CHAPITRE DEUXIÈME
et qu'en tous cas, je ne serais pas le plus mal casé des quatre. Après les 3 ans, ïioiis reviendrons par Borna, en traversant tonte l'Afrique !
Je ne connais rien de nouveau , j espère que tout le monde est en bonne santé et que tout marche bien. Moi, je suis toujours content de ma destinée, et la vie en Afrique me sourit beaucoup.
Je termine, chers Parents, en vous embrassant de tout cœur, sans oublier toute la famille et les camarades.
Alexis.
Vile Lettre (M
Juin 1891.
Mes chers Parents,
Avant de continuer ma lettre du 24 mai, je vous ferai remarquer que je donne les heures des pays où je passe.
A Aden. — Le dimanche matin, nous avons pris une barque pour aller visiter Aden. Ce jour, dès 6 heures du matin, une dizaine de jeunes nègres, des Indiens de 7 à 10 ans, plongent à la mer pour une pièce blanche et passent deux ou trois fois sous le bateau ; tous sont de très bons nageurs. Près du port, il y a des magasins et des hôtels où l'on trouve tout le confortable possible. C'est dans un de ces hôtels que j'ai dîné. La ville d'Aden se trouve à 6 kilomètres du port Nous nous y sommes rendus l'après midi, mais avec deux voitures pour quatre. C'est la première fois que nous avons pris le costume des pays tropicaux et étrenné le casque. La ville d'Aden est au fond d'une gorge ; elle possède d'immenses réservoirs (que nous avons vus), pouvant contenir i5o. 000 gallons d'eau. Tous les habitants sont noirs, et la plupart sont d'origine indienne ou arabe. Toutes les femmes musulmanes sont voilées. Il fait fort sale, car il y a énormément de poussière. Pendant le dîner, un grand éventail donnant sur le milieu de la table, provoque un
I. Déposée à Bagamoyo le 25 juin ; arrivée à Namur, le 21 juillet.
courant d'air, ce qui est excellent pour une température de 34° à l'ombre. Nous avons acheté du café et puis nous sommes rentrés au bateau à 4 heures.
A 7 heures du soir, le Bundesrath a levé l'ancre pour Tanga.
Je joins à ma lettre une carte d'Afrique qui vous renseignera sur le tableau affiché au mat du navire, et sur la l'oute que nous avons suivie.
Lundi, 2.J mai. — C'est donc aujourd'hui qu'ont eu lieu les noces de François. A cette occasion, j'ai payé une bouteille aux camarades, et tous nous avons bu au bonheur des jeunes mariés. Du reste, je lui ai écrit et j'espère bien qu'il aura reçu ma lettre.
L'horloge avance maintenant de 3 h. 3/2- On ne rencontre aucun bateau, et il n'y a rien de particulier aujourd'hui. Je serai bien content de me trouver à Bagamoyo, où l'on aura à s'occuper.
A 2 heures après midi, 36" à l'ombre et en pleine mer, mais cette chaleur ne m'incommode nullement.
On s'habille en conséquence, et j'ai même remisé mon gilet de drap au fond de ma malle. Je porte toujours la flanelle, et je ne l'abandonnerai pas.
La soirée a été étouffante, mais vers 4 heures du matin, le temps s'est beaucoup rafraîchi.
Latitude, i2°3o' N. ; Longitude, 48°! 7' E. ; Distance, iS5 sml.
Mardi, 26 mai. — Aperçu le cap Guardafiii à 5 heures du matin, mais dans le lointain, car le bateau ne peut trop s'approcher des côtes semées de récifs.
Je crois que nous aurons l'hospitalité à Bagamoyo chez les missionnaires, où nous ne serons pas trop mal, ou plutôt, oii nous serons très bien.
Il paraît que la route de Bagamoyo à Tabora est excellente et semée de villages sur tout le parcours. Du reste, la société antiesclavagiste a obtenu du gouvernement allemand le libre passage pour notre caravane, avec armes et bagages, sur tout le territoire allemand.
Latitude, 1 1°2' N. ; Longitude, 5i°4i' E. ; Distance, 249 sml.
ADEN. — La ville et les grands réservoirs.
Mer'credi, 27 mai. — Il fait froid aujourd'hui. On met son pardessus.
Latitude, 8°7' N. ; Longitude, 5 1^41' E. ; Distance, 249 sml. ^
Jeudi, 28 mai. — Latitude, 5034' N. ; Longitude, 5o''26' E. ; Distance, 168 sml. — en 1 heure 7 sml.
Vendredi, 29 mai. — Latitude, 2°39' N. ; Longitude, 48°2 3' E. , Distance, 214 sml.
Soit depuis 4 jours, une marche de 3 degrés, ou environ 35o kilomètres, par jour du nord au sud.
On approche à grands pas de l'équateur, n'est-ce pas ? Et cependant, il ne fait pas très chaud : 24 ou 2 5°. — Pendant ces derniers jours, par suite du courant, le tangage et le roulis ont été très forts. Aussi presque les trois quarts des passagers sont malades, et peu viennent à table pour le repas. MM. Renier et Docquier ont été indisposés. Comme toujours, j'ai échappé au mal de mer, et je mange encore plus qu'en temps ordinaire. C'est exceptionnel !
Samedi, 30 mai. — Latitude, o^g' N.j Longitude, 46''2i' E.; Distance, 194 sml.
A trois heures moins dix minutes, on passe sous l'équateur.
A ce moment, on tire le canon et gare au Baptême de la ligne l Heureusement qu'on a cette diversion, car les jours derniers ont été peu gais.
Donc, à cette occasion, voici comment on procède. Les matelots montent un grand bassin sur le pont et on le remplit d'eau. Les personnes, sauf les dames, qui n'ont pas encore passé sous l'équateur, sont plongées deJK ou trois fois dans l'eau et de la sorte prennent un baifi forcé; mais auparavant on vous enduit la figure de bouillie et on vous rase au moyen d'un grand rasoir en bois. Plus de quarante personnes y ont passé ; et cela a lieu en public à la grande hilarité des spectateurs, et même des victimes qui s'y prêtent avec plus ou moins de bonne grâce. Telle est la coutume sur les bateaux allemands. Sur les bateaux de nations diflérenles, on procède autrement, me dit-on.