IbicL, p. 272 et
3. Ibid., p. 233. Le grand incendie qui, au seizième siècle, ravagea l'église des Cordeliers et obligea à remanier quelques-uns des tombeaux épargnés par le sinistre, a rendu très difficile les attributions certaines des monuments de cette église.
Cette figure portait au Musée des Monuments français le numéro 25 et était regardée à tort comme la statue de Pierre d'Alençon, fils de saint Louis, mort en 1283. Elle a été gravée dans la planche XXXI du grand ouvrage de Lenoir et page 253 de la Monographie de Saint-Denis. Le baron de Guilhermy a démontré l'erreur de Lenoir. En réalité, on a ignoré jusqu'à ces derniers temps le nom précis de ce personnage. M. J.-M. Jlichard, dans un article remarquable inséré dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, t. VI, p. 290 etsuiv., propose de regarder cette figure comme provenant du tombeau élevé dans l'église des Cordeliers au comte d'Artois Robert l'Enfant, et sculptée, de 1317 à 1320, par un artiste nommé Jehan Pépin de Hny, bourgeois de
il y en a une, celle de Louis de France, comte d'Évreux, mort en 13H, qui, en provenance des Jacobins de Paris (n" 43 du catalogue du Musée des Monumens français)^ dessinée par Gaignières (Cabinet des Estampes, Pe 11, réserve, f" 23 a) et gravée, page 260, à.axis\ii Monographie de Saint-Denis, offre de tous points la plus complète analogie avec la nôtre. Même disposition de la ventaille et du capuchon de mailles ; mêmes manches lacées sur l'avantbras; même frange au bras et à la fente du bliaut. La ressemblance du costume est absolue dans les deux figures comparées. D'autres difficultés surgissent encore. La statue qui nous occupe est ainsi désignée sur l'inventaire de Louis- Philippe : « N° 1731 ; auteur inconnu; Gaucher de Châtillon, connétable de France, statue en marbre, avec un dais (pas de dimensions indiquées). Versailles, aile droite, galerie basse. » Ajoutons que, contredite déjà par l'inventaire de Louis-Philippe, l'attribution actuelle l'est également par la Notice historique des peintures et des sculptures du palais de Versailles, parue en 1839. On y lit, page 106 : « N" 81. — Châtillon (Gaucher de), 2'' du nom, comte de Porcean, seigneur de Châtillon-sur-Marne, etc., connétable de France ; fils aîné de Gaucher de Châtillon, etc. ; né vers 1249; marié : T en 1281, à Isabelle de Dreux; 2° à Hélesinde de Vergy ; en 1312, à Isabeau de Rumigny, mort en 1329. Le Père Anselme rapporte que Gaucher de Châtillon fut enterré à l'abbaye de Pont-aux-Dames. Statue couchée, placée autrefois dans Tabbaye de Pont-aux-Dames, en Brie. » Telle est la seule figure de marbre d'un seigneur de Châtillon qui ait jamais été exposée à Versailles. Rien ne
Paris. Le mémoire de M. Richard montre qu'il existait à Paris, dans la première moitié du quatorzième siècle, des sculpteurs dits tombiers, qui entreprenaient d'exécuter spécialement les monuments de la sculpture funéraire et répandaient leurs œuvres de tous côtés. Cela servira à expliquer pourquoi on rencontre tant d'œuvres de cette époque taillées sur le même patron et semblant quelquefois sortir d'un même atelier.
peut donc confirmer la dénomination actuellement donnée h la statue connue sous le nom de Hugues de Cliâtillon.
Mais, s'il est certain que le nom de Hugues de Châtillon
Louis de France, romte d'Évreux.
Fac-similé de la gravure de la Moriofiraphie de Snint-Benis.
Louis de France, comte d'Evreui,
sur son tombeau aux Jacobins de Paris.
