CHAPITRE QUATRIÈME
Mardi, il août. — Départ de Kisogoué à sept heures et demie, pour arriver à dix heures un quart à Tambi, au champ de Stocks, premier village de l'Ougogo, distant de deux lieues. Le campement est bien joli et entouré de petites montagnes formant d'agréables ondulations. Au pied du camp, on remarque une grande ligne blanche : c'est le commencement du désert ou pori, dont la traversée dure douze heures, et il paraît que cette fois c'est un véritable désert. Nous quitterons demain Tambi à deux heures de l'après-midi, pour nous reposer la nuit en plein bois.
Nous avons donc quitté l'Ousagara, que nous avions parcouru depuis Bagamoyo.
Mercredi, 12 aoiit. — Lever à sept heures et demie. La nuit, ainsi que toute la matinée, beaucoup de vent, mais cela ne m'a pas empêché de dormir. Dans la matinée, plusieurs porteurs sont revenus avec de fortes blessures du village de Tambi ; deux autres ont été tués, et un des blessés ne passera pas la nuit. Tout cela a été produit par les indigènes nommés Wagogos, habitants de i'Ougogo, qui tous sont des voleurs et vont sur le chemin des caravanes, pour tuer les porteurs et à l'occasion enlever leurs charges, tout à fait comme les Wahéhés.
L'Ougogo comprend la partie que nous allons parcourir jusque Maboungouloii. Nous avons donc quitté Tambi à trois heures après midi. Quelques instants avant mon départ, j'étais au camp avec Renier ; les Wagogos ont essayé de nous attaquer, mais immédiatement trois de leurs hommes ont été tués par nos Askaris.
Après une longue traversée dans le désert, j'arrive au camp de Coiignio à huit heures du soir. Là je trouve le commandant avec Docquier, tous deux occupés à consommer chacun une boîte de conserve. Comme j'en avais une aussi (du bœuf à la mode, s. v. p.), je me mets sérieusement à la manger avec du pain et du café : tout cela compose le souper, et je vous assure que ça goûte. Ensuite, on s'installe pour dormir. La marche que l'on vient de faire l'après-midi s'appelle tirike'~a.
86 ALEXIS VKITIIOFF.
Jeudi, 13 août. — J'ai très bien dormi la nuit. Je suis parti du can^p de Cougnio à six heures et demie du matin, et je suis arrivé au camp de Moiigni Gallau à onze heures un quart. En route, à une distance d'environ cinq minutes de l'endroit où je me trouvais, j'entends plusieurs coups de fusil ; je précipite le pas et j'arrive à l'endroit d'oii l'on avait tiré ; c'étaient les Askaris, au nombre de trois, tirant sur des Wagogos qui venaient de tuer un porteur pour lui enlever sa charge, mais ils n'en ont pas eu le temps. Nous avons eu beau ùire des recherches dans le bois, nous n'avons plus trouvé personne. Il est rare qu'un nègre attaque un blanc, voilà pourquoi ces brigands s'étaient enfuis. Le porteur qui a été assassiné avait d'affreuses blessures ; un coup de lance dans le dos, d'où sortaient de grands lambeaux de chair et 'la tête presque tranchée. Mais on s'habitue à tous ces spectacles, et cela ne produit plus grande impression, t.mt ces faits se renouvellent souvent.
On se trouve toujours dans le pori. Aujourd'hui, il fuit assez chaud : température à midi, au soleil: 38" et à l'ombre So'*.
Maintenant, il faut que je vous explique comment il se fait qu'on arrive au campement l'un après l'autre, le départ ayant lieu de la même façon. Le commandant marche toujours en tête de la caravane, et comme celle-ci compte à peu près i5oo personnes, nous nous les partageons. Docquier marche après les 5oo premiers. Renier vient ensuite, et moi, je prends la direction du restant de la caravane. De la sorte, on se trouve distants l'un de l'autre d'environ une demi-heure, et chacun de nous a quinze Askaris sous ses ordres.
Vendredi, 14 août. — Je suis parti a. 6 h. }4 pour Siuiga, où je suis arrivé vers 1 1 heures du m«tin. Tout a bien marché en route. — Sanga compte beaucoup d'habitations, mais le genre des maisons a beaucoup changé depuis Tambi et Toubokoué, On nomme ici ces habitations : tembés. Elles ont une forme rectangulaire, possèdent une cour intérieure et abritent plusieurs familles ; elles sont assez grandes, mais n'ont aucun