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Michelet, Histoire de la Révolution, t. VI, p

3. « L'aspect de cet ensemble, dit M. de Guilhermy dans les Annales

immédiatement de très bons résultats. L'étroit dogmatisme de David le gênait. Les Grecs et Romains d'abord ne se laissèrent pas facilement costumer en troubadours. Notre art cependant subit là, dès la première heure, une influence très sensible. Le Pausanias français de Chaussard et sa célèbre description du salon de 1806 survivent pour nous en fournir une irréfutable démonstration *. Si la première génération de nos peintres historiens ne fut pas éclatante, regardons la seconde, et nous constaterons que le grand mouvement du romantisme fut préparé dans une certaine mesure par l'apparition momentanée du Musée des Monuments français.

La curiosité se tournait en môme temps du côté du moyen âge et de la Renaissance. Révoil ne se contentait pas d'emprunter à notre histoire le sujet ses tableaux. Il formait, à Lyon, la magnifique collection que Millin a

archéologiques j t. XII, p. 17, produisit une profonde impressioa sur les artistes et sur le public. On se prit à déplorer la ruine de tant de chefs-d'œuvre, et bientôt il n*y eut qu'un cri de réprobation contre les stupides fureurs des iconoclastes de 1793. C'est de là certainement que date, dans notre pays, l'ère de la réhabilitation de Tart du moyen âge. »

i. Voici rindication des principaui tableaux du Salon de 1806, dont les sujets sont empruntés à l'histoire de France ou inspirés par Tétude des arts du moyen âge et de la Renaissance. Nous suivrons l'ordre donné par Ghaussard dans \q Pausanias français : P. 84,no24. n Honneurs rendus à Raphaël après sa mort, tableau de 3 pieds 4 pouces de hauteur sur 6 pieds 5 pouces de largeur, par M. Bergeret, élève de David. — P. 180, n» 58. Héloîse et Abailard, par M. Bourdon, élève de Regnault. — P. 188, n© 429. Henri IV, tableau de M. Richard, élève de M. David. (Explication donnée par l'auteur : «Le corps de Henri IV est exposé à l'entrée du caveau, dans le passage des chapelles souterraines de Saint-Denis, tel qu'il le fut en 1793 lors de son exhumation; on le trouva bien conservé, et les traits de son visage étaient parfaitement reconnaissablesD.) — P. 190, n» 430. M^^^ de Lavallière surprise par Louis XIV, tableau de M. Richard-Fleury. — P. 195, n° 431. Jtfii* de Lavallière carmélite, par le même. — P. 221, n" 433. Un Chevalier se préparant au combat, par M. Richard-Fleury. — P. 225, n» 509. Honneurs rendus à Duguesclin, par M. Valkrd, élève de Regnault. — P. 231, n» 452. Jacques Molay, grand-maître des Templiers^ par M. Richard, élève de David. — P. 260, n» 362. Jeanne de Navarre conduit son fils Arthur au tombeau qu*elle a fait élever à la mémoire de son époux Jean IV, duc de Bretagne, par M"e Lormier (Henriette), élève de Regnault. — P. 406, n» 515. iHme de Lavallière, par M™« Vallain (Nanioe), élève de MM. David et Suvée.

signalée et décrite dès 1811*, et qui, acquise, de 1828 à 1830, parTÉtat, est venue fonder au musée du Louvre le département des objets d'art du moyen âge et de la Renaissance. Quelques amateurs sacrifiaient comme lui au goût nouveau. Vivant-Denon collectionnait quelques remarquables monuments du moyen âge^; Dufourny n'y était pas insensible^.

