‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 27 sur 94 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Les passagers ont ensuite payé à boire aux marins, qui ont donné un concert toute la soirée.

Je vous envoie mon certificat de passage sous l'équateur. Vous voyez que cela se fait en règle, n'est-ce pas ?

Dimanche, 31 mai. — Je n'ai aujourd'hui que la latitude à donner. C'est peu de chose, mais enfin puisque je l'ai toujours donnée, je vais continuer. Remarquez que nous voilà dans l'hémisphère austral et que nous avançons en moyenne de 2 degrés par jour, soit plus de 240 kilomètres.

Latitude, 203i'S.; Longitude, 43°3' E..; Distance, 238 sml.

Lundi, l'^^jiiin. — Latitude, 3°5o'S.;Longitude, 43°4' E.; Distance, 207 sml.

Demain, nous arriverons à Tanga, relâche allemande sur la côte africaine. Nous longeons le continent.

Mardi, 2 juin. — Enfin, j'ai pu faire le premier pas sur la terre africaine! Je suis arrivé à midi à Tanga qui se trouve dans une petite crique.

J'ai visité Tanga de quatre heures du soir jusque huit heures. Quel beau pays ! La végétation est ravissante; tout est d'un beau vert. C'est bien autre chose qu'en Europe ! La plupart des maisons sont des huttes, mais il existe çà et là de grandes maisons en pierres blanches, construites par les Allemands. Il y a mêm-e un fort occupé par de nombreux soldats bien exercés et fort dévoués. Bien entendu, ce sont des soldats nègres. Ce n'est donc pas aussi sauvage qu'on voulait le dire. Tout le monde vous salue en disant : « Yambo sana ! » ce qui veut dire : « Bon bonjour. » Naturellemem on leur répond en disant: « Yambo! »

Ce qui est curieux à Tanga, et dans la plupart des villages nègres, c'est que si l'un des membres d'une famille vient à mourir, les parents ensevelissent le défunt derrière leur habitation ; ce qui est très sain, n'est-ce pas ? Je suis parvenu à visiter une maison habitée par un Européen. Ces maisons, sans greniers ni caves, ont quatre ou cinq places au rez-de-chaussée et sont surmontées d'une plate- forme.

A Tanga, comme dans toute l'Afrique, ce sont les palmiers qui dominent, ce qui donne au pays un aspect très pittoresque.

Mercredi, 3 juin. — Le bateau a quitté Tanga à 5 ^2 heures du matin. Comme je m'étais couché tard la veille, je ne me suis levé qu'à dix heures. A mon réveil, on côtoyait déjà l'île de Zanzibar; puis on continue à marcher vers Dar-es-Salam. En passant à Zanzibar, on distingue les drapeaux des consulats. Nous venons de saluer le drapeau belge, ce qui nous a fait grand plaisir. On aperçoit le palais du sultan.

On arrive à Dar-es-Salam à 5 heures; une heure après, il fait déjà obscur, tant la nuit tombe vite.

Jeudi, 4 juin. — Je me suis rendu à terre le matin, ainsi que l'après-midi. Le matin, je suis resté dans les environs du port et j'ai visité le village, indigène toujours, formé de huttes et de maisons. L'après-midi, j'ai parcouru la campagne, qui est comme une forêt de palmiers. J'ai pris quelques papillons que je conserve soigneusement pour vous les envoyer plus tard. Le chien aime à courir dans les herbes et se porte on ne peut mieux.

Vendredi, 5 juin. — Aujourd'hui, j'ai encore visité le village indigène, mais la plupart des habitations occupées par les Indiens, qui sont les juifs du pays, sont construites en pierres, et ces gens vendent tous la même chose. On peut y trouver à peu près de tout. L'étalage se fait devant la porte et à terre.

Demain, 6 juin, nous serons à Zanzibar, chef-lieu des possessions anglaises de ces parages ; c'est la vraie capitale de l'Afrique orientale. C'est là que nous recruterons nos porteurs, et formerons notre caravane pour l'intérieur.

