DEUX ARTICLES
M. André Beannier (i) et M. Edouard Drumont (2) se sont récemment occupés d'Alexandre Weill; chacun, cela va de soi, à sa manière.
Et M. André Beaunier m'a fait un amical reproche, mais dont il a pris soin de me justifier aussitôt avec tant de oubtilité judicieuse que j'en demeure émerveillé.
Voici le reproche :
Mais enfin, qti'est-ce que prophétisa ce prophète?... On voudrait le savoir.
M. Robert Dreyfus ne nous le dit pas beaucoup ; et c'est le défaut de son étude... Elle est, à cause de cela, un peu décevante...
Et voici ma défense :
Seulement, à cause de cela, elle est aussi plus philosophique, si elle donne à entendre que l'essentiel ne sera jamais ce qu'on prophétise, mais que le grave est de prophétiser.
Ah ! oui, qu'on prophétise, en notre temps ; qu'on prophé-
(i) Figaro du aj juillet 1907.
(a) Libre Parole du 12 août 1907.
tise après que les historiens et leurs lecteurs ont, en dépit de la méthode historique, connu toute l'incertitude du passé ; qu'on veuille, après cette expérience, empiéter sur l'avenir avec plus de hardiesse et de sûre intrépidité qu'on n'empiète sur les âges révolus, les faits accomplis, — cette tentative extravagante et magnifique honore les prophètes, les chiromanciennes et tous les sorciers qui nous restent !...
Le principe de la prophétie à laquelle se consacra le vieux Weill chimérique, c'est une croyance furieuse au principe de causalité.
Cela encore est merveilleux!...
L'idée du pardon lui était insupportable. Il la disait immorale, absurde et inintelligible; il lui reprochait d'être injurieuse pour Dieu nième... Et encore, Dieu, — on devine qu'Abraham- Alexandre se ferait ici une raison ; mais surtout l'idée de pardon est injurieuse pour le principe de causalité !...
Pauvre vieux Weill, qui avait beaucoup lu : dangereuse aventure !... Mais il n'avait pas lu, probablement, les œuvres du subtil David Hume. Elles l'eussent, je crois, averti de ce qu'a de calamiteux le principe de causalité.
Pauvre vieux Weill, qui s'est trompé toute sa vie durant, pour avoir trop négligé le Hasard, le cher et ingénieux Hasard!... C'est entendu cpi'il n'y a point de hasard; non, en vertu de la causalité. Seulement, nous appellerons Hasard la merveilleuse incertitude où il faut que nous demeurions, les causes étant innombrables et compliquées et la notion de cause un peu absurde.
Hé oui ! on ne saurait mieux dire : l'essentiel n'est pas ce qu'on prophétise, mais le grave est de prophétiser... Le don et la verve prophétiques, voilà ce qui m'avait paru caractéristique, exceptionnel, admirable, — voilà ce que j'avais souhaité qu'on reconnût chez Alexandre Weill. Mais le positif des prédictions, quelle duperie ! Et c'est pourquoi je me suis permis (page 63) de
ou LE PROPHETE DU FAUBOURG SAINT-HONORE
renvoyer aux cinquante ou soixante volumes et brochures d'Alexandre Weill le lecteur qui, sur ce point-là, se sentirait de la patience et de la curiosité.
Mais je ne le renverrais pas, sans lui crier gare, aux souvenirs de M. Edouard Drumont. Vers 1880 ou 1882, Weill, « déjà bien cassé » et qui « promenait des petits chiens blancs frisés » autour du ministère de la marine, aurait annoncé siu* un ton tranquille à cet écrivain la fin de la France, autre Pologne, qui « doit remplir son rôle de peuple destiné, par sa dispersion même et la suppression de sa nationalité étroite, à répandre certaines idées généreuses et fécondes à travers le monde et à servir la cause de l'humanité ».
Et là-dessus M. Edouard Drumont prophétise à Eoa tour, avec une sombre ironie :
Les théories antimilitaristes détruiront la France ; mais les Français, devenus des errants et des sans-patrie, comme l'ont été les Juifs , seront d'admirables propagandistes pour cette société future dont Israël doit être le Messie temporel et sur laquelle il doit régner par la puissance de l'argent.
