EXTRAIT DU BULLETIN CRITIQUE XXI
ports militaires, au sujet de la recherche des cendres de Pascal, à la date du 14 pluviôse an IV.
Je me chargerai volontiers, dit-il, avec votre autorisation, de cette recherche, et j'espère qu'elle ne sera pas infructueuse.
Lesieùr propose un magon très adroit pour fouiller à Saint-Etienne-du-Mont. Il ajoute en post-scriptum :
Je suis connu de vous, quoique vous n'ayez jamais vu mon nom. Je vais assez régulièrement visiter les monumens que vous avez sauvés de la destruction. J'ai souvent eu le plaisir de vous parler.
Lenoir est obligé de calmer l'ardeur de ce collectionneur de reliques laïques et civiles. Il répond, le 15 pluviôse an IV, que la recherche n'est pas possible, qu'il ne peut autoriser personne à fouiller dans l'église.
Saint-Étienne-du-Mont est rendu au culte, fl faut, pour ne point scandaliser les bourgeois de ce pays-là, avoir un ordre de gouvernement. Cela dépend du ministre de l'Intérieur.
Toutes ces suppressions, et bien d'autres encore, sont infiniment regrettables. Il serait pourtant intéressant d'entendre raconter les expéditions entreprises 'à la recherche du cadavre de quelques grands hommes dont les tombeaux n'avaient pas encore été violés. Ce fut, en effet, une des occupations de Lenoir qui, pour se conformer à la grotesque sentimentalité de son époque, avait h. se procurer, à destination des cénotaphes de son jardin élysée, un assortiment de cendres illustres. Le fondateur du Musée des Monuments français encombra alors les études des notaires parisiens en déposant dans leurs minutes d'emphatiques procès-verbaux, contresignés par un cortège d'imbéciles, dans lesquels étaient relatées minutieusement les circonstances delà découverte et de la translation des ossements.
XXrV AVERTISSEMENT
C'est ià une page, h la fois sinistre et bouffonne, du drame historique, qu'on n'a pas le droit d'arracher. Il faut qu'un Shakespeare de l'avenir puisse écrire un Jour, d'après les textes, une scène intitulée : Lenoir et le Fossoyeur.
Le dossier du tombeau d'HéloIse et d'Âbélard, lui-même, n'a pas été intégralement publié.
Les éditeurs des « Archives ».
Quelques documents de ce dossier sont, je le reconnais, imprimés ou analysés avec soin jusque dans leurs moindres détails. Mais la pièce ci-dessous n'a pas été donnée. Elle mérite pourtant de l'être. C'est un document précieux sur l'état moral et intellectuel de la société au commencement du dix-neuvième siècle. Elle complète la lettre du même correspondant, imprimée in extenso dans les Archives^ page 169, et une lettre personnelle du même signataire dont un long extrait a été publié par Lenoir lui-même dans le tome V^ de son Musée des Monumens français. On ne peut donc pas arguer de son caractère intime pour la supprimer.
Docnment snpprimé.
Ch&Ion-sur-Saôae, 1er thermidor an IX,
Boysset, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, au citoyen Lenoir, administrateur du Musée des Monumens français.
Je profite avec empressement du départ de mon cousin pour Paris pour me renouveler au souvenir de M. Lenoir, qu'il ne me sera jamais possible d'oublier. La trempe de son âme a une indentité {sic) sympathique avec les impressions morales que la nature et rétude m'ont départies. Qu'est devenu le tombeau de l'ami déplorable de l'abbesse du Paraclet ? Combien je désire vivement de le voir ! Combien les soins intelligens de M. Lenoir ont dû répandre d'intérêt sur le monument !... J'espère de jouir de celte vue. J'espère aussi d'admirer, avec tous les êtres qui savent lire et sentir, rinestimable coliectioi^ que notre France doit à ses travaux. *