‹ Alexandre Lunois, peintre, graveur et lithographeChapitre 21 sur 58 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Telle est l'œuvre, tel est l'artiste.

L'œuvre se présente sous un aspect infiniment varié, sincère et captivant, l'artiste joint à toute la sensibilité humaine les ressources d'une intelligence cultivée et d'une connaissance parfaite de la technique de l'Art dans ses divers genres...

Lithographe de métier au début de sa carrière, il a dû

se soumettre aux exigences

merce.

■ de la vie courante et pro-

Étude d'Espagnole. . dujre ^ pknches de CQm

destinées à le mettre à l'abri des nécessités quoti-

diennes. Ces planches, nous avons le devoir de les ignorer. Les œuvres, élaborées dans le sentiment de sa volonté personnelle et dans la joie du travail fécond, nous intéressent seules.

Elles comportent des lithographies en noir, des estampes au lavis lithographique, des estampes polychromes, des eaux -fortes, des bois.

La plupart furent exécutées, au retour de voyages, d'après des peintures à l'huile, des pastels, des aquarelles, des dessins de toute sorte.

Mais on s'illusionne, en laissant dans l'ombre l'œuvre du peintre et du pastelliste, qui égale, si elle ne la surpasse, l'œuvre du lithographe et du graveur.

Etude de Gitane.

CIMETIERE D'EYGUB

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Disciple sans doute inconscient des grands maîtres de T « impressionnisme » Lunois a prodigué, dans sa vie d'artiste, les richesses d'un tempérament vibrant aux nuances de la couleur, capable de ressentir toutes les émotions et d'en exprimer toutes les nuances, sans préoccupation d'observer les règles, les bonnes règles tyranniques et stériles, sans inquiétude d'une vente éventuelle ni de l'exploitation méthodique du pire goût public.

Il a parfois atteint au lyrisme de la couleur, notamment dans sa suite de Danseuses espagnoles ; ses pastels sont des harmonies, où la sincérité n'est pas sacrifiée au désir de plaire ; ses aquarelles perpétuent d'une touche légère et aisée les paysages de Hollande et de Scandinavie aux contours qui s'estompent

Étude d'Espagnol.

sous le ciel noyé d'eau. Le peintre, après s'être voué à tracer les images des champs familiers, a trouvé sa véritable route dans les visions d'Espagne et des pays du Sud-Algérien, dans les intérieurs et les aspects de la vie septentrionale.

Mais c'est en Orient que se déploie volontiers l'imagination fastueuse et tendre de l'artiste. Deux longs séjours à Constantinople, des promenades attentives à la beauté des paysages d'Anatolie n'ont pas épuisé une sympathie croissante pour la nation ottomane. Il en résulte des œuvres que l'émotion désignera aux hommes indéfiniment : pour nous laisser les visions suprêmes de la malheureuse Turquie, il n'a pas que les yeux, il a le cœur qui convient. Le vieux Stamboul, semble-t-il bien, a rencontré en Lunois son dernier peintre, son dernier « vieux croyant », avant l'envahissement des Palaces et l'invasion des spéculateurs.

Esprit consciencieux et scrupuleux, soucieux de vérité naturelle et tenant en haut dédain les menus procédés des « arrivistes » et leurs coteries impuissantes, Lunois offre une attachante et sympathique figure d'artiste, qui poursuit son chemin et rencontre le succès par la seule valeur de son œuvre, par l'originalité vivante, vibrante d'un talent, sans cesse aux aguets d'une formule, qui serait susceptible de procurer, aux individus et aux milieux, ce caractère de vérité et d'émotion qui éloigne, qui supprime pour les images, le terme fatal de toute existence humaine.

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