestue comme un président, de couleur rouge. Contre l'autre pilier est l'effigie d'une dame aussi debout, coiffée à l'antique et son habit doré. Au long du

sépulchre est escrit : Cy dessous reposent les corps de nobles personnes messire Philippe, seigneur de Morvillier, Clary et Charenton, conseiller du Roy nostre sire et premier président en son parlement, et ma dame leanne du Drac, sa femme, et trespassa ledict président le vingt-cinquiesme jour de juillet, l'an de grâce mil quatre cens trente

Tombeau de Philippe de Morvillier et de Jeanne du Drac,

à Saint-Martin des Champs.

Fac-similé d'un dessin du Recueil de Gaignières.

huict, et ladicte leanne l'an mil quatre cens trente-sept ^ » Il faudra donc que l'avenir restitue à cette figure le nom de Philippe de Morvillier. Non loin de la statue funéraire dont nous venons de parler, Philippe de Morvillier était encore, comme nous l'apprend Corrozet, représenté en pied et de grandeur naturelle contre un des piliers de la chapelle de Saint-Martin des Champs, qu'il avait fait ériger en 1426. Cette seconde statue a été, ainsi que la première, dessinée par Gaignières et gravée dans la Statistique monumentale de Paris (prieuré de Saint-Martin, pi. V). Là, le costume du premier président du Parlement est encore semblable à

1. Voyez également la description de la chapelle de Morvillier, puljliée en 1G30, par dom Martin Marrier. {Historia monasterii S. Martini de Campis, p. 563.)

celui de la statue du Louvre. Rien ne démontre, d'autre part, que la statue de Philippe de Morvillier sculptée sur son tombeau, dont le visage et les ynains étaient en albastre^ ait définitivement disparu depuis la suppression du Musée des Monuments français oii elle occupait le numéro 449 du catalogue. Tout concours donc à prouver, au contraire, que cette statue est bien celle que nous avons retrouvée.

Depuis qu'une partie de cette notice a été publiée dans la Chronique des Arts, j'ai acquis la conviction que le numéro 299 du Musée de Versailles, aujourd'hui transporté au Louvre, est, non pas Renaud de Dormans, mais bien, comme je l'avais pressenti, Philippe de Morvillier. C'est sous ce dernier nom qu'il sera exposé au Louvre. Il est très important qu'on sache véritablement et définitivement à quoi s'en tenir sur un monument de cette valeur. La statue de Morvillier est un chef-d'œuvre qui occupera un jour une place honorable dans la série de nos sculptures françaises. Elle fut très vraisemblablement exécutée, comme la chapelle de Saint-Martin des Champs qui la contenait, avant la mort du président du Parlement. On sait que c'était l'habitude des hauts personnages, au quinzième siècle, de préparer eux-mêmes, de leur vivant, les monuments funéraires destinés à perpétuer leur mémoire. La chapelle de Morvillier, à Saint-Martin des Champs, fut fondée en 1426, par Philippe de Morvillier et par sa femme. On Ht dans Tacte de fondation, daté de cette année, acte dont une copie est. conservée aux archives nationales (LL 13S9, f° 9, r°) : « Item que les dits fondeurs et chascun d'eux pourront estre, se bon leur semble, enterrés et sépultures en ladite église et monastère de Saint-Martin-des-Champs, en la chapelle de Saint-JNicolIas, assés près de la chapelle Notre-Dame, du costé sénestre, et, en icelle, faire telle représentation par manière de sépulture comme bon leur semblera. )> L'adjudication des travaux de maçonnerie, faite à Adenet Thierry,

2il

maçon, eut lieu en 1427, avant Pâques [Ibid^ £"70). Il faut remarquer le caractère incontestablement réaliste ou natu-

Philippe de Morvillier. — Statue de pierre et de marbre. (Musée du Louvre. )

raliste du visage, dans une œuvre exécutée, selon toutes les vraisemblances, avant 1438. Ce côté de l'art du moyen âge

français n'a pas été encore suffisamment étudié. Les premiers symptômes d'une transformation de notre goût et de notre école se révèlent déjà clairement dans les statues de Philippe YI, de Jean II et de Charles V, conservées à Saint- Denis.

