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JUPITER DANS LE CONSEIL DES DIEUX

(Mercure ouvre l’assemblée.)

Où étoient ton foudre et tes éclairs, ô père des dieux et des mortels, lorsque les plus barbares des peuples vinrent chasser l’ombre des Grecs de leur empire? semblables à des masses énormes qui se détachent d’un rocher, pour encombrer une riche et paisible vallée; masses suivies de torrents impétueux, qui engloutissent de-

meures, hommes et troupeaux; tels vinrent les Goths, les Vandales, les Alains, les Huns, les Mogols, les Sarrasins, les Francs, les Turcs , fondre sur nos Hellènes, et eu effacer presque la trace. N’étions-nous pas tous intéressés à défendre cette terre , pour ainsi dire notre berceau? N étions-nous pas tous intéressés à la conservation d’un peuple qui fit connoître à Puni vers entier ceux d’entre nous que pendant de nombreux siècles la seule Égypte avoit adorés? Aussi long - temps que notre culte se maintint parmi les Grecs dans tou-

DEUXIÈME ENTRETIEN. 85 te sa pureté, les sciences et les arts fureut chez eux en honneur, et les Muses entretinrent avec nous et les mortels la plus heureuse communication. Les arts et les sciences étoient intimement liés à la sainte religion des Hellènes. Leurs jeux mêmes respiroient la piété. L’encens qu’on nous envoyoit étoit accompagné d’hymnes inspirés par Apollon. Nos temples, par leurs heureuses proportions , élevoient lame vers la divinité. Nos temples, dont la douce clarté étoit celle de l’Olympe, iuspiroient le désir d’être dans ce séjour où les frimas sont in*

connus, où les dieux, se rassasiant de nectar et d’ambroisie , passent une bienheureuse éternité.

Quel encens , hélas ! depuis des siècles ! L’odeur de chairs humaines, d’hommes brûlés vifs, parcequ’ils refusent d’adopter les opinions de sectes religieuses se succédant avec la rapidité des flots de la mer, et dont une secte a moins de bon sens et plus de cruauté que l’autre! Le Jupiter présent est -il un Molocb, auquel il faut des sacrifices humains ?

Les temples de la nouvelle race, sont*ce des prisons , des sépulcres?

L'exhalaison empestée des cada-

vres, entassés clans des souterrains funéraires, nous fait fuir des lieux où les mortels veulent attirer plut particulièrement nos regards. Des colonnes qui réunissoient la force à l’élégance, sont remplacées par une multitude de frêles piliers bizarrement groupés, et dont l’élévation disproportionnée étonne sans plaire. La race présente ne sait donc plus que le beau est simple, et que multiplier inutilement les moyens pour atteindre un but, c’est s’éloigner de la perfection? Voyez encore leurs colonnes torses , véritable image du travers et de l'entortillement de leur esprit. Nos

yeux , fixés sur la Grèce , n’y voient plus que des ruines. Nos temples superbes, nos palais, sont ensevelis, et avec eux les villes opulentes qu’ils embellissoient. O père des dieux et des mortels! pour prévenir ces déplorables désastres, que ne m’as -tu, comme au temps de la guerre de Troie , fait passer par l’onde amère , pour transmettre tes ordres divins aux Hellènes, qui eussent soutenu notre gloire et leur bonheur! Et vous, dieux ! dans cette guerre fameuse, vous combattiez pour exterminer ou les peuples de Priam, ou les peuples de Ménélas , qui tous vous

rendoient uu pur h oui ni âge! Mars, Apollon , Junon , Vénus, Minerve, Neptune, pourquoi vos bras, dans la crise présente , ne se sont-ils pas réunis afin d’exterminer les barbares, nos ennemis communs?

Durant le discours de Mercure Jupiter avoit l’air fort pensif. Il répondit enfin d’une voix plus basse qu’à son ordinaire : « C’est le destin, u Mercure ! j ai dû y céder. Au reste , « ajouta- 1- il, nous avons chassé « d’autres dieux , c’est maintenant « notre tour. »

Apollon prit la parole :

Tes réflexions, Jupiter, nous consolent peu dans nos disgrâces; mais

si je n’ai pas entièrement perdu le don de prophétie , voici le tableau de l’avenir qui se présente à mon esprit :

Nos mystères sont abandonnés, peut-être à jamais. Mais sans conserver pour nos fictions aucune religieuse croyance, les hommes, dans les beaux-arts, éprouveront le besoin d’en faire un continuel usage.

Le poète, tout comme jadis, pour être inspiré, invoquera les Muses.

Aphrodite sera à jamais la déesse des amants. Le conquérant, l’aigle à ses pieds, brillera avec le foudre de Jupiter. Nulle divinité ne sera reléguée hors du domaine des arts

de l'imagination. Ces colonnes , ces statues que vous voyez brisées et ensevelies , seront retirées par des fouilles , avec plus d’empressement que l’on n’extrait l’or des entrailles de la terre. Nos proportions seront àjamaislarégledubeau,de cebeau général et éternel, qui ne tient ni à l’opinion ni au goût particulier des peuples et des temps. Un rouleau presque effacé de poésie ou de prose des beaux siècles de la Grèce , sera payé autant que les plus précieux joyaux, et l’art d’en restituer, d’en commenter le texte , occupera les plus grands génies modernes.