Au point de vue de l'histoire et de l'archéologie les résultats furent immédiats et immenses. Le temps perdu fut bien vite reconquis. Percier, Baltard, Lenoir, Guyot, Imbard, Hyacinthe Langlois, Willemin*, Beaunier*, etc., se mirent à dessiner avec une incroyable ardeur tous les monuments récemment mis en pleine lumière et à portée de l'œil. Leurs dessins se glissèrent dans une foule d'ouvrages et renouvelèrent complètement les habitudes contractées par le dix-huitième siècle en matière d'illustration des livres et de reproduction des monuments. Sans arriver du premier coup à l'îdéal du genre, on était déjà loin de ces planches manifestement trompeuses, à l'aspect triste et rébarbatif, qui remplissaient les Monuments de la Monarchie française de Montfaucon, V Histoire de Saint-Denis de Félibien et les grandes histoires provinciales des Bénédictins. La production fut énorme. Tandis que Baltard

1. Lettre à M. ***, par A.-L. Millin, membre de l'Institut et de la Légion d'honneur, contenant quelques additions à son Voyage de Paris à Lyon* Paris, de l'imprimerie de J.-B. Sajou, rue de la Harpe, n» 11. 1811. Id-8.

2. Description des objets d'art qui composent le cabinet de feu M. le baron F. Denon, monuments antiques, historiques, modernes, etc., parL.-J. -J.Dubois. Paris, 1816, in-8, et le grand ouvrage sur la collection Denon, avec planches.

3. Voyez le catalogue de la vente de Dufourny, Catalogue d'antiquités égyptiennes, grecques^ romaines^ sculptures romaines, émaux et terres émaillées, vilraux peints, etc. Paris, 1819. Ia-8.

4. Nicolas-Xavier Willemin, né à Nancy, le 5 août 1763, publia, en 1798, un ouvrage intitulé : Choix de costumes civils et militaires de Vantiquité, 2 volumes in-folio. Il commença en 1806 la publication des Monuments français inédits,

5. Beaunier et Rathier publièrent en 1810 leur Recueil des costumes françaiSf etc., d'après les monuments, manuscrits, peintures et vitraux.

iO ALEXANDRE LENOIR, SON JOURNAL

dessinait aux Petits-Augustins les fragments d'Ecouen démolis en 1787 et rachetés par Lenoir; pendant qu'il gravait les planches de ses grands ouvrages sur les monuments de Paris ^, Lenoir, non content de publier les douze éditions de son catalogue, faisait paraître, de 1800 à 1821, huit volumes intitulés : Musée des Monumens français. Il insérait, en même temps, (les dissertations archéologiques dans les Mémoires de P Académie celtique et dans ceux de la Société des Antiquaires de France. Il recueillait aussi les éléments de ^on Atlas des Monumens des Arts libéraux. Toutes ces publications regorgeaient de gravures. De 1793 à 1816, la moisson cueillie par les artistes qui fréquentèrent les Petits-Augustins avait été assez abondante pour que deux recueils ou deux albums de gravures, publiés après la disparition du musée, pussent nous en conserver le souvenir 2, Enfin c'est de longues observations poursuivies au Musée des Monuments français qu'est née la seule histoire de la sculpture française que nous possédions, celle d'Eméric David ^, sur laquelle nous vivons encore au-

1. "Paris et ses monuments^ le Louvre, Saint-Cloud, Écouen et Fontainebleau. Paris, d803.

2. Voici le titre de ces ouvrages : Vues pittoresques et perspectives des salles du Musée des monumens français, etc., gravées au burin en 20 estampes par Réville et Lavallée, d'après les dessins de M. Vauzelle, avec un texte explicatif par B. de Roquefort. Paris, Didot, 1816, in-folio maximo. — Souvenirs du Musée des Monumens français, collection de 40 dessins perspectifs, gravés au trait, représentant les principaux aspects sous lesquels on a pu considérer tous les monumens réunis dans ce musée, dessinés par M. J.-E. Biet et gravés par MM. Normand père et fils, avec un texte explicatif par M. J.-P. Brès. Paris, l'auteur et Garilian Goeury. Ouvrage commencé en 1821, terminé en 1826.

