Voyez ci-dessus, p
Sous le règne de Louis-Philippe, on acheta peu d'œuvres anciennes de sculpture, si ce n'est pour le Musée de Versailles, et la liste civile se borna presque à faire exécuter rétrospectivement d'innombrables séries de bustes et de statues. Quelques dons importants vinrent, cependant, pendant cette période enrichir les collections nationales. Nous en avons parlé à propos des statues provenant de l'abbaye de Pont-aux-Dames.
De 1848 à 1853, le département de la sculpture du moyen âge et de la Renaissance fut, en principe, véritablement fondé au Louvre par le marquis Léon de Laborde, et de judicieuses acquisitions vinrent s'adjoindre au vieux fonds des collections nationales, que l'éminent érudit ramenait à Paris et groupait avec tant de goût et d'intelligence. Quelques pièces des collections Soulages et Debruge- Dumesnil furent habilement recueilHes. J'insisterai seulement sur la pièce capitale passée de la collection Debruge- Diimesnil au Musée du Louvre.
Dans l'étude des sciences physiques et naturelles les facultés de l'imagination, rigoureusement soumises à la raison, sont parfois d'un grand secours. C'est à elles qu'on doit ces théories hypothétiques qui, plus ou moius discutables en elles-mêmes, ont mené cependant aux plus importantes découvertes. Il y a donc intérêt à transporter dans l'histoire de l'art la méthode des sciences physiques. A défaut de documents définitifs, quand on possède une base solide reposant sur des faits, on peut très légitimement se servir du procédé de l'hypothèse, à condition d'en contrôler les opérations avec la plus sévère critique et de n'en accepter les résultats que sous bénéfice d'inventaire. Dût-on ne pas parvenir du premier bond à la vérité, peu importe. L'hypothèse raisonnée est comme un coup de sonde jeté dans l'in-
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cocnii, dont le résultat, même négatif, a encore sa valeur.
Le Musée du Louvre expose, dans les salles de la Renaissance, un buste déjeune fille qui est, à mon avis, une des plus belles œuvres de sculpture possédées par cet établissement. L'excellence exceptionnelle de ce petit marbre, sorti évidemment des mains d'un artiste considérable, torture depuis longtemps ma pensée comme une énigme et pose à tout ami de l'art un problème dont j'espère hâter la solution ; je veux parler du portrait de Béatrix d'Esté, catalogué sous le numéro 12 de la Notice des sculptures de la Renaissance. Je demande la permission de soumettre aux érudits quelques observations et quelques conjectures qui conduiront peut-être à en découvrir l'auteur.
Mais, me dira-t-on, l'œuvre est connue et classée depuis longtemps. Depuis quarante ans, en effet, il est universellement admis, d'après le très exact catalogue rédigé en 1847 par M. Labarte pour la collection Debruge-DumesniP, que le numéro 103 de cette collection-, acheté ensuite par le Louvre, est un ouvrage de Desiderio da Settignano. Le marquis de Laborde, à qui l'État doit cette excellente acquisition, avait, en apparence, adopté l'opinion de M. Labarte. Il faut remarquer cependant que le savant conservateur du Louvre n'a jamais professé 'ce sentiment d'une façon très explicite ; et, quand il l'a consigné très laconiquement et très dubitativement sur les registres d'acquisition du Musée,