CHAPITRE SIXIEME. I
partir de Tabora le i5 avril au plus tard. J'en profite pour vous adresser une courte lettre, car je n'ai pas été prévenu. Je vous ai écrit longuement à la date du 18 janvier dernier. — Depuis lors, rien de particulier ne s'est passé, sauf l'arrivée de la caravane du P. Dupont. Mgr Lechaptois nous a laissé deux Pères et un Frère pour fonder ici une mission; voilà de la compagnie maintenant. Dieu soit béni !
Nous apprenions dernièrement de Kibanga que les Arabes à^Oudjiji et Riimaliia avaient abandonné la ville ; car il paraît que les Allemands vont l'occuper. Est-ce Emin-Pacha qui arrive? on ne sait. Cette expédition vient-elle de la côte ? On n'en sait pas plus long. En tout cas, les Pères de Kibanga sont très rassurés sur le sort de la mission, et moi je crois que Rinnali^a est allé chercher du renfort au Maniéma. Le commandant a battu ses gens pour s'installer à la Liikuga, et Rumali:{a aurait dit de laisser pour le moment les blancs s'emparer du pays.
Je crois donc que c'est le calme avant la tempête.
Il y a un an, les Arabes ont reçu un courrier de la Mecque, ce qui est très rare, et on suppose qu'ils ont ordre de déclarer la guerre sainte. Aujourd'hui, cela se réalise: Mgr Lechaptois, en route ^onx: Kibanga ^ est averti par des indigènes de chez Simba; ceux-ci lui disent que Rumali^a et les Arabes du Maniéma se préparent à nous attaquer. Le P. Lechaptois demande au commandant Jacques d'aller à Kibanga rassurer les indigènes. Le commandant est parti avec Docquier et 5o soldats.
Renier nous prévient qu'on attaquera la mission de Kibanga,en même temps que le poste d'Albertville, fondé par le commandant.
Nous autres, en attendant, nous prenons nos précautions et nous nous remettons à la garde de Dieu; nous nous tenons prêts pour voler au secours d'Albertville en cas d'attaque. — Les Arabes ont peu de fusils à cartouche, tandis que nous en possédons assez bien. S'ils viennent, ils trouveront à qui parler. Attendons les événements 1
Le mois prochain, je vous donnerai d'autres nouvelles, car il partira encore un courrier.
Sikalindé, à qui j'avais été faire la guerre, nous a renvoyé tous nos fusils.
Je n'ai pas encore reçu vos dernières lettres; je crois qu'il y a un courrier en route pour Qinlimane. Les Anglais du sud du lac ne reçoivent rien non plus; ils ont envoyé un courrier afin de savoir ce qui arrête la correspondance.
Voilà quelques nouvelles sur la situation de l'Afrique dans nos parages; peut-être les journaux en ont-ils déjà rapporté plusieurs.
Et en Belgique, que se passe-t-il ?
La caravane du P. Dupont a amené plusieurs caisses au capitaine Joubert et une bonbonne de rhum authentique et des caisses de cigares excellents.
Pour le moment, nous avons beaucoup de légumes et des fruits meilleurs que ceux d'Europe : pommes de terre, chicorées, petites carottes, etc., et de la salade à chaque repas. — Je suis plus avantagé qu'en Europe, oi!i je suis certain que maintenant il fait encore froid. Ici, nous avons très peu de pluie pour la saison pluvieuse, qui va se terminer à la mi-avril, et alors six mois sans une goutte de pluie. N'est-ce pas agréable?
Avant de finir, je vous annonce la naissance d'une petite fille, nommée Louise, chez le capitaine Joubert ; voilà sa famille augmentée.
Je vous annonce aussi la mort à Mpala du regretté Frère Amand, qui a succombé à la fièvre ; ses parents habitent Termonde.
Donc, dans un mois, j'enverrai d'autres nouvelles.
Je termine en vous souhaitant bonne santé et en vous embrassant de tout cœur, ainsi que la famille, les amis, etc..
Votre affectionné fils
Fin du Journal.