On rencontre souvent des tableaux de cette époque qui reproduisent des vues du Musée des Monuments français et qui prouvent combien les salles de ce musée étaient fréquentées par les artistes. J'en citerai un qui est entré dans les collections nationales, c'est Vlntérieur de la salle du quinzième siècle au Musée des Monuments français, par Ch.-Marie Bouton, n© 148 du Salon de 1814; exposé au Musée du Luxembourg à partir de 1823 et au moins jusqu'en 1848. Il est déposé actuellement à l'École des Beaux-Arts.

3. Histoire de la sculpture française, par Émeric David, avec notes et observations par M. Duseigneur, statuaire. Paris, 1853. In-12.

jourd'huî quoiqu'elle date de 1817. De même, c'est seulement de la reconstitution du musée de Lenoir que pourra sortir un enseignement sérieux et rationnel de notre grand art national.

L'influence du Musée des Monuments français avait dépassé les frontières de la France. Le premier volume de Touvrage de Lenoir, intitulé : Musée des Monumens français^ fut traduit en anglais*. Lenoir a parlé des témoignages d'admiration donnés par les étrangers à son œuvre. Cîcognara lui-mêâae, malgré ses préventions contre l'art de la Fraijce, fut obligé, dans son Histoire de là sculpture^ de faire une place aux monuments des Petits-Augustins.

La disparition du musée de Lenoir laissa, à Paris, un vide dont l'existence ne tarda pas à se révéler. Ce musée faisait partie des besoins de la grande ville. Au mois de mai de l'année 1819, Louis XVIII, qui venait de le laisser détruire, nomma une commission de savants et d'artistes chargée de diriger les fouilles entreprises dans la rue de la Harpe, près du palais des Thermes. C'est, sinon l'acte de naissance du musée du palais des Thermes et de l'hôtel de Cluny, au moins la première constatation de sa conception. M. Albert Lenoir a récemment retracé l'historique de la fondation de ce musée ^. Aux textes qu'il a cités, on en pourrait ajouter d'autres. Dès 1820, le musée des Thermes,

1. Muséum of french monuments, or an historical and chronological description of Ihe monuments in marble, bronze and bas-relief collected in the muséum ai Paris; ornamented with élégant etching, translated fromthe french of Alexander Lenoir, founderand director of the Muséum, by J. Griffiths, esq., member of the Philotechnic Society, Athénée des arts, etc., etc. Paria, printed at the english press, n» 939, rue Vaugirard. Paris, Levrault, quai Malaquais; London, John Bell. 1803. In-8.

2. Le Musée des Thermes et de l'Hôtel de Cluny, documents publiés par Albert Lenoir. Paris, 1882. In-8. Voyez également la préface du Catalogue du Musée de Cluny et les «Recherches sur les propriétaires et les habitants du palais des Thermes et de l'hôtel de Cluny, aujourd'hui Musée des Monuments français, dans Tintervalle des années 1218 à 1600, par M. Leroux de Lincy » {Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XVIII, p. 23 et suiv. Nouvelle série, t. VIII, année 1846).

sorte de rejeton de la souche coupée en 1816, donnait déjà signe de vie, tant il était dans Pesprit de l'époque*. En 1824, le musée de la sculpture du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes, commencé dès 4817, fut ouvert, sous le nom de galerie d'Angoulème, au musée du Louvre ; et c'est là que, depuis plus de cinquante ans, le Musée des Monuments français devrait être reconstitué. C'est là que, suivant une belle expression du comte de Forbin, directeur des musées nationaux, il est destiné à professer « un cours vivant de sculpture française » •

