‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 92 sur 94 · DE LA DEUXIEME EDITION · texte numérisé non relu

DE LA DEUXIEME EDITION

Victoires de l'Etat du Cong-o sur les Arabes. —

Léopold II, souverain du Congo, avait pris de sages précautions contre les attaques des Arabes esclavagistes, auxquels il interdisait la continuation de leurs exploits inhumains. Ceux-ci finirent par trouver gênante la police que les troupes belges des camps de Basoko, sur le Congo central, et de Lousambo, sur le Sankourou, exerçaient contre eux. Ils commencèrent par attaquer traîtreusement une expédition commerciale dirigée sur le Lomani par Hodister, qui fut tué avec plusieurs de ses compagnons dans un guet-apens (1892).

Bientôt tous les Arabes de la région comprise entre !e haut Congo, l'Arouhimi, les lacs Albert et Tanganika se concertèrent pour exterminer les Européens,

La guerre était ainsi déclarée par les chefs arabes de Nyangwé, de Kassongo et autres, qui disposaient certainement de plus de 20,000 fusils, contre les troupes congolaises composées de plusieurs milliers de nègres, organisées et commandées par une centaine d'ofhciers belges.

Les conséquences de cette prise d'armes auraient pu être désastreuses pour la civilisation. Déjà le capitaine Joubert, assailli à Mpala, avait dû réclamer le secours d'une expédition commandée par le capitaine Jacques; mais tous deux se trouvaient assiégés sur les rives du Tanganika par les hordes arabes venues d'Oudjiji. Il en était de même des missionnaires français à Kibanga. La bonne cause était en péril et tous les Européens menacés d'extermination.

Mais, grâce à Dieu, les Européens furent vainqueurs dans de nombreux combats. Les capitaines Van Kerkhoven et Ponthier dispersèrent les Arabes de TAroubimi en leur reprenant plus de 2000 esclaves. Les capitaines Tobbacjc et Chaltin battirent ceux des Stanley-Falls,leur

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faisant i 5oo prisonniers, pendant que le capitaine Dlianis prenait successivement les deux villes capitales de Nyangv^^é et de Kassongo et chassait les traitants de la région du haut Congo.

En outre, le capitaine Jacques finit par prendre à ceux d'Oudjiji la forteresse ou borna qu'ils avaient construite sur la rive occidentale du Tanganika.

C'est ainsi qu'à la date du mois de juillet iSqS, les Arabes se trouvaient en fuite vers l'est, où, espérons-le, les forces allemandes et anglaises parviendront à les réduire complètement. Ainsi se sont vérifiées les prévisions du cardinal Lavigerie, disant qu'avec quelques centaines d'Européens énergiques, commandant des troupes nègres, on viendrait à bout de ces bandes de brigands qui font tant de victimes dans le centre de l'Afrique.

Que les divers gouvernements qui se sont partagé ces régions malheureuses s'intéressent résolument à la cause antiesclavagiste, et Dieu certainement continuera à leur accorder ses bénédictions, promises par Léon XIII et déjà si manifestes dans les événements que nous venons de résumer.

Voici, du reste, des détails recueillis sur quelques-uns de ces faits.

Victoire des Stanley-Falls. — Le 6 juillet 1893, M. Beernaert, premier ministre du roi, donnait lecture à la Chambre belge d'une dépêche d'Afrique, annonçant que le i5 mai 1893, les Arabes avaient attaqué les Falls; mais que le résident Tobback les avait battus et dispersés, leur tuant 200 hommes et leur enlevant 1 5oo prisonniers et 100 barils de poudre.

Cette nouvelle fut accueillie par une salve d'applaudissements, et des félicitations furent adressées au roisouverain.

D'après des nouvelles reçues postérieurement, la déroute des Arabes a été encore plus complète qu'on ne l'avait dit. Outre la poudre et les fusils qu'ils ont laissés derrière eux, ils ont abandonné dans leur fuite précipitée leurs femmes, leurs enfants, quatre tonnes d'ivoire, une quantité énorme de tissus. De tous ces biens, Rachid n'a pu emporter qu'une petite cassette contenant quelques

objets de valeur. Tous les villages arabes des environs ont été rasés. Cet ancien domaine arabe est, en somme, comme tel rayé de la carte, à la grande joie des indigènes, délivrés de l'oppression des marchands d'esclaves. Nombre de chefs nègres, qui avaient obéi précédemment à l'ascendant des Arabes, sont venus depuis, faire leur soumission.

Première victoire de Dhanis. — L'expédition du lieutenant Dhanis a rencontré sur le Lomani un convoi d'esclaves, commandé par Sefou,le fils du célèbre Tippc- Tip. Les Arabes furent mis en complète déroute. Ils laissèrent entre les mains des Belges environ cinq cents prisonniers, dont cinq chefs, et six cents fusils à répétition. Ces armes étaient parvenues aux Arabes par la côte orientale, malgré la surveillance des autorités de la colonie allemande.

Le fils de Tippo-Tip a été tué peu de temps après.

Cette défaite n'a pas été la seule pour les chasseurs d'esclaves. Le lieutenant Chaltin, qui commande le camp de Basoko, a aussi fort maltraité les Arabes. C'est en revenant d'une exploration sur le fleuve Aruwimi qu'il les a rencontrés près de Yabumba. Ses troupes, composées de i5o soldats et de toute la tribu des Mabendjas, se mirent en embuscade et attendirent les Arabes.

