CHAPITRE SIXIÈME
en a expédié 3o à Mpala ; il en enverra à Karéma par le premier bateau, et cela pour nous en débarrasser, car on en perd souvent. — De mon expédition, j'en ai ramené 38 en tout. Si nous en avions seulement i5 au boma, cela suffirait à nos besoins.
Vendredi, 15 janvier. — Le bateau de Karéma arrive ce matin; il conduit à Mpala des charges du commandant et la poudre du capitaine Joubert : 800 livres de poudre que nous lui avons apportées. Pas de nouvelles de la caravane des Pères qui sont à Kipalapala^ près de Tabora, et qui n'ont pas de porteurs.
Samedi, 16 Janvier. — Il paraît que le frère Jérôme, de Mpala, a son changement ; il doit aller à Karéma, sans doute parce qu'il est Allemand. Il sera ici dans quelques jours, car le bateau est parti ce matin pour Mpala. En repassant, il prendra notre courrier que l'on enverra de Karéma, soit par Bagamoyo, soit par Quilimane. Mais je crois que par Tabora il n'y a guère moyen. J'écris jusqu'au matin, et je suis heureux si je n'en attrape pas la fièvre.
Lundi, 17 janvier. — Voilà 8 jours sans pluie. C'est l'intervalle entre la !■■« et la 2^ période des pluies. Il fait tous les jours un temps superbe.
Xllle Lettre.
Saint-Louis, 18 janvier 1892.
Mes chers Parents,
J'ai reçu avec le plus grand plaisir, le 1 1 Janvier,vos lettres datant du 27 juillet 1891, y compris la lettre de ma sœur Jeanne, celle de ma tante V. et aussi le journal VAmi de l'ordre.
Papa me demande quelle température il fait ici : il sera renseigné par mon journal; pour moi, je supporte très bien le climat, je dis même que je l'aime ainsi. ' M. Jacques nous a photographiés plusieurs fois ; mais le papier faisant défaut, il a envoyé les plaques à Bruxelles; vous pourrez vous procurer là nos portraits, qne vous distribuerez aux amis...
Je n'oublie pas les Frères de Malonne, mes anciens maîtres, et surtout le frère O.; vous leur remettrez mes meilleures amitiés.
Antoine conservera mes lettres pour le jour où je voudrais les publier. Il peut s'y glisser des fautes; je n'ai pas le temps de les relire, elles sont trop longues : on perd peu à peu l'usage de la langue française, étant obligé de parler toute la journée le kiswahili (langue arabe de Zanzibar).
Marie me dit qu'elle va à Lourdes avec A... et V... Qu'ils prient pour moi, qui ai fait un bien autre voyage. C'est moi qui l'emporte sous ce rapport.
Et mon oncle S... est-il encore du même avis ? Ma tante V... m'a recommandé de me défier beaucoup des caïmans lorsque je longe une rivière ! J'ai bien ri en lisant cela; au contraire, je les recherche pour les chasser. Lorsqu'ils dorment sur le sable, ils n'ont qu'à me voir pour se réfugier dans le lac. Il y a de quoi avoir peur ! D'ailleurs, dans ce pays, on ne sort jamais sans armes.
Je ne vous ai pas encore parlé de la femme du capitaine Joubert ; c'est une jeune princesse du pays ; elle ne connaît pas le français, mais le capitaine lui apprend à lire et à écrire le kiswahili. Elle ne mange pas souvent avec nous, mais se trouve toujours avec les autres négresses.
Je me suis fabriqué, il y a quelques jours, un grand lit en bois, avec des cordes qui forment ressort. J'ai fait aussi des porte-manteaux et je vais me faire une table.
(Suivent d'autres détails intimes qui prouvent l'afiection que le jeune héros professait pour sa famille et ses nombreux amis.)
= XIV^ et DERNIÈRE Lettre (i).
Saint-Louis de Mirumbi, le 20 mars 1892. Mes chers Parents, Le commandant Jacques nous envoie un courriei pour l'expédier au plus vite à la côte; ce courrier doit
I. Déposée à Saint-Louis le 20 mars, et arrivée à Namur le 29 juin; presqu'enmême temps que la nouvelle de la mort.