Ils répéteront sans cesse que jour

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et nuit il faut méditer les écrits des anciens. Les beaux-arts fleuriront dans des contrées maintenant inconnues aux Hellènes. Notre goût sera le leur; cette plante divine, que Jupiter a fait croître plus particulièrement sous le beau ciel de la Grèce, cette plante divine, dis-je, J upiter ne la refuse presque à aucun climat, pourvu qu elle puisse croître à l’ombre de la paix , de la liberté, et de l’abondance , et pourvu que l’on étudie nos heureux modèles : sort qui doit flatter nos cœurs divins, puisque sans croire à nos mystères , les nations cultivées ne trouveront que chez les Grecs de notre régne la

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régie du beau , qui seule assurera leur gloire immortelle.

Ce rêve, Nicéphore, soulagea ma douleur : je sentis plus que jamais combien les Muses sont consolatrices , et que leur douce influence se fait sentir même dans le sommeil.

NOTES

Page 1 . Prise de Constantinople par lesTttres, le 29 du mois de mai 1 4^3 , par Mahomed II sous Constantin Paléologue, dernier empereur de l’empire Byzantin.

Page 1. Eumolpides, famille considérable d’Athcnes, consacrée au sacerdoce de Cérès.

Page i . Hellènes. Les Hellènes s appeloienl Grecs, dans les temps les plus reculés. Ils prirent ensuite le nom d'Hellènes. Voyez la Table géographique, par M. Larcher, à sa Traduction d’Hérodote, p. 229, 2' édition.

Page 1. Ali , cousin et successeur de Mahomed.

Page 1. La destruction du temple d Eleusis.

A la rie détruisit le temple de Gérés à Eleusis, l’an 396. — Eleusis , ville très ancienne de l’Attique, à douze ou quinze milles d’Athènes; elle avoit un temple de Cérès , surnommée Eleusinienne. Nulle fête n’égaloit la pompe de celle qu’on y célébroit en l lionncur de cette divinité. Tous les Grecs y étoient admis. Les Athéniens s’y rendoient en procession par une chaussée pavée, qu’on nommoit la voie sacrée. Ils se donnoient le titre d inventeurs de l’agriculture. Ils disoient que l’hospitalité qu'ils avoient exercée envers Cérès, dans le temps quelle cherchoit Proserpine sa fdlc, l’avoit engagée à leur apprendre, par reconnoissance, l’art de cultiver la terre; et que, de leur part, ils avoient éternisé le souvenir de ce bienfait en instituant une fête solennelle en l’honneur de la déesse. Ce temple n est plus aujourd hui qu’un amas informe de colonnes, de frises , et

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de corniches de marbre. Voyez la Table géographique de M. Larcher, à sa traduction d’Hérodote, p. ig 3 , a' édition.

Page 1 . La pierre sur laquelle s’est reposée Cérès. Là on faisoit voir l'agélaste , ou pierre triste, sur laquelle Cérès se reposa. Voyez Recherches historiques et critiques sur les iftyslères du paganisme, par M. de Sainte- Croix , édition de M. Silvestre de Sacy, tom. I , p. 141.

Page a. S'il est question d’une pieire vénérable. Les Arabes montrent encore sur une pierre noire, très révérée, l’empreinte des pieds d’Abraham ; clic se trouve dans le temple de La Mecque. VoyezHistoire du Bas- Empire, par Lebeau,tom. XH, p. 1 83 .

Page 3 . Omar , second successeur de Mabomed. Le schisme d’Ali et d’Omar divise encore, de nos jours, les Turcs et les Perses. Chez ces derniers Omar est en exécration.

Fane 7. L’islamisme. C’est ainsi que les Musulmans appellent leur religion ;ct ce mot signifie une entière soumission , une résignation du rorps et de l’aine à Dieu et à ce que Maliomed a révélé de sa part. Pour ce qui est des martyrs , Maliomed et ses disciples n’en connoissent point d’autres que ceux qui meurent en combattant contre les infidèles; 41 défend de disputer de sa religion; il'peiv ■met même de la nier dans les tourments, pourvu qu’on la conserve au fond de son coeur.

Page 11. L'hymne de Cléanthe. Cléanthe, philosophe stoïque, successeur de Zenon; il vécut 26a ans avant notre ère. La traduction ,françoise de l’hymne de Cléanthe est de M. de Bougainville.

Page i3. Constantinople, ville bâtie à la hâte , lors de la décadence du bon goût. Les ■monuments de Coustantin eurent promp-

NOTES

tement besoin d’être réparés. ( Lebeau , 1 . 1 , p. 48g. ) La dédicace de Constantinople fut célébrée le 1 1 de mai de l’an 33 o. Voyez aussi Gibbon , The History of tbe décliné and fall of the Roman empire, tome III, p. 18.