La concentration, même momentanée, de tant de monuments au siège du musée des Petits- Augustins n'avait pas été inutile. Une véritable propagande archéologique avait été accomplie par ce musée. Son action survécut à sa durée. On se mit à centraliser dans les livres les monuments dont le rapprochement matériel avait été si instructif et si fécond. De 1816 à 1836, le comte Alexandre de Laborde publiait par livraisons deux volumes in-folio intitulés : Les Monuments de la France classés chronologiquement^ et considérés sous le rapport des faits historiques et de F étude des Arts, Un libraire, Osterwald, fit paraître en 1817 trois volumes in-folio remplis de gravures sous ce titre : Nouveau voyage pittoresque delà France. Quand la lithographie fut

1. Lettre adressée au directeur du musée du Louvre : « Paris, le 6 octobre 1820. Monsieur le directeur, deux autels antiques en quatre morceaux, érigés à Jupiter et à Vulcain, ont été livrés au musée, le 3 avril 1817, d'après la demande qui en fut faite par le ministère de la maison du roi. J'apprends que ces autels n'ont point trouvé place dans les salles du musée royal, et qu'ils sont demeurés jusqu'à ce moment sur un des emplacements qui est devant le quai du Louvre. Vous savez qu'on restaure maintenant le palais des Thermes. Les autels dont il s'agit y seraient convenablement placés. S'ils n'ont effectivement reçu aucune destination, comme il serait à crai-idre qu'en restant plus longtemps aux intempéries ils ne fussent exposés à une prochaine dégradation, je vous serais particulièrement obligé de les faire mettre à ma disposition. Je m'empresserais d'oidouner leur rentrée dans le dépôt des monuments, rue des Petits-Augustins, jusqu'à ce que la restauration du palais des Thermes fût achevée. Agréez, Monsieur le directeur, l'assurance de ma haute considération. » — Le conservateur des monuments^ Gh.-J. Lâfolie. »

venue afifranchir le crayon du dessinateur des infidélités inhérentes à la traduction du graveur, le baron Taylor entreprit en 1824 ses Voyages pittoresques de la France. La mode elle-même venait au secours de Tarchéologie, et la vulgarisation commençait. Vers 4830, le comte Auguste de Bastard mettait la première main à son ouvrage sur les miniatures. De 1838 à 1846 s'imprimaient les Arts au moyen âge, de A. du Sommerard. Quelques années plus tard, les premières livraisons de la Statistique monumentale de Paris voyaient le jour. Puis se fondèrent la Revue archéologique y le Cabinet de P Amateur et de l'Antiquaire^ les Annales archéologiques^ revues autorisées qui prirent en main les intérêts de Tart et de l'archéologie. Tandis que Hennin menait avec ardeur son vaste dépouillement iconographique des monuments de l'histoire de France, les Pères Cahier et Martin relevaient patiemment les curiosités de l'ornementation des édifices gothiques. Enfin Lassus, Viollet-le-Duc, Didron, le baron de Guilhermy, le marquis Léon de Laborde entrèrent en lice et combattirent pour l'art du moyen âge et de la Renaissance ou en divulguèrent les secrets au public. Du Sommerard, Debruge- Dumesnil, Soltykoff, Sauvageot, His de la Salle formaient leurs collections. Dans les sphères politiques, Montalembert et Victor Hugo veillaient sur l'archéologie et faisaient la guerre an vandalisme.

Rien ne devait donc entraver le mouvement parti du musée des Petits-Augustins. Rien ne lui manqua, pas même la consécration officielle. Par une heureuse contradiction, la Restauration encouragea et développa les conséquences d'un principe qu'elle avait si malencontreusement détruit. Après avoir dispersé, sous l'inspiration de perfides conseils, l'admirable collection des Monuments français, elle acheta, pour le Musée royal, la collection Durand, en 1824, et la collection Révoil, de 1828 à 1830. Le fatal

décret du 18 décembre 1816 avait été une faute très grave, mais involontaire, que le gouvernement de Louis XVIII et celui de Charles X semblent avoir eu à cœur de réparer. La révolution de 1830 ne le permit pas. Cependant, le courant si prononcé qui entraînait la France vers les études historiques n'avait rien à craindre du nouvel ordre de choses. La monarchie de Juillet, dont le musée de Versailles, alors en formation, révélait les goûts et les tendances, continua de favoriser le mouvement de Topinion. Elle fit plus : elle entreprit de le diriger.

