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qui survivent, quoi qu'il puisse advenir, avec une netteté singulière, pénétrante, prête à se résoudre, chez les uns, — et ce sont les Savants, — en une curiosité tenace, inquiète de con-
La Partie de Tennis (Lithographie originale en couleurs).
naître les causes des phénomènes et d'en démêler les conséquences, chez les autres, — et ce sont les Artistes, — en une volupté des formes et des spectacles, qui s'émeut d'éterniser sur la toile ou dans la pierre, un instant d'émotion, une vision de beauté ou d'effroi...
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On en garde une affection très vive pour ce coin du Monde, où Ton vit le jour. Il n'est guère d'artiste né à Paris, ou même y ayant vécu quelque temps, dont l'œuvre ne contienne des pages, témoignage de la séduction irrésistible, inévitable, exercée de tout temps parla Ville. Séduction puissante à notre époque de « modernisme » au point de provoquer, outre- Atlantique, la création du « Prix de Paris », digne émule de notre antique « Prix de Rome », dont le prestige semble bien, — qui le contesterait? — à la veille de s'évanouir.
Il n'est pas inutile de signaler, à ce propos, l'inutile vertu du voyage classique sur la formation de tant de talents contemporains.
Le cas de Lunois, en possession d'une originalité universellement appréciée, serait suffisamment significatif à cet égard. Instruit par l'étude du Louvre et par l'observation directe de la vie et des mœurs, il a développé ses mérites d'artiste, ses qualités de technicien au contact de peuples nouveaux, à la vision de paysages inconnus, de spectacles attrayants et divers, mais en n'obéissant qu'à la loi de ses seules sympathies.
Peintre de Paris, il a suivi également ses sympathies personnelles. Son œuvre compte, sur ce sujet, des pages fort dissemblables de motifs et d'exécution. L'artiste ne s'est pas astreint à tracer la physionomie de tel coin du Vieux Paris, dont l'apparence pittoresque passe à l'état de motif obligatoire. Il laisse à Méryon, et à Auguste Lepère, à Charles Huard et à
L" Adoration de la Croix, le Jeudi-Saint, à Notre-Dame (Lithographie originale au lavis).
Charles Jouas la Cité et ses vieilles rues noires et tortueuses, remplies de la saveur du passé. Son domaine, comme peintre de Paris, c'est l'occasion, l'aventure qui le lui fournit.
Au cours dune promenade, il s'avise de monter sur les tours de l'église Saint-Gervais, et le moutonnement des toits, coupés çà et là des flèches d'églises ou du dôme des monuments publics, lui inspire un étonnant croquis qu'il transpose ensuite au lavis sur la pierre, et c'est : Paris vu du haut des tours de Saint-Gervais, c'est un aspect de la grande ville, dont nul ne s'était avisé jusqu'alors...
Ainsi, il observait son programme. L'émotion seule lui imposait ses sujets. Et son œil de peintre curieux, passionné de spectacles vivants, amusants, grouillants, l'orientait de préférence vers les compositions, qui évoquent les mouvements de foule, les rassemblements populaires, qui permettent de saisir sur le vif la multiplicité des sentiments, la diversité des attitudes, qui aident à produire un tableau animé, pittoresque, où les vertus de l'observateur et les mérites de l'artiste ont large champ de se manifester dans leur plénitude.
Les Galeries supérieures du Théâtre Beaumarchais, intitulées aussi Le Poulailler, nous fait penser que Lunois, avant de se livrer exclusivement à la lithographie originale a longuement étudié Daumier. Avec bonheur, il s'est souvenu ici du grand satirique, dont il a reproduit, d'une manière excellente, le fameux tableau Les Lavandières descendant l escalier d'un quai.
Adoration nocturne dans l'église Saint-Mern, bien que de tonalité un peu trop sombre, est encore un de ces sujets suggérés par l'aventure, une de ces œuvres, nées d'une émotion qui se haussent à la page maîtresse par la simplicité des moyens
Le Poulailler (Lithographie originale au lavis).
dans l'intensité du sentiment. La vieille église Saint-Merri, voisine de la rue Nicolas Flamel, où Lunois vécut des années d'enfance, a dû, plus d'une fois, évoquer, dans ses songeries d'artiste, les rêves de tous les épisodes parisiens qui se déroulèrent à l'ombre de ses tours. En s'eftbrçant de contraindre
la pierre à rendre la majesté impressionnante de Saint-Merri plongé dans les ténèbres, tandis que les lumières de l'autel percent seules l'obscurité, Lunois a tracé une page qui marque dans l'histoire de la lithographie française et inscrit son nom parmi les peintres de Paris les plus capables d'originalité.
Néanmoins, on aurait tort d'apprécier l'artiste à cet égard avec un sentiment trop exclusif. Paris n'est pas son champ de bataille accoutumé. Les quelques lithographies au lavis qu'il a exécutées apparaissent comme un délassement entre deux voyages. L'Enterrement à la fosse commune aussi bien que Le Mur des Fédérés attestent une maîtrise évidente, qui ne se manifeste pas, avec la même perfection, dans les lithographies en couleurs de la série parisienne.
Celles-ci sont peu nombreuses, cinq ou six à peine, n'exercent point la puissance de séduction, si émouvante dans les lithographies teintées de la série espagnole et de la série orientale.
D'où provient ce fait ?. . .
L'on incriminerait volontiers l'atmosphère parisienne, aux cieux tout en demi-teintes, qui prêtent malaisément aux violentes oppositions de couleurs, aux rutilances et aux somptuosités. L'air parisien n'est ni aussi pur que dans les contrées septentrionales, ni aussi surchauffé que dans le Sud-Oranais. Il s'ensuit que les objets et les êtres n'y apparaissent point avec l'intensité de relief, ni avec l'éclat de coloris qu'ils empruntent ailleurs à la valeur du décor.
Le décor assure à tous les spectacles, de quelque nature qu'ils soient, la majeure partie de leurs qualités. C'est pour avoir négligé le décor que tant d'artistes, doués de mérites brillants, ne sont point parvenus à produire une personnalité. Du décor, tout tableau tire sa vie, tout sujet prend une forme animée et se révèle aux yeux du passant médusé...
Mais ce décor lui-même demeure soumis aux lois de l'éclairage.
L'éclairage naturel ou artificiel donne aux visions parisiennes un aspect qui s'accommode difficilement de la couleur. Dans Le Magasin de Nouveautés, nous avons un spécimen de lithographie en couleurs, d'après les heures de la journée, d'un attrait visiblement inférieur aux Fiancés, étude de lithographie monochrome reproduisant un paysage parisien vu entre } et 4 heures de l'après-midi. Loua Barrison aux Folies -Bergère est une planche qui tend à exprimer le grouillement vivant d'un promenoir de music-hall avec les divers contrastes de couleurs et de personnages, sous la clarté crue des becs de gaz, à une époque où l'électricité ne dispensait pas ses Ilots dans les théâtres et établissements de plaisir.
L'essai s'annonce comme d'une curiosité indéniable, mais surtout comme un document touchant les divertissements à Paris sous la troisième République. 11 prendra place parmi les illustrations concernant Paris et ses théâtres, au Musée Historique de la Ville, non loin des estampes qui lèguent aux
générations l'image des Tivoli, des Closeries des Lilas, des Mabille, des Château-Rouge, de tous lieux de plaisirs fréquentés par nos pères, mais les Folies- Bergère de Lunois y jetteront une impression d'art, car la planche naquit sous l'influence d'une observation personnelle, frappée de la diversité des teintes, du contraste entre la clarté aveuglante de la salle et la pénombre amusante du pourtour.