Comme preuve confirmative de ce que je viens d'avancer, je crois avoir retrouvé le véritable Renaud de Dormans, sur lequel je manquais de renseignements précis depuis l'entrée en bloc, au musée des Petits-Augustins, des monuments recueillis par Lenoir au collège de Beauvais. Une statue, reléguée à la petite Venise, magasin du musée de Versailles, et rapportée récemment à Paris, présente avec celle de Jean de Dormans (n" 298 du Cat. de Versailles, aujourd'hui au Louvre) la plus grande analogie dans la disposition du costume et dans l'exécution de la sculpture. On peut s'en convaincre en comparant entre elles les gravures de la p. 237. Je n'hésite donc pas à y reconnaître un membre de la famille de Dormans, un des trois « hommes » dont l'épitaphe était commune sur un tombeau de la chapelle du collège de Beauvais, et qui étaient trois frères. Nous connaissions déjà l'aîné, le premier chanoine de la famille, mort en 1380. C'est Jean dont il a été question ci-dessus. Le second s'appelait Bernard; mais nous n'avons pas à nous en occuper, car il était chevalier et devait porter le costume militaire. Le troisième, chanoine comme l'aîné, celui que je prétends restituer à l'histoire et à l'iconographie, se nommait Reginaldus, Regnauld, et mourut en 1386. Tous les traits désirables pour justifier mon identification se retrouvent ici : identité dans le costume et, par conséquent, dans le caractère et la qualité; exécution absolument contemporaine des deux sculptures; similitude dans deux œuvres qu'on doit supposer sorties du même atelier. N'en doutons pas : voilà le vrai Renaud de Dormans.

Personnage connu sous le nom l»e Yde de Dormans, dame de Saint-Venant, sœur de Jean et de Renaud de Dormans, morte le 8 octobre 1379, statue de pierre et de marbre; longueur i'^13. Même provenance supposée. JN" 1262 du catalogue du musée de Versailles. — Sur les statues de la famille de Dormans, il faut consulter Corrozet, revu par Bonfons, édition de 1586, f" 126, recto et verso, édit. de 1608, p. 150 à 157, et la Statistique monumentale de Paris, explication des planches, p. 223; ces deux ouvrages n''ont malheureusement rien décrit. La statue, dite ici de Yde de Dormans, n'est pas sans analogie avec la figure de Jeanne du Drac, dessinée dans un recueil de Gaignières (Pe H, f 60) au Cabinet des Estampes. Ce qui m'empêche d'affirmer que la prétendue statue de Yde de Dormans est bien celle de Jeanne du Drac", c'est que Lenoir déclare, sous le numéro 439 de son catalogue, qu'il n'a possédé définitivement que le buste de Jeanne du Drac, le bas de la statue ayant été supprimé. En admettant qu'il s'agisse ici d'une dame ayant appartenu à la famille de Dormans, nous pourrions tout aussi bien être en présence de Jeanne Baube, dame de Dormans et de Lilly, femme de messire Guillaume de Dormans, morte le 14 novembre 1405, ou de Jeanne de Dormans, femme de messire Philibert, seigneur de Paillart, morte l'an 1400.

Voici comment les monuments du collège de Beauvais entrèrent au musée des Petits-Augustins. On lit dans le Journal de Lenoir, n" 288 : « Ledit (25 prairial an II), reçu du Comité révolutionnaire de la section du Panthéon quatre statues en pierre de la famille de Dormans ; plus, plusieurs épitaphes, aussi en pierre, le tout venant du

collège de Lisieux. » Au lieu de Lisieux^ il faut lire Beauvais. Lenoir a réparé ce lapsus dans ses catalogues, au numéro 56. On trouvera une excellente notice sur les statues du collège de Beauvais et sur les épitaphes qui les accompagnaient dans les hiscriptions de la France, du baron de Guilhermy*. F. de Guilhermy acceptait comme prouvées les attributions respectives des trois figures des Dorraans données par le catalogue de Versailles. Sans doute, une de ces attributions n'est pas à priori invraisemblable; mais voilà tout. Une d'elles est évidemment erronée. Le même érudit nous apprend que l'une des statues de femmes du collège de Beauvais joue à présent le rôle d'Héloïse à côlé d'Abailard, sur le tombeau de fantaisie, n" 515 du catalogue de Lenoir, transféré depuis au Père-Lachaise ^.

Personnage connu sous le nom de Hugues de Chatillon, COMTE DE Saint-Pol, mort en 1248, statue de marhre\ longueur : 2 mètres (n° 1242 du catalogue du musée de Versailles). — Cette figure et la suivante proviennent, au dire du catalogue de Versailles, de l'abbaye du Pont-aux-Dames, en Brie, commune de Couilly (Seine-et-Marne). Elles auraient été données à Louis-Philippe, le 17 mai 1838, par M. Dassy, propriétaire à Meaux. D'après des mémoires rédigés par un témoin oculaire au dix-septième siècle ^, Hugues de Chatillon était représenté sur son tombeau « sous la figure d'un homme d'armes, la main gauche appuyée sur son bouclier ïi . Ce dernier trait ne correspond

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