En 1834, Guizot, alors ministre de Tinstruction publique, institua une commission destinée à devenir plus tard le sous-comité, puis le Comité historique des Arts et Monuments. Cette commission fut divisée en deux sections dont l'une s'occupait de la littérature et de l'histoire et l'autre des arts. Les recherches archéologiques prenant un rapide accroissement, Guizot se préoccupa de ménager à l'histoire des Arts une place importante dans l'organisation de la commission nommée par lui. Je me propose, disait le ministre dans un rapport au roi, de faire incessamment commencer un travail considérable sur cette matière. Je m^appliquerai à faire dresser un inventaire complet, un catalogue descriptif et raisonné des monuments de tous les genres et de toutes les époques qui ont existé ou qui existent encore sur le sol de la France. »

M. de Salvandy acheva l'œuvre de Guizot en donnant au sous-comité des Arts une existence indépendante. Le 18 décembre 1837, le sous-comité fut érigé en Comité des Arts et Monuments. Ce Comité, aux termes de l'arrêté d'organisation, fut chargé (c de publier tous les documents inédits relatifs à l'histoire des arts chez les Français; de faire connaître tous les monuments d'art en France, dans tous les genres ; de faire dessiner et graver pour les conserver à l'avenir les œuvres remarquables d'architecture, de pein*-

tare, de sculpture, etc.; de donner des instructions sur la conservation matérielle des ruines, statues, tours, chapelles, cathédrales; de faire des recherches sur l'histoire de la Musique à toutes les époques du moyen âge ; enfin de préparer les matériaux pour une histoire complète de TArt en France ». Aujourd'hui, le Comité des Arts et Monuments, après plusieurs remaniements, est devenu la section d'archéologie du Comité des travaux historiques et scientifiques. Énumérer ses œuvres principales serait dresser le catalogue d'une bibliothèque. Les savantes instructions qu'il publia posèrent les premières bases de la science, et sous sa protection naquirent ou se développèrent la plupart des Sociétés archéologiques de nos départements.

La création de la Commission des Monuments historiques précéda seulement de quelques jours celle du Comité des Arts et Monuments. La première de ces commissions fut instituée par décision ministérielle en date du 29 septembre 1837. Le ministre qui la fondait lui donnait pour mission de dresser le classement de tous les édifices du territoire français présentant, soit au point de vue de l'histoire soit à celui de l'archéologie, un intérêt suffisant pour être placés sous la protection spéciale du gouvernement. Elle fut en même temps chargée de statuer sur les subventions à accorder, en donnant son avis sur l'emploi des fonds affectés aux réparations des édifices classés, ainsi que de proposer toutes les mesures de nature à assurer la conservation de nos monuments et à empêcher les altérations que pourraient leur faire subir des restaurations inintelligentes*. La Commission des Monuments historiques fut encore investie de la tutelle du musée des Thermes et de l'hôtel de Cluny,.créé par la loi du 24 juillet 1843, sur la proposition du comte Duchâtel, ministre de l'intérieur. C'est l'éta*

1. Catalogue du musée de sculpture comparée du Trocadéro, p. xxi.

blissement dont nous avons signalé ci -dessus, en 1819, les premiers symptômes d'existence et qu'on vit apparaître spontanément dès que le Musée des Monuments français avait été fermé. Partout et toujours nous retrouvons les traces du hardi pionnier de notre archéologie nationale. Quel que soit le sens dans lequel nous nous avancions, nous ne faisons que fouler les sentiers ouverts par Lenoir au commencement de ce siècle.