Méfions-nous des souvenirs de M. Edouard Drumont ; ils sont tendancieux. Ce vieux visionnah'e d'Alexandre Weill, promenant ses petits chiens frisés sous les arcades de la place de la Concorde et laissant errer devant Drumont sa mélancolie patriotique et son optimisme humanitaire, évoque pour moi ces naïfs convives du dîner Magny, — les Renan, les Berthelot, — qui philosophaient à table auprès des Concourt et ne songeaient pas, les imprudents, que leurs propos seraient guettés, mais ne seraient pas toujours compris.
Pour saisir dans sa simplicité vraie le sentiment français d'Alexandre WellI, je relis les premières lignes des Lettres de {^engeance d'un Alsacien, ce pamphlet tout tremblant d'émotion sacrée et de haine contre le vainqueur prussien, qu'il lança au lendemain de la guerre : « Je suis peut-être le seul Alsacien qui sache encore écrire en allemand. Mes anciens collaborateurs de VErwina ont tous disparu. Moi-même je suis vieux et cassé. La dernière guerre, plus calamiteuse que toute autre guerre, fait trembler la plume dans ma main et rien qiie l'idée qu'après avoir écrit ces lignes je ne pourrai plus visiter la tombe de mes parents enterrés à Haguenau me brise le cœur et m'arrache des larmes... »
Essai de Bibliographie
Une bibliographie complète des œuvres d'Alexandre Weill serait malaisée à établir. Mais on peut esquisser un essai de classement.
Romans. — Ce sont des histoires alsaciennes et juives (Émeraiide, Couronne, Selinel, etc.) Alexandre Weill les a réunies en deux volumes (Mes Romans, Paris, 1886), avec une préface retrouvée de Henri Heine, assez moqueuse.
Théâtre. — De même, il a réuni huit pièces, en prose ou en vers, dans Mon Théâtre (Dentu, 1880). Alexandre Weill était un grand ennemi de la propriété littéraire. Mais poiu*tant il se lamentait d'avoir été plagié par MM. Alexandre Dumas fils (dans l'Étrangère), Sardou (dans Divorçons), et Georges Ohnet (dans le Maitre de Forges).,. Plagiats peu croyables. Mais Alexandre Weill se jugeait dépouillé, et le supportait mal.
En allemand : Zwei Jiigenddramen (Ziirich, 1896). — Noch zwei Jiigend-Theaterstiicke (Ziirich, 1896).
Souvenirs. — Ma Jeunesse. — Souvenirs intimes de Henri Heine (i883). — Histoire véridique et vécue de la Révolution de 1848. — Mes années de bohème (1888). — Nos fiançailles, — Lettres d'amour entre deux Époux (1892). — Signalons aussi l'Introduction à mes Mémoires (1890), donnée comme la « suite » de Ma Jeunesse. Les mémoires promis par ce titre n'ont jamais paru. Ils eussent été terriblement sévères, et voisins du diffamatoire, à en juger par cette « introduction ».
En allemand : Briefe hervorragender verstorbener Mànner Deutschlands (Ziirich, 1889).
HrsToraE. — Vie de Schiller (Dentu, i855). — Histoire de la grande guerre des Paysans (Poulet-Malassis, 1862). — Histoire de la guerre des Anabaptistes (Dentu, i8;;4)-
Vers. — Blasphèmes (1861), — Les Croquants financiers (1861). — Agathina, ma femme ! Les grandes Juii>es de l'histoire (iS^jg). — Lamartine et Hugo (1881). — Mes poésies d'amour et de jeunesse (1889). — Rimes alsaciennes (1889). — Le Nouvel Isaie (1892). — En Démence (1894). — Épopée alsacienne ; Alsacien et Sémite (1895). — Rabbin et Nonne (1895). — Christian et Christine (1896). — Fables et Légendes d'or (1897).
En allemand : Skizzenreime • meiner Jugendliebe (1887).
— Knittelverse eines Elsàsser Propheten (i885).
Science et Philosophie. — La Parole Nouvelle (1872). — L'Athéisme déraciné (1878). — La Mission Nouvelle (i885).