Fac-similé d'un dessin de Gaignières.
doive être écarté définitivement, il n'est pas impossible que le numéro 1242 de Versailles représente effectivement un membre de la famille de Châtillon, et plus particulièrement Gaucher de Châtillon, ainsi que le prétendait le donateur de ce marbre ^ Toutefois l'écu, aux armes du connétable, étant
1. Voyez, ci-après, la lettre de M. Dassy, adressée à l'intendant général de la li^te civile. En outre, on lit dans les Fautes et annales des évéques de
une restauration moderne, et, d'autre part, plusieurs seigneurs de la même famille et même plusieurs chevaliers du nom de Gaucher, ayant été inhumés dans la même abbaye, il est prudent de ne rien affirmer trop catégoriquement. Ce qui est sûr, c'est que la statue date de la première moitié du quatorzième siècle.
Un autre fait résulte dès maintenant de notre enquête. C'est qu'il existe souvent, entre les diverses statues funéraires qui nous sont parvenues, des ressemblances telles, dans la composition et dans l'exécution, qu'on pourra bientôt établir des classements par écoles, par ateliers et même par maîtres. Mais, pour parvenir à ce résultat si désirable, pour faire accomplir ce pas énorme à l'histoire de notre art du moyen âge — trop complètement inconnu et qui, cependant, mérite autant que l'art du quinzième siècle italien d'être fouillé et complètement mis en lumière, — il faudrait que des moulages, intelligemment choisis par un spécialiste, permissent de fréquentes comparaisons. Jusqu'à présent les moulages exécutés pour les collections de l'État sont destinés plutôt à étonner et à surprendre le public qu'à l'instruire.
Meaux, manuscrit du dix-septième siècle, rédigé par Janvier, prêtre, curé de Saint-Thibault de Meaux, et conservé dans la bibliothèque de celte ville, t. II, p. 433 : « Au costé gauche de la mesme grille (dans le chœur de l'église de l'église de Pont-aux-Dames) sont en sépulture de nuu'hrc. en bosse, les corps de Gaucher de Chastillon, seigneur de Hau Tour et de Dampierre, et de Marguerite de Dampierre, son espouse. Il y a sur la tombe du mari cette inscription : « Cy gisl Messire Gaulcher de Chastillon, seigneur d'Au Tour et de « Dampierre, aisné fils de Gaucher de Chastillon, jadis comte de Porcean et a counestable de France. Il trespassa l'an 1375, au moys d'aoust, jour et feste « de saini Loys. Et a fait faire cette tombe Madame Isabelle de Chastillon, « abbesse de Nostre-Dame de Soissons, fille de uostre counestable et sœur « dudit seigneur. Priés pour les âmes de tous deux ». Renseignement transcrit et obligeamment communiqué par M. Ant. Héron de Villefosse.
Statue connue sous le nom de Marie d'Avesnes, morte en 1241. Marbre, longueur 1"° 85. — N° 1243 du catalogue du musée de Versailles. — L'identité de cette statue n'a jamais été sérieusement constatée. L'attribution actuelle n'est pas vraisemblable. La prétendue Marie d'Avesnes, dont le costume est pareil à celui des dames de la première moitié du quatorzième siècle, ressemble à s'y méprendre à Marguerite d'Artois, femme de Louis de France, comte d'Évreux, sculptée sur son tombeau, aux Jacobins de Paris (n° 38 du catalogue du Musée des Monumens français)^ aujourd'hui à Saint-Denis. Voir la gravure et la description du tombeau de Marguerite d'Artois dans la Monographie de Saint- Denis, pages 260 à 262^ et le dessin du Recueil de Gaignières au Cabinet des estampes, Pe 11 réserve, f 25 a. Cette soi-disant Marie d'Avesnes, tirée de Versailles, porle absolument la même coiCFure que Blanche de Champagne sur son tombeau, fondu et émaillé à Limoges au commencement du quatorzième siècle (musée du Louvre, n° 70 bis du catalogue). La figure dite de Marie d'Avesnes, qui est très bonne, est nécessairement et indiscutablement, non du milieu du treizième siècle, mais de la première moitié du siècle suivant. Elle a été ainsi décrite dans l'Inventaire de Louis-Philippe : ((N°1732. — Auteur inconnu; Marie d'Avesnes, comtesse de Blois, deuxième femme de Hugues de Châtillon, comte de Saint-Pol; statue couchée en marbre, avec un dais. Hauteur : 1"'87 ; largeur : 0'"47 ; envoyée à Versailles le 18 septembre 1843 (cette date est évidemment erronée); aile du Midi; galerie basse. » Si l'indication de provenance (l'abbaye de Pont-aux-Dames) est exacte, et si la statue, examinée par nous, correspond bien, ainsi que
l'affirme le catalogue de Versailles (éditions de 1839 et de 1860) au numéro 1732 de l'Inventaire de Louis-Philippe,
Dame improprement nommée Marie d'Avesnes. Statue de marbre. Quatorzième siècle. (Musée du Louvre.)
