II
choses. Vous pouvez disposer de tout ce qui est marqué sans destination
J*ai rhonneur de vous offrir, Monsieur, FassuraDce de ma considération.
Le Ministre secrétaire d'État de l'intérieur. Laine.
Note additionnelle des monuments des Petits-Âugustins, qui ont été marqués pour que la demande en soit faite par TAdministration du Musée royal, afîn de les réunir à ceux qui ont déjà été déposés dans les magasins provisoires au Louvre, pavillon de
Beauvais, si toutefois l'autorisation est accordée
Sophite {sic) en pierre garni d'arabesques *. . . Sans destination. Trentre-trois médaillons d'Empereur, en marbre. Us sont chantournés pour être posés sur
des fonds Sans destination,
N» 63. — Grande cuvette en pierre de liais (dans
le jardin ^ Sans destination.
La grille en fer, devant la chapelle de François P' 3 Sans destination.
On lit dans un Deuxième état des objets du musée des Petits-Augustins qui ont été accordés au Musée royal par S. E. le ministre de Fintérieur :
Sophite en pierre garni d'arabesques ; — trente-trois médaillons d'Empereurs en jnarbre; — n° 63, grande cuvette en pierre de liais; — la grille en fer devant la chapelle de François I".
Par suite de cette décision, les objets énumérés ci-dessus furent inscrits sur l'inventaire des magasins du Louvre en 1818, comme on Ta vu ci-dessus, et ils n'ont pas cessé d'y figurer. Il n'y a pas moyen d'équîvoquer sur les termes employés pour désigner les médaillons attribués au musée.
1. Il s'agit soit d'un plafond de Gaillon, spit d'un plafond d'Écouen, conservés tous deux dans la cour de l'École des Beaux-Arts.
2. C'est l'ancien lavabo des bénédictins de Saint-Denis, œuvre remarquable de la fin du douzième siècle ou du commencement du treizième.
3. Voyez sur cette grille, placée aujourd'hui dans la baie fofmée par Tare de Gaillon, à l'École des Beaux-Ârts, et dont il a été question ci-dessus^la Gazette des Beaux- Arts, octobre 1883, t* XX Vï, 2e période, p. 298.
La note ministérielle, en constatant que ces médaillons étaient chantournés pour être appliqués sur des fonds, prouve qu'il s*agit bien de quelques-unes des sculptures restées indûment dans la cour de l'École des Beaux-Arts.
La masse imposante des monuments tirés de Gaillon et conservés à l'École des Beaux-Arts permet de formuler quelques observations générales.
La France possède des œuvres de la première Renaissance italienne en plus grand nombre qu'on ne le croit généralement. La vieille légende, un peu abandonnée maintenant, qui montrait le goût pour Tart italien rapporté comme une mode irrésistible à la suite de Charles VIII et de Louis XII est plus vraie qu'on ne paraît le penser depuis quelque temps. L'importation avait même devancé les conquêtes de Charles VIII. Elle commença sous Louis XI. Déjà, sous Charles VII, la France était préparée à la grande évolution qui s'annonçait. L'Italie et ses arts préoccupaient assez les artistes français pour avoir attiré à Rome le plus illustre de nos peintres, Jean Fouquet. Si celui-ci traversa la péninsule sans rien perdre de son style national; si, même, il sut le faire comprendre et admirer par les papes et par les Italiens, d'après le témoignage non suspect de Filarete, il n'en revint pas moins ébloui par la première floraison de la Renaissance ultramontaine, et la partie décorative du style italien prit d'une façon très appréciable une place notable dans ses compositions. Le germe de l'art des temps nouveaux était communiqué à la patrie de la mode, des brusques révolutions et des incessants progrès. Les conséquences étaient faciles à prévoir. A partir de ce jour, il exista, en matière d'art, entre les deux pays, une suite non interrompue de relations et d'échanges; mais les proportions dans les rapports réciproques ne restèrent pas longtemps égales : la France reçut beaucoup plus qu'elle ne donna. Sans compter l'introduction considérable de monuments
