‹ Alexandre Vinet, notice sur sa vie et ses écritsChapitre 3 sur 3 · IM · texte numérisé non relu

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nouf^. » En proclamant ainsi la suprématie de la conscience, Yinet a en même temps ramené la religion à son essence, c'est-à-dire à la conmmnion avec Dien. Les dogmes purement spéculatife sont tombés du même coup que les observances purement légales. Le culfe est redevenu esprit et vérité. L'autorité a cessé de peser sur Vâme. La raison , qui n'est qu'un élément de la conscience, a revendiqué ses droits. Mais placer la religion dans la conscience , c'est établir la nature individuelle et subjective de la conscience religieuse, et , par suite , c'est établir le caractère relatif de la vérité sur la terre, c'est reconnaître l'inévidence du christianisme, c'est proclamer la liberté pour tous, c'est inviter les opinions à se manifester, c'est fonder la tolérance sur une base nouvelle, qui n'est plus 'indifférentisme et qui n'est pas nécessairement non plus la foi. On voit quel est le lien caché de toutes

es thèses que Vinet a défendues.

Qu'on l'appelle individualisme, subjectivisme ou

mplement spiritualisme , le principe de Vinet est le pKncipe protestant , et ses écrits marquent une évo- Rffîon capitale dans le protestantisme français. Si la déformation a consisté à dépouiller la religion de tout ce qui en elle n'était point religieux, on peut dire qiie Yinet a opéré une réformation dans la Réfbrma tioh, en dépouillant cette dernière des nombreux éléments non assimilés et non assimilables qu'elle avait conservés. Il a travaillé pour sa part, pro tirili parie, à cette œuvre qu'un sièdé lègue à l'autre, et qui ne sera accomplie que quand la conscience et l'Évangile

seront reconnus comme deax surfaces qui doivent se couvrir exactement.

Vinet, sauf dans sa polémique contre les notions ecclésiastiques courantes, a plus cherché à édifier qu'à détruire. Nous ne croyons même pas qu'il ait entrevu toute la portée critique des principes dont il a été le re« présentant parmi nous. Les apologètes qui démontrent la vérité de TÉvangile par ses harmonies avec Tâme humaine ne savent guère ce qu'ils font. C'est dans la conscience qu'ils placent le critèr$ et la mesure de la vérité religieuse; mais attribuer ce rôle à la conscience, c'est consentir à regarder conm^e hors-d'œu* vre ou superfétation tout ce qui, dans un système religieux, reste sans rapport avec elle. Il n'y a point de milieu : il feut, avec la vieille apologétique, prendre son point d'appui dans je ne sais quelles preuves externes, et essayer d'asseoir une autorité absolue sur un témoignage faillible, — ou bien il faut r^ connaître que le divin ne se démontre que par son affinité et par son contact avec l'âme humaine , et il faut accepter toutes les conséquences négatives M cette donnée. Or, que devient, à ce point de vue, liei théologie métaphysique de Nicée ? Que deviennent le sacerdoce et le sacrement cathoUques? Que devient la théorie théopneustique du dii^-septième siècle ? Yinet, sans doute , n'a pas tiré toutes les conséquences que renfermait sa théologie. Beaucoup de personnes se flattent même qu'il aurait désavôiié ces oc»iséquences s'il avait assez vécu pour let- voir éclore. Cela est possible, mais il n'en reste pas moins vrai qm, à&m

le déblai qui s'opère depuis quelque temps, les ouvriers n'ont fait que suivre les lignes tracées par la main de Yinet.

Pour ceux qui ont connu Vinet, il est un souvenir qui domine l'admiration même ayeclaquelle ils contemplent la puissance (te son initiative religieuse : c'est le souvenir de son' caractère . personnel. Le charme, disons mieux ^ la puissance de ce caractère résidait dans l'union d'une intelligence étendue et cultivée et d'une pureté motalè exquise. L'éléyation,. une sensibilité sans ^abandon, mais pleinadedévouemeint, une humilité si profonde- qu'on avait peine à y croire dans un hoinnie si admiré , le besoin de la perfection en tout,; rharmonie, l'unité intérieure ^ Ta transparence de l'âme, tels :étaient lés. principaux traits de la physionomie spirituelle de Yii^t. Il lie ressemble pas seulement à Pascal par la- méthode théologiqiie, mais aussi p^r ôes oscillations eiïtre une tendance naturellement sc^tique eit une foi enfantine, par.ses souffrancesy par son^ humilité, par sa réserve, par sa conscience scrupuleuse, par soà abnégation', par l'austérité de ses affections, par; son attachementaudevoir et à ridée du devoir. Seulement il faut bien .'dîre>qu'il n'a pas poussé ces qualités jusquîau tragique , comme l'écriyain de PdrtrRoyalj et que par là méine.il a montré un christianisme biei^' plus humain, plus aimable et , pour tout dire, plust^Wétién. Sa pereonneest l'une de celles qui restent dàns^atinémoire des hommescomme ayantreflété d'une-manière^toutepàrticâilière l'auguste

image du Matlre ; son œuvre a moins consisté dans ce qu'il a dit et dans ce qu'il a fait y que dans ce qu'il a * été. Le voir, c'était déjà une lumière et un appel. L'avoir connu est une bénédiction dont on doit reconnaissance à Dieu.

Le génie de Vinet a dû beaucoup à la beauté de son âme. Tandis que la littérature contemporaine offre le spectacle d'une foule d'intelligences qui s'obcurcissent ou se dégradent après l'éclat d'une première apparition, Yinet n'a pas cessé de se développer. C'est là le privilège des natures saines , des talents que soutient la vie morale, des âmes pures et animées d'un sincère amour de la vérité. La vie de Vinet a été une transformation incessante, et cette transformation s'est traduite par un perfectionnement continu dans le sentiment et dans l'expression.

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