il faudrait voir dans cette princesse une dame de la famille de Châtillon ayant vécu au quatorzième siècle. A lui seul,
Gaucher de Châtillon a eu trois femmes. Un texte cité par M. Berthaut {Abbaye de Pont-aux-Dames^ p. 101 ) signale encore le tombeau d'une dame Marguerite, femme d'un
Marguerite d Artois, à Saint-Denis.
Fac-similé et réduction do la gravure de la Monographie de Saint- Denis.
Marguerite d'Artois,
femme de Louis de France,
comte d'Évreux,
sur son tombeau aux Jacobins de Paris.
Fac-similé d'un dessin de Gaignifcres.
Gaucher de Châtillon, mort en 132S. On comprendra alors que le problème iconographique soulevé par l'existence de notre statue est assez compliqué, et on nous pardonnera de ne point lui donner provisoirement de solution.
Trois figures d'enfants représentés gisants sur leur tombeaux. Marbre; quatorzième siècle.
Les trois figures sont sans tête et mutilées en plusieurs endroits. Deux de ces sculptures sont bonnes ; l'une d'elles est médiocre : on va voir qu'elles méritaient d'être rapportées à Paris. En effet, à peine les trois tronçons exhumés de la Petite -Venise étaient-ils arrivés au Musée que j'en ai rapproché une charmante tête d'enfant, découverte par moi, il y a douze ans, au Louvre, parmi des fragments abandonnés, et exposée depuis dans la salie de Michel Colombe. Ma joie a été grande quand j'ai constaté que cette tête s'adaptait parfaitement au corps de l'une des trois statues. Ce simple rapprochement enrichit le Louvre d'une excellente sculpture de la première moitié du quatorzième siècle. J'avais cherché en vain, jusqu'à présent, d'oii pouvait provenir le jeune enfant couronné, sculpté sur le tombeau dont nous ne possédions qu'un fragment. Le monument, en se complétant, nous a révélé ses origines. Les trois figures viennent de l'abbaye de Pont-aux-Dames, commune de Couilly (Seine-et-Marne), ainsi qu'en témoignent les lettres suivantes, adressées : la première, au comte de Bondy, intendant général de la liste civile, et la seconde, à M. de Cailleux, directeur des musées royaux :
11 mai 1837. — Monsieur, je tiens à votre disposition les statues tumulaires que vous avez bien voulu offrir de ma part à Sa Majesté et qu'elle a bien voulu accepter pour le musée de Versailles. Elles sont au nombre de cinq. Celle d'un des fils de Charles IV, dit le Bel, est presque entière; les deux autres sont plus mutilées. La statue du connétable Gaucher de Chàtillon est mutilée; il manque unejambeetunpied. Celle de Marie d'Avesnes est presque entière. Au-dessus des tètes de deux statues sont des espèces de dais
gothiques. Tous ces monuments sont en marbre blanc, et étaient placés dans l'église du Pont-aux-Dames, fondée par la maison de
Statue d'enfant en marbre, supposée être une fille de Charles IV, provenant de Pont-aux-Dames. ( Musée du Louvre. )
Chàtillon. Toutes les mutilations qu'elles ont éprouvées sont la suite de l'invasion de ce couvent par l'armée révolutionnaire
MONUMENTS GONSEllVÉS A VERSAILLES 255
en 1792, au mois de septembre. Je possède encoi^e deux fragments en pierre de deux guerriers de la maison de Chàtillon, mais ils n'ont plus ni tête ni jambes. Sur vos ordres, tous ces objets vous seront remis, et il y sera joint un état plus détaillé qui vous servira pour les vérifier à l'arrivée, etc. — C.-J. Dassy.