modèles, tirés tout faits d'Italie depuis le milieu du quinzième siècle, surtout à la fin de celui-ci et au commencement du seizième, les rois, les grands seigneurs, principalement les prélats en relations constantes avec le saint siège, et les simples amateurs amenèrent et installèrent en France une véritable colonie d'artistes italiens. Francesco Laurana, Pietro da Milano, Niccolo Spinello, Guido Maz* zone, Jean Joconde, les Juste, vingt autres que nous aurons l'occasion de citer, toute leur suite de praticiens et de manœuvres italiens, ont indiscutablement travaillé en France. On a fait trop longtemps semblant de Tignorer. De leurs ateliers, entretenus à grands frais, sont sortis d'importants ouvrages qui, aujourd'hui, mélangés aux ouvrages français d'inspiration et de tendances analogues sont souvent assez difficiles à reconnaître. C'est assurément un travail des plus intéressants que d'étudier les rapports, les luttes et les alliances entre les deux arts, l'un étranger et l'autre indigène, qui se pénétraient réciproquement. Rien de plus piquant que de distinguer des mains de nationalités difTérentes se trahissant quelquefois dans l'exécution d'une même œuvre d'art.
Le château de Gaillon, à la destruction duquel tant de fragments sculptés ont survécu, présente un des plus curieux exemples de ce problème. Personne ne peut douter du caractère absolument italien de la décoration d'ensemble de cet édifice. Quelques mains françaises peuvent et doivent avoir été employées, nous le savons par les comptes et par l'existence de plusieurs parties décoratives dont la nationalité est bien évidente ^ ; mais, en exceptant le parti
1. A rintérieur de la première cour^ au-dessas de la porte d'entrée, les deux anges qui occupent une niche ne sont pas de btyle italien^ quoique les pilastres de cette niche soient couverts d'arabesques italiennes. — La décoration extérieure des pieds droits des arcs de la loggia, aujourd'hui fermée et ëervant de réfectoire aux prisonniers^ est bien plutôt française aved ses anses de panier, ses chapiteaux et ses colonnettes. — La grande fenôtre de la grosse
pris exclusivement français de la toiture et des combles, c'est l'influence italienne qui, dans l'ornementation, dominait presque partout. Ces médaillons de marbre dont nous venons de parler, d'un style si incontestablement italien, avaient été encadrés dans des bordures de pierre composées de guirlandes de fruits et de fleurs qu'on croirait moulées sur quelques terres cuites émaillées par les délia Robbia. Plusieurs de ces bordures, achetées par Lenoir au citoyen Prévost, en l'an IX, sont précisément celles qui sont conservées à l'École des Beaux-Arts*. A Gaillon, il en reste une en place dont on peut constater l'introduction dans un appareil difTérent sur une tourelle restée debout et portant à sa base une décoration de style uniquement français. Cette intercalation de pièces rapportées dans une façade^ comme l'auraient été des morceaux de faïence, est un procédé de construction tout italien. C'est là, sans doute, ce que nos ouvriers indigènes, à qui on livrait des patrons et des modèles qu'ils savaient importés d'Italie, appelaient des travaux «à l'antique^», justifiant, par leur foi trop absolue en cette opinion, la soumission aveugle à laquelle ils étaient réduits vis-à-vis des doctrines d'un art étranger. Girolamo délia Robbia, suivant ses plus récents historiens 3, n'arriva à Paris qu'en 1527 ; mais je ne crains pas
tour^ opposée à celle de la chapelle, est de goût français. — Le dessous de l'ancienne chapelle, servant actuellement au service religieux, n'a rien de purement italien. La forme des colonnes ou piliers du portique, conservées à l'Ecole des Beaux -Arts, n'est pas non plu^ italienne.