Au bout de huit jours, l'ennemi fut signalé, et surpris par la brusque attaque de Chaltin, il s'enfuit en désordre après un sanglant combat. Les indigènes Mabendjas le poursuivirent à coups de lances et en firent un affreux massacre.

Les Arabes abandonnèrent leurs fusils et les étendards de Zanzibar. Les esclaves qu'ils avaient capturés et qui mouraient de faim furent mis en liberté.

Prise de Nyangwé. — L'expédition Dhanis, après de nouveaux combats, a fait le siège de Nyangwé et a pris cette ville d'assaut à une date qu'on croit pouvoir fixer au i 5 février dernier.

Les précédents télégrammes annonçaient deux nouveaux combats livrés par Dhanis aux Arabes, et dans lesquels l'expédition belge avait tué Munie Moharra, le

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chef arabe, responsable du massacre de l'expédition Hodister, et mis en fuite Sefou, neveu de Tippo-Tip.

C'est après cette seconde victoire, livrée entre le Lomami et le Loualaba, à Angoi, que l'expédition Dhanis a poussé plus vigoureusement que Jamais vers l'Est et assiégé puis emporté Nyangwé, agglomération de vingt mille Arabes ou nègres soumis aux Arabes.

Nyangwé, dont Livingstone et Stanley ont publié des descriptions mémorables, est situé au carrefour de toutes les routes qui conduisent au Tanganika; c'était le boulevard même de la puissance des Arabes esclavagistes qui ravagent le Congo, et la prise de la ville est pour le jeune État un événement au moins aussi important que celle d'Abomey, capitale du Dahomey, le fut récemment pour la France. Les Arabes soulevés sont matés, l'État du Congo est délivré de son principal ennemi. Bien mieux: l'État du Congo, donnant sa première application sérieuse à l'Acte antiesclavagiste d« Bruxelles, purge l'Afrique centrale de la plaie de la traite et rend ainsi un service signalé à la civilisation entière.

Prise de Kassong-o. — C'est le 22 avril 1893 que le commandant Dhanis s'est rendu maître de Kassongo, où s'étaient réfugiés les débris des forces arabes chassées par la prise de Nyangwé. Le vaillant officier qui poursuit sa route vers l'Est, afin de faire sa jonction avec les postes antiesclavagistes belges du lac Tanganika, devait, pour assurer le résultat de l'heureuse fortune de nos armes, emporter la place de Kassongo. Il n'a guère mis de temps à exéculer son projet. En etïet, c'est le i 5 février qu'après plusieurs semaines de siège, le commandant Dhanis entrait en vainqueur dans Nyangwé. Deux mois lui ont suffi pour anéantir de façon complète la puissance des Arabes de ces régions, en les chassant de leur dernière retraite. Le télégramme qui a apporté la bonne nouvelle à Bruxelles ajoute que la situation est excellente dans ces contrées. L'atroce domination arabe est abattue.

Selon toute probabilité, le commandant Dhanis arrivera au poste d'Albertville, sur le Tanganika, bien longtemps avant l'expédition Descamps. La jonction des troupes de l'État et des postes du Tanganika va donc

pouvoir s'opérer, et désormais les voies de communication de ce lac, situé aux confins du territoire de l'État, avec la côte occidentale, seront régulièrement établies.

Victoire du capitaine Jacques. — Le capitaine Jacques, venu au secours du pieux et vaillant capitaine Joubert, s'était retranché dans un boma à Albertville, sur le Tanganika. Il pouvait y braver l'audace des Arabes envoyés par Rumaliza, chef d'Oudjiji ; mais ceux-ci trouvèrent le moyen de construire à quelques kilomètres de là un autre boma, que, faute de munitions, le capitaine Jacques ne put leur enlever tout d'abord. Sa position était critique, car l'ennemi le tenait assiégé depuis un an, et battait la campagne, ravageant tout, détruisant les villages et tuant une multitude d'indigènes. La famine s'en suivit, horrible pour les deux partis belligérants. M. Jacques écrivit en Belgique pour réclamer des secours, surtout en munitions, et demander quatre canons qui lui permissent de renverser le boma ennemi. La Société antiesclavagiste s'est hâtée de les lui envoyer ; mais déjà l'arrivée de l'expédition Long permit à M. Jacques de reprendre l'offensive. C'est ce que confirme la dépêche suivante parvenue à Bruxelles.

Zaniibar, 5 juillet 1893.

Victoire l — les esclavagistes en fuite repassent la Luknga; — nous avons pris et détruit leur boma. Envojrei Jiéanmoins artillerie.

Capitaine JACQ.UES.

Dernières nouvelles. Rumaliza battu par le commandant Dhanis, et poursuivi par le capitaine Jacques.

Enfin le terrible Rumaliza lui-même, qui s'était décidé à accourir au secours des Arabes chassés de Nyangwé et de Kassongo, s'est fait battre à plate couture, le 14 janvier 1894. En effet, le commandant Dhanis, soutenu par les capitaines Lothaire et Wouters, lui a enlevé ses forteresses, ses munitions, ses esclaves et ses richesses.

Rumaliza, en fuite, est poursuivi également à l'est par le capitaine Jacques lui-même, qui tiendra à punir son perfide ennemi, à le prendra ou à le chasser définitivement de la région du Maniéma, et à venger ainsi légitimement la mort de notre jeune héros Alexis Vrithoff.

Ce sera enfin, Dieu aidant, le triomphe complet des expéditions antiesclavagistes entreprises par les Belges dans l'Afrique centrale, au profit de la libération et la civilisation chrétienne de la race nègre.

Avril 1894.

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