‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 7 sur 94 · CHAPITRE PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRELIMINAIRE

1890 des caisses qui étaient à Zanzibar depuis plus de deux ans), le poste de Mpala n'a point périclité entre ses mains; mais il est devenu comme un lieu d'asile, le boulevard des faibles, la citadelle de la liberté dans ces contrées rouges de sang.

■ Dans une lettre datée de Mpala, 8 juillet i8go, Mgr Bridoux, vicaire apostolique du Tanganika, écrit :

« Les faibles et les persécutés, nombreux dans ces régions, viennent se réfugier auprès de nous. Il y a trois semaines encore, un chef nous arrivait avec une centaine d'hommes qui lui restaient de ses sujets. Il avait été attaqué par des négriers qui lui avaient tué 80 hommes et pris comme esclaves un millier de femmes et d'enfants. Le chef lui-même, Kisabi, avait été fait prisonnier, mais il avait pu s'enfuir avec ses fers qu'il nous apportait : c'étaient deux forts anneaux en fer qui lui prenaient les pieds et étaient rivés à une barre solide. Il s'est établi sur le territoire de la Mission , nous avons ainsi cinq ou six chefs qui se sont fixés près de nous, après avoir été pillés par des esclavagistes. »-

Depuis lors, Joubert a construit à une journée au sud de Mpala, près de la rive occidentale du lac, la station fortifiée de Saint-Louis de Mirumbi (aujourd'hui Baudouinville), où il s'est installé avec une petite garnison. Là encore, pour échapper à des vexations continuelles, les populations des alentours sont successivement venues se placer sous la protection directe du capitaine, de sorte qu'en moins de i 5 mois, sept villages nouveaux se sont formés dans la plaine, et que V agglomération de Saint- Louis compte aujourd'hui 6000 âmes. Ce serait une force avec laquelle il y aurait à compter, si elle était armée.

« Missionnaire en même temps que soldat, écrit le capitaine Jacques qui vient de lui porter secours, Joubert élève chrétiennement les nombreux entants qu'il a arrachés, manu militari, des mains des négriers, ou bien qu'il a rachetés avec les modestes ressources dont il dispose. C'est lui qui leur enseigne le catéchisme, qui leur apprend à travailler et qui les soigne lorsqu'ils sont malades ou éclopés. C'est une besogne dont on ne se fait

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pas d'idce, et le brave homme la fait toute lui-même avec une patience et un dévouement vraiment angéliques. »

(( Voilà, ajouterons-nous avec M. H. Derély (i), ce qu'a pu faire le dévouement d'un homme. Mais cet homme est allé là-bas, parce qu'il aime Dieu par dessus toutes choses, et son prochain pour l'amour de Dieu. Il s'est si bien donné, sans esprit de retour, à ses frères les nègres, qu'élevant jusqu'à lui cette race déshéritée, il s'est choisi chez elle une compagne aimée et honorée. Pouvait-il mieux démontrer l'unité d'origine, l'identité de devoirs, la communauté de destinée des blancs et des noirs, tous lils d'Adam, créatures d'un même Dieu, rachetés par un même Christ ? »

Récemment, S. M. Léopold a daigné accorder à Joubert la naturalisation congolaise, ainsi que le brevet de capitaine de la force publique dans l'État du Congo.

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