Il est presque inutile de rappeler ici, tant l'œuvre était populaire et tant elle est encore présente à tous les esprits, ce que firent pour les arts de notre pays deux hommes soutenus par les commissions ministérielles, Mérimée et Vitet. D'un autre côté, on peut juger du travail de la Commission des Monuments historiques en examinant les incomparables archives et bibliothèques pittoresques qu'elle a données à l'histoire de notre architecture et dont plusieurs expositions publiques ont révélé les immenses ressources. L'inventaire de nos richesses d'art, confié à des mains expérimentées, se poursuit là avec méthode. La pensée de Guizot a été comprise et est dignement réalisée.

Les livres, les dessins eux-mêmes, les restitutions archéologiques ne suffirent pas longtemps à répondre aux exigences de la foule qui voulait être initiée et qui demandait des maîtres. Du contact de tous nos monuments entassés aux Petits- Augustins une doctrine s'était dégagée. On entrevoyait enfin les liens qui rattachaient les uns aux autres tous ces produits successtfs de notre travail national. L'enseignement oral de nos arts était né. Arcisse de Caumont, qui, dès 1823, avait posé dans le premier volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de Norman ' die^ les bases de la doctrine qu'il devait développer plus

1. Le premier volume des Mémoires de la Société des antiqitaires de Normandie ne parut qu*ea 1825; on y trouve l'article de M. deCaumont, de la p. 535 à la p. 677 ; mais le travail de M. de Caumont datait de 1823. En voici

tard, commença en 1830 à professer à Caen son cours d'antiquités monumentales. Ses leçons furent immédiatement répandues par une importante publication *• Le même savant fondait à ce moment la Société française d'archéologie et, dès 1834, avec le concours de cette Société, il se mit à publier de remarquables travaux sur l'histoire de l'architecture française dans une Revue périodique distribuée tous les deux mois. Depuis ce jour, la Revue créée par M. de Caumont n'a pas cessé de paraître sous le titre de Bulletin monumental. Il organisait en même temps les congrès archéologiques tenus alternativement dans les principales villes de France et destinées à éveiller partout le goût des études nouvelles.

Lorsqu'on 1847 M. de Salvandy reconstitua l'école des Chartes, il voulut y introduire l'enseignement de l'archéologie nationale. Jules Quicherat fut choisi pour remplir la nouvelle chaire. Il y professa pendant plus de trente ans un admirable cours sur nos antiquités. Tous les ans, le maître consacrait sa première leçon à l'analyse de l'œuvre de ses prédécesseurs, et il montrait ce que l'archéologie de notre temps doit à la trop courte apparition du Musée des Monuments français.

Oublions, pour un moment, la grande question d'art qui est en jeu. Sans même parler individuellement des ouvrages dont nous devons la conservation et la transmission au musée de Lenoir, on voit que l'existence du Musée des Monuments français fut un événement capital dont dépen-

le litre exact : « Essai sur Varchitecture religieuse du moyen âge, particulièrement en Normandie, communiqué à la Société d'émulation de Caen en décembre 1823, lu à la Société deb antiquaires de Normandie le 3 mai 1824, par M. de Caumont. »

1. Cours (T antiquités monumentales, professé à Caen par M. de Caumont, secrétaire de la Société des antiquaires de Normandie, membre de la Société des antiquaires de France, etc. — Histoire de l*art dans V ouest de la France, depuis les temps les plus reculés jusqu'au dix-septième siècle, 1. 1«'. Paris, 1830.

18 ALEXANDRE LENOIR, SOiN JOURNAL

dit, plus que de tout autre, le développement des sciences historiques et archéologiques de notre pays. C'est donc à Lenoir qu'il faut faire honneur du grand mouvement scientifique dont nous sommes aujourd'hui les témoins. Le Musée des Monuments français fut le berceau de notre école historique. Faisons tout ce qui est nécessaire pour reconstituer ce berceau. Un devoir s'impose à la piété des disciples : c'est de rallumer le foyer lumineux d'oti, suivant la belle expression de Michelet^ « l'étincelle » initiatrice est partie.

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