A Zanzibar. — Les noirs portefaix. — La ville n'est pas propre. — Gaieté et bon appétit. La sueur a du bon. — Bagamoyo, mieux bâtie. — Un poulet pour 40 centimes. — Un groom et un âne pour chacun. — Tippo-Tip et son ivoire. — Les capitaines Stairs et Bodson. — A la messe, puis à la chasse. — 100 askaris et 400 pagazis. — Départ pour l'intérieur. — Les ânes farceurs. — Le camp de Msoua. — Pays 'beau comme la Suisse. — Condoa. — Chez les Pères du Saint-Esprit. — Je suis le médecin de la caravane.

VII^ Lettre. (Suite.)

A Zanzibar.

Samedi, 6 juin. — J'ai quitté Dar-es-Salam à 7 i^ heures du matin, pour me rendre à Zanzibar. Nous devions prendre le navire Pete?~s, à Dar-es-Salam, pour nous rendre directement à Bagamoyo, car ce port allemand n'est pas accessible aux grands navires ; mais, comme nos bagages, à destination de Bagamoyo, se trouvaient au-dessous de ceux à destination de Zanzibar, il fallait attendre que ceux-ci fussent débarqués pour recevoir les nôtres. C'était donc pour nous une occasion de visiter Zanzibar, où nous jetons l'ancre à midi. Le soir, j'ai pu entendre, du bateau, la musique du sultan, qui joue très bien et de jolis morceaux. Tous les soirs, du reste, il y a concert, ce qui nous fait grand plaisir à tous.

Dimanche, 7 juin. — Nous avons été à terre le matin, avec le capitaine Jacques, qui, la veille, avait demandé au consul belge quand il pourrait nous recevoir. Celui-ci, ayant manifesté le désir de nous voir, c'est dans ce but que nous sommes allés en ville. A une heure, nous entrons chez M. Henry (c'est le nom du consul), lequel nous a entretenus pendant une heure et nous a offert de la bière et des cigares.

6o ALEXIS VRITIIOFF.

M. Henry nous a donné beaucoup de renseignements nécessaires pour notre expédition et nous a souhaité bons succès ; ensuite, il nous a demandé dans quel état nous avions laissé la Belgique en la quittant au mois de mai. Nous ne savions que lui dire, n'étant pas mieux renseignés que lui, sauf qu'on pouvait lui donner quelques nouvelles des grèves d'ouvriers.

A 2 heures le consul a été nous présenter à la mission du Saint-Esprit et chez les missionnaires Algériens, qu'on appelle aussi les Pères blancs.

Zanzibar n'est pas une jolie ville. Dans l'intérieur, les rues sont étroites et sales, et les maisons ont l'air délabré, le consul même est fort mal installé. Il habite cependant un ancien palais du sultan. Je vous envoie plusieurs photographies de Zanzibar, qui font paraître la ville magnifique, tandis que ce n'est qu'un véritable trou. Ce qui la fait paraître, c'est son aspect pittoresque. Il n'existe à Zanzibar qu'une seule promenade qui est magnifique; c'est une espèce de boulevard. Vous en avez la photographie.

Lundi, 8 juin. — Aujourd'hui, je suis resté au bateau pour arranger mes malles, car nous devons prendre le petit bateau Peters après midi.

Ma?-di, 9 Juin. — Le Peters n'est arrivé qu'aujourd'hui à midi. Il devait partir pour Bagamoyo vers 4 heures. Mais voilà qu'à deux heures moins le quart, on nous dit que le Peters part à deux heures. Le capitaine Jacques est à Zanzibar depuis deux jours. Comment faire? Cependant il faut qu'il parte avec nous. Nous lui envoyons un mot chez le consul, et pendant ce temps nous faisons embarquer nos malles dans un canot pour les conduire sur le Peters. Cela nous avait demandé un quart d'heure, et lorsque nous abordons, le navire était déjà en marche. Dans le lointain, nous apercevons le capitaine Jacques arrivant sur un canot. Nous demandons au capitaine du navire de stopper pour attendre M. Jacques qui, enfin, monte sur le bateau : il était indigné des procédés des Allemands, qui ne doivent donner le signal du départ,

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