Meaux, le 17 mai 1838. — Monsieur, suivant votre lettre du 13 courant, je remets à M. Jacquet (mouleur du musée) les trois statues mutilées des enfants de Charles IV, dit le Bel ; la tète de la statue qui avait été placée sur les entrailles de Blanche, duchesse d'Orléans, lille du premier mariage de Charles IV ; les statues de Gaucher de Chàtillon, de Marie d'Avesnes ; les dais qui sont derrière leurs tètes, le tout en marbre blanc, et les trois troncs en pierre des statues de Hugues de Chàtillon, père du connétable, et de Gaucher, fils du connétable. Je désire que ces monuments puissent plaire à Sa Majesté, mais je crains bien qu'ils soient bien au-dessous de l'idée qu'elle a pu s'en former lorsqu'elle a daigné les accepter. Recevez, Monsieur, les respectueux hommages de votre très humble serviteur. — C.-J. Dassy.
En arrivant au Louvre, en 1838, le haut de la statue de l'enfant couronné fut moulé, pour qu'on pût en former un buste et le placer dans la série des princes français. Malheureusement, on ne remarqua pas que son costume était celui d'une petite fille, et on exposa bravement le moulage dans le musée historique sous le nom de Philippe de France et le numéro 77 du catalogue de 1839 (2® partie, p. 104). Depuis 1860, ce prétendu Philippe de France porte le numéro 2202 du catalogue de Versailles. Pour expliquer la méprise, il faut d'abord faire savoir comment les trois monuments furent inscrits sur l'inventaire du roi Louis-Philippe. On lit dans cet inventaire :
1733. — Inconnu. — Philippe, fils de Charles IV, dit le Bel, roi de France, statue en marbre; 0"",6o, id., id. (C'est-à-dire : Envoyée à Versailles, le 18 septembre 1843. Décision de l'intendant général du 11 mai 1838.)
France,
— Inconnu. — N..... fils de Charles IV, dit le Bel, roi de statue, id., 0",6o.
— Inconnu. — N...., fille de Charles IV, etc., statue, id.,
Personnage nommé Philippe de France, fils de Charles IV. ( Moulage du musée de A'ersailles. )
On comprend immédiatement que, par suite du besoin de compléter les séries historiques et par une confusion après tout bien naturelle, le numéro 173S fut pris pour le numéro 1733, qui, ainsi que le numéro 1734, n'avait plus sa tête. Je puis affirmer ce fait, car les dimensions de Û'"05 s'appliquent encore aux numéros 1733 et 1734, tandis que le numéro 1735 mesure toujours, avec sa tête, 0"9o.
Quelle pourrait être, maintenant, la statue d'enfant que j'ai recomposée? La réponse n'est pas facile, en l'absence de renseignements certains sur la nature des monuments renfermés jadis par l'abbaye du Pont-aux-Dames. Le recueil des calques du Gaignières d'Oxford, tome XVI, contient bien trois dessins intéressants pour nous. On y voit, f" 72, une figure de femme au bas de laquelle on lit : « Pontaux-Dames. Au milieu de la nef entre deux autres tombeaux
d'enfants. » C'est peut-être, et sous réserve expresse de vérification ultérieure, la tête de cette statue qui est conservée aujourd'hui dans la salle de Michel Colombe, et sur laquelle on peut trouver des renseignements dans le Voyage littéraire de dom Martène et de dom Durand, 2* partie.
Statue d'enfant provenant de Pont-aux- Dames. ( Musée du Louvre. )
page 71. On remarque encore dans le volume de Gaignières, f* 73, une figure d'enfant, manteau drapé, tête couronnée soutenue par un oreiller, manches du surcot assez larges et descendant presque jusqu'au poignet, pieds visibles au bas delà robe. On lit au-dessous : « Pont-aux-Dames, dans la nef, au costé droit de la duchesse d'Orléans.» On rencontre enfin, f° 74, une figure d'enfant, un lion sous les pieds, la tête sur un coussin, manches assez larges, robe de dessous visible aux poignets seulement et petit collet formé par le capuchon du surcot. On lit au bas : « Pont-aux-