CHAPITRE PRÉLIMINAIRE. IQ
A l'âge de huit ans, Alexis entra à l'école moyenne des Frères des Écoles chrétiennes, à Namur.
Toujours le premier à entreprendre de nouveaux jeux, à exciter l'entrain de ses condisciples, à faire des niches innocentes toutes les fois que l'occasion s'en présentait, il n'en apprenait pas moins avec facilité tout ce qu'on lui enseignait, grâce à l'intelligence vive et active dont la Providence l'avait doué.
Cependant, il fallait mettre un frein à cette impétuosité native qui aurait pu nuire à sa santé, non moins qu'à la formation de son caractère. En effet, nulle part il ne voyait le péril, et son inexpérience aidée d'une audace peu commune, l'entraîna plus d'une fois dans des dangers auxquels il n'échappa, pour ainsi dire, que miraculeusement. Dégringoler du haut en bas d'un escalier, se laisser tomber dans une écluse de la Sambre, tout cela n'était pour lui que des incidents ordinaires, ne lui laissant aucune impression et ne corrigeant nullement sa témérité.
En 1880, on le mit en pension à l'établissement Saint- Berthuin, à Malonne, dirigé également par les Frères des Écoles chrétiennes, qui se chargèrent de modérer une nature aussi ardente.
C'est là surtout que commença à se manifester cette soif d'aventures, ce dévouertient sans bornes, cette recherche du mystérieux, ce désir insatiable d'immenses espaces, où il pût vivre dans l'indépendance et la liberté.
Pourtant les murs du pensionnat étaient là. Mais quoi ! reculer devant des m.urs ! Alexis ne s'arrêtait pas pour si peu, et, plus d'une fois, on le surprit dans un jardin extérieur, errant avec des camarades, fumant et préparant quelque farce nouvelle. — Pendant les récréations, il se faisait toujours le défenseur des faibles et des petits. Toujours bon camarade, il rendait service à tous, même à ses dépens, car plus d'une fois sa complaisance lui occasionna des désagréments, sans toutefois le décourager.
D'ailleurs d'une rare insouciance, Alexis agissait toujours à la légère, ne voyant que le moment présent, sans s'occuper des conséquences qui pourraient résulter
20 ALEXIS VRITHOFFc
de ses actes. L'avenir n'existait pas dans son imagination.
Cependant ses études marchaient toujours bien, mais jamais l'idée fixe de sa vocation ne lui était venue, et ses parents, soucieux, se demandaient à quoi il aboutirait.
Alexis sortait de Malonne en i885, emportant avec lui les regrets unanimes de ses maîtres et de ses camarades de pension. Nulle position civile ne lui offrant une carrière compatible avec ses goûts et son tempérament remuant, il ne pouvait se décider à rien lorsqu'un jour un ami l'entraîna et le fit entrer à l'enregistrement. Là, il fit son stage, remplissant ses fonctions à la plus grande satisfaction de ses chefs, et préparant l'examen qui devait lui ouvrir définitivement cette carrière ; convoitée par tant d'autres, elle n'était pour lui que provisoire, et, plus d'une fois, il se plaignit de ce genre de vie, si antipathique à son caractère, à cause de la régularité qu'il exigeait.
Il était même près de l'abandonner quand le cardinal Lavigerie,sur l'ordre de Léon XIII, entreprit sa croisade contre la traite des nègres au centre de l'Afrique. Les discours de cet autre Pierre TErmite ouvrirent à Alexis un nouvel horizon. Là, il crut pouvoir trouver son élément : les vastes plaines et la liberté. Là, il entrevit cette vie de dangers et d'imprévus qu'il désirait depuis longtemps. Là, il pouvait utiliser son dévouement sans bornes et faire sortir de l'inaction ce désir de sacrifice existant dans le cœur du jeune homme, et exaltant au suprême degré cette âme de 20 ans.
Aussi, à l'insu même de ses parents et de ses plus intimes amis, craignant qu'on ne mît obstacle à la réalisation d'un rêve tant de fois caressé, il n'hésita pas à donner des premiers son nom, pour prendre place dans l'une de ces phalanges d'élite qu'on nomme expéditions aniiesclavagistcs.
Quel coup ce fut pour le cœur de ses parents quand ils eurent connaissance de cette détermination !
Mais bien des motifs engageaient à le laisser faire : d'abord la grandeur de l'œuvre, suscitée par le pape,