‹ Alexandre Lunois, peintre, graveur et lithographeChapitre 15 sur 58 · DESSINS ET PRÉPARATIONS · texte numérisé non relu

DESSINS ET PRÉPARATIONS

Ceux qui s'intéressent à toute œuvre d'art, ne limitent plus, comme jadis, leur ambition à éprouver, dans sa plénitude, la sensualité des couleurs, ou à goûter, dans son raffinement, la souplesse des contours. Notre temps connaît l'inquiétude de comprendre, et l'inquiétude de comprendre saisit même l'amateur, le collectionneur. 11 ne lui suffit pas de s'enorgueillir d'une toile célèbre, d'une pièce réputée, il veut encore savoir quelles luttes l'artiste, avant d'atteindre au chef-d'œuvre, avant de réaliser la construction définitive,

Étude.

a dû engager contre la nature rebelle ; il souhaite ardemment percer le mystère qui dissimule le naissance de tant d'oeuvres importantes. D'où la vogue grandissante des collections de dessins et d'études, de préparations et d'esquisses...

Elles sont nombreuses, les galeries qui possèdent, à côté des morceaux de choix, auprès des tableaux d'inappréciable valeur, des cartons gonflés d'études, de notes, de croquis, de travaux de toute sorte, relatifs à ces mêmes tableaux. C'est une joie de pouvoir contempler, devant l'œuvre achevée, les étapes successives, que nous révèlent ces « préparations », c'est, en même temps, un moyen d'étendre nos sympathies et de mieux comprendre à quel point la valeur propre d'un artiste fait la valeur de ses productions.

■ Quelques-uns de ces coups de crayons équivalent aux confessions les plus sincères. Ce ne sont pas des dessins poussés, des pages léchées, ou ces « pensums » surnommés si justement « morceaux d'École » qui renseignent sur l'histoire d'une vie d'artiste et nous aident à surprendre l'élaboration d'une œuvre.

A cet égard, les dessins et les croquis de Lunois sont étonnamment significatifs. Ils sont, ces dessins, enlevés, en général, avec une prestesse spirituelle, avec une intelligence habile à noter les curiosités et les tares des physionomies. Sans doute, on lui reprochera parfois un abus du « crayonnage » ; sans doute aussi, un censeur, épris des proportions harmonieuses

Étude pour Récits et Aventura d'Andersen.

relèvera dans ses Études de femmes espagnoles, dans ses croquis de mouvements de danse, des corps de grâce imparfaite et des attitudes d'élégance où se perçoivent des traces de vulgarité, mais il faut prendre ces « préparations » comme des notes prises au vol, en pleine expansion de réalité ; la meilleure séduction d'un dessin, c'est la sincérité...

Et la sincérité de Lunois, nous ne saurions trop insister à ce sujet, se révèle toute vibrante dans les « préparations ». 11 manie le crayon ou le fusain avec maîtrise, une maîtrise dédaigneuse des formules d'atelier et des recettes d'Ecole. Lui aussi est possédé de l'ambition de comprendre les spectacles qui se déroulent sous ses veux. A sa manière, il adopte la belle devise d'Eugène Carrière : « Voir et comprendre ».

« Voir et comprendre ! » L'auteur des Danseuses espagnoles, le peintre averti des scènes du Sud-Oranais, se montre, ici attentif à voir, obstiné à comprendre. Il a acquis la science technique, il possède ce métier qu'on apprend durant la première partie d'une vie humaine, son intelligence s'est formée par tant de pays visités, par tant d'observations accumulées, son cœur n'ignore aucune des finesses de la sympathie, ni aucune des formes de l'émotion. De plus, il possède cette aptitude à sentir et ce besoin d'exprimer son impression et sa pensée, qui créent l'artiste digne de ce nom, si galvaudé de nos jours.

Avec de telles armes comment ne vaincrait-il point? comment ne satisferait-il point son besoin de traiter, en pleine joie

Page 1