— Le Pentateuque selon Moïse (i886). — Le Centenaire de l'émancipation des Juifs (1888). — Lois et Mystères de l'Amour (1887). — Si f avais une Fille à marier. Si f avais un Fils à élever (1891, réédition). — Les Cinq livres (mosaïstes) de Moïse (1890-1891). — L'Art est une Religion et l'Artiste est un Prêtre (1892). — Lois et Mystères de la Création (1897). — Étude comparative de la langue française avec l'hébreu, le grec et le latin (1898).
Opuscules et Pamphlets dh-ers. — Génie de la Monarchie (i85o). — Qu'est-ce que la République? Tout ou Rien.
— Les Usurpateurs. — République et Monarchie. — De l'Hérédité du Pouvoir. — Debout la Province. — Hommes Noirs, qui ètes-vous? (1870). — Fleurs d'esprit et de sagesse des rabbins (1880). — L'Esprit de l'esprit (1888). — Qu'est-ce que le rêve? (1872). — Lettres de vengeance d'un Alsacien (1871). — Paris-Mensonge (1887). — Épitres cinglantes à M. Drumont (1888). — Mes Contemporains (1890). — Le faux Jésus-Christ du père Didon (1898).
Cette bibliographie est très imparfaite.
HiSTomE. — Vie de Schiller (Dentu, i855). — Histoire de la grande guerre des Paysans (Poulet-Malassis, 1862). — Histoire de la guerre des Anabaptistes (Dentu, i8;;4)'
Vers. — Blasphèmes (1861). — Les Croquants financiers (1861). — Agathina, ma femme ! Les grandes Jui^'es de l'histoire (1879). — Lamartine et Hugo (1881). — Mes poésies d'amour et de jeunesse (1889). — Rimes alsaciennes (1889). — Le Nouvel Isaïe (1892). — En Démence (1894). — Épopée alsacienne ; Alsacien et Sémite (1895). — Rabbin et Nonne (1895). — Christian et Christine (1896). — Fables et Légendes d'or (1897).
En allemand : Skizzenreime-meiner Jugendliebe (1887).
— Knittelverse eines Elsàsser Propheten (i885).
Science et Philosophie. — La Parole Nouvelle (1872). — L'Athéisme déraciné (1878). — La Mission Nouvelle (i885).
— Le Pentateuque selon Moïse (1886). — Le Centenaire de l'émancipation des Juifs (1888). — Lois et Mystères de l'Amour (1887). — Si f avais une Fille à marier. Si f avais un Fils à élever (1891, réédition). — Les Cinq livres (mosaïstes) de Moïse (1890-1891). — L'Art est une Religion et l'Artiste est un Prêtre (1892). — Lois et Mystères de la Création (1897). — Étude comparative de la langue française avec l'hébreu, le grec et le latin (1898).
Opuscules et Pamphlets divers. — Génie de la Monarchie (i85o). — Qu'est-ce que la République? Tout ou Rien.
— Les Usurpateurs. — République et Monarchie. — De l'Hérédité du Pouvoir. — Debout la Province. — Hommes Noirs, qui ètes-vous? (1870). — Fleurs d'esprit et de sagesse des rabbins (i885). — L'Esprit de l'esprit (1888). — Qu'est-ce que le rêve? (1872). — Lettres de vengeance d'un Alsacien (187 1). — Paris-Mensonge (1887). — Épitres cinglantes à M. Drumont (1888). — Mes Contemporains (1890). — Le faux Jésus-Christ du père Didon (1898).
Celte bibliographie est très imparfaite.
Alexandre Weiil. — 5
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neuf exemplaires d'abonnement, numérotés de i à g exemplaires d'abonnement;
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Tous nos exemplaires sur whatman sont numérotés à la presse et imprimés au nom du souscripteur; nos tirages d'exemplaires sur whatman sont rigoureusement limités au nom.bre d'abonnements à chaque instant souscrits; nous ne vendons point d'exemplaires sur whatman en dehors de l'abonnement ; l'abonnement sur whatman à cette neuvième série est de cent francs pour tous pays.
Les Cahiers de la Quinzaine sont composés à la main, en caractères fin dix-huitième siècle (Didot) de la fonderie Mayeur (Allainguillaame et compagnie successeurs) 21, rue du Montparnasse, à Paris, sixième arrondissement.
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