Page 14. Chorèges. Les chorèges présidoient aux chœurs des tragédies , et régloient la dépense que l’on faisoit pour les acteurs, les danseurs, et les musiciens dans les Fêtes publiques.

Le P avilie non (ou temple de Minerve, à la citadelle d’Athènes ). Ictinus fut un des deux architectes que Périclès chargea du soin de construire cet édifice ; l'antre s’appeloit Callicrate. De quelque côté qu'on arrive , par mer, parterre, on le voit de loin s’élever au-dessus de la ville et de la citadelle. Il est d’ordre dorique, et de ce beau marbre blanc qu’on tire des carrières du Pentélique, montagne de l’Attique. Sa lar-

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geur, est dé 100 pieds; sa longueur d’environ a 37 ; sa hauteur d’environ 69. Le portique est double aux deux façades , sim pie aux deu x côtés. Tout le long de la face extérieure de la nef, règne une frise où l’on a représenté une procession en i’honneur de Minerve. Ces bas-reliefs ont accru la gloire des artistes qui les exécutèrent.

Dans le temple est cette statue ( d’or et d’ivoire) célèbre par sa grandeur, par la richesse de la matière, et la beauté du travail. A la majesté sublime qui brille dans les traits et dans toute la figure de Minerve, on reconnolt aisément la main de Phidias. Le* idées de cet artiste avoient un si grand caractère, qu’il a encore mieux réussi à représenter les dieux que les hommes

La hauteur de la statue est de aô coudées ( 36 pieds 10 pouces de notre mesure). Elle est debout, couverte de l’égide et d’une longue

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NOTES

tunique. Elle tient (l'une main la lance, et de l’autre une Victoire, haute de près de 4 coudées ( 5 de nos pieds , et 8 pouces ). Son casque, surmonté d’un sphinx, est orné dans les parties latérales de deux griffons. Sur la face extérieure du bouclier posé aux pieds de la déesse, Phidias a représenté le combat des Amazones ; sur l'intérieur, celui des dieux et des géants; sur la chaussure, celui des Lapithcs et des Centaures ; sur le piédestal , la naissance de Pandore, et quantité d’autres sujets. Les parties apparentes du corps sont en ivoire, excepté les yeux, où l’iris est figuré par une pierre particulière. Cet habile artiste mit dans l’exécution une recherche infinie; il montra que son génie conservoit sa supériorité jusque dans les plus petits détails. Voyage du jeune Anacharsis , tome II, p. a53.

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Pag. 1 6. Sainte-Sophie. La dédicace de Sainte-Sophie fut célébrée le 37 décembre 537. L’architecte Anthémius de Tralles avoit dressé le plan de l’édifice, et commencé l’ouvrage ; mais il mourut après en avoir jeté les premiers fondements. Isidore de Milet l’acheva. Les connoisseurs préfèrent Saint- Pierre de Rome. Les Turcs n’ont rien changé au corps de l’église. Ils ont à la vérité effacé ou défiguré les images de peinture ou de sculpture, les Mahométans n’en souffrant point dans leurs mosquées; mais les traces de ce qui en reste ne font point regretter cette perte. Ces arts avoient alors entièrement dégénéré. Le portail ne s’accorde nullement avec la majesté de l'intérieur. C’est un ouvrage tout-à-fait conforme à la grossièreté du siècle de Justinien, déjà demi -barbare. Lebeau , Histoire du Bas-Empire,

NOTES

tom. IX, pag. 478- Voyez aussi Gibbon, History of the décliné and fa 11 of tbe Roman empire, tome VII, p. 1 16. *

Page a 3 . Anne Comnène , fille de- Tempe»

reur Alexis Comnène (qui parvint au trône en 1081). Anne Comnène, qui a composé ('histoire de son père, admire la fécondité du génie d’Alexis, dans l’invention de tous ces titres; et sa politique profonde, qui sut satisfaire avec un peu de fumée l’ambition de tant de rivaux jaloux et dangereux. O11 pourrait au contraire avoir pitié d’un prince obligé de recourir à des ressources si puériles, et plaindre un État en délire qui multiplie les titres d’honneur à mesure qu’il perd l’honneur même. Lebeau , Histoire du Bas- Empire, tom XVII, p. 465 .

Page a 3 . Ses robes de soie flottantes. HéKogabale fut le premier des Romains qui porta une robe de soie, ce qui fut regardé comme

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un habillement efféminé. Voyez Gibbon, De l'habillement efféminé de Constantin-le- Grand , et des titres-d’honneur que ce prince introduisit.

Page 2 5 . Asie , c’est de ton sot , etc. Il est question ici de la grande Asie, surtout de la Perse, et non de l’Ionie. Voyez ce que Winckelmann dit sur le ciel de l'Ionie daus son Histoire de l’Art chez les anciens.

Page 26. Des rochers tellement arides. Voyea la description intéressante des mousses, dans la Botanique de Wildcnow ; Vienne, 1808 , p. 4*7, 5 ' édition.

Page 28. Qu est-ce que c’est que le beau ?

Pour toute la partie des beaux-arts on a consulté Sulzcr et Vinckelmann.

nf.s JtOTES.

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