LES DÉBRIS
DU
Mascaron de la vasque de Saint-Denis à l'École des BMox-Arts.
C'est une chose vraiment extraordinaire que la résistance opposée par les œuvres d'art à la destruction. La brutalité, qui ne sait rien créer, ne sait pas non plus rien supprimer radicalement. On peut anéantir un être isolé, on n'extermine pas une espèce. On fait aisément disparaître un monument, mais non les témoignages entiers d'une civilisation et d'un art. La Révolution française, à son début, renverse les temples et les palais, et jette aux quatre vents du ciel la poussière des monuments de la France; un homme ramasse quelques fragments de ces démolitions et constitue simplement, en les recueillant, une collection merveilleuse qui s'appela le Musée des Monuments français. Une pensée néfaste fait disperser de nouveau tant de chefs-d'œuvre péniblement restaurés et fermer tout à coup Tasile qui leur avait été ouvert. C'est un crime qui pèsera longtemps sur la mémoire de ses auteurs; mais qu'importe? Des
établissements publics se disputent quelques-uns des morceaux principaux et les sauvent une seconda fois. Les autres, subitement privés de tous égards, se voient entassés dans des magasins ou même abandonnés en plein air et, au besoin, transformés en matériaux de construction. Qu'importe encore? La carrière est abondante et, sans s'épuiser, satisfait à toutes les exigences. Semblable à l'amphore antique qui conserve quelquefois jusqu'à nos jours le goût du falerne généreux qu'elle a contenu, le Musée des Monuments français n'a pas encore perdu l'odeur délicieuse des monuments qu'il abrita. L'âme ne s'est pas envolée tout entière du corps modifié et transformé. L'ancien dépôt des Petits-Augustins a gardé beaucoup de la physionomie que lui avait donnée Lenoir au commencement de ce siècle, en dépit de l'incurie de l'administration des Beaux-Arts et du vandalisme des artistes.
En 1817, en effet, par suite d'une mesure provisoire et à cause du manque de place au Louvre, un certain nombre d'objets accordés par l'autorité compétente aux musées royaux restèrent emmagasinés dans l'ancien local, en même temps qu'ils étaient catalogués sur les inventaires du Louvre. Malheureusement, les longs travaux préparatoires de la galerie d'Angoulême, qui ne s'ouvrit qu'en 1824, firent peu à peu oublier les droits du musée royal sur quelques-uns des monuments attribués au Louvre au moment de la suppression du musée des Petits-Augustins. Les conséquences de ce retard dans la livraison et ensuite de cet oubli sont très regrettables. Cependant, il est facile d'établir que, depuis 1817, les bâtiments de l'École des Beaux- Arts ne conservent plusieurs monuments de sculpture qu'à titre desimpie dépôt puisque ces monuments furent, en vertu d'ordres ministériels, compris dans les inventaires des musées royaux. Voici la liste complète des objets inscrits, dès 1818, sur nos inventaires, comme appartenant aux musées nationaux, quoique.
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en fait, ils fussent restés provisoirement à l'École des Beaux- Arts. Nous faisons précéder d'un astérique les monuments qui n'ont jamais été transportés matériellement, en tout ou en partie, au Louvre, et qui, pour la plupart, se retrouvent actuellement à l'École des Beaux-Arts.