‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 91 sur 94 · MORT DU CARDINAL LAVIGERIE · texte numérisé non relu

MORT DU CARDINAL LAVIGERIE

Léon XIII le créa, en 1882, cardinal-prêtre du titre de Sainte-Agnès-hors-des-Murs ; puis en 1884, archevêque de Carthage, rétablissant en sa personne l'antique métropole des églises africaines.

Le nouveau Primat d'Afrique recevait ainsi par cette haute distinction, le couronnement de ses autres titres, auxquels s'ajoutent encore ceux de délégué pour les Missions du Sahara, du Soudan, de l'Afrique équatoriale, de Sainte-Anne de Jérusalem, etc.

Ainsi que le dit le P. Charmettant, l'un de ses fils spirituels, « c'est son passage à la direction des écoles d'Orient et son contact avec les races intéressantes de ces contrées, qui ont révélé à l'abbé Lavigerie sa vraie vocation, celle de l'apostolat.

Il était né apôtre, en effet ; il en avait l'ardeur, la vaillance et les nobles ambitions. Comme saint Paul, la passion des âmes, la soif des conquêtes le dévoraient.

Dès le premier jour de son arrivée en Afrique, il tourna son regard, ce regard où passaient des flammes, vers le centre mystérieux de ce continent, alors complètement inconnu. Il y envoya de nombreuses légions de missionnaires, dont plusieurs ont versé pour la Foi leur sang de martyrs.

Tant qu'il ne rencontra sur son chemin que les obstacles ordinaires, il les surmontait ou les tournait sans que rien ne pût arrêter sa marche en avant, sa trouée de l'Afrique pour y faire pénétrer la foi et la civilisation ; mais le jour où il se trouva en face de la vraie barbarie, de la hideuse plaie incurable de l'esclavage, ou plutôt de la traite de chair humaine, il n'hésita pas à tenter, en plein XIX^ siècle, ce que personne, hormis son inspirateur Léon XIII lui-même, ne croyait possible : une croisade pour soulever tEurojpe contre les abominations de la Traite l

Il réussit en cela comme en toutes ses autres entreprises, car c'est grâce à ses prédications enflammées et à ses écrits incomparables sur la question esclavagiste, qu'il a amené l'Europe officielle aux Conférences de Bruxelles, en i88g.

Comme tous les vrais bienfaiteurs de l'humanité, ce

grand apôtre meurt sans recueillir tout le fruit de son labeur. Mais il s'en va au moment où les prémices lèvent et abondent. Toutes les grandes œuvres dues à sa charité, à son indomptable énergie, sont désormais assurées et promettent des moissons nombreuses.

Plus heureux que Moïse, il a présidé lui-même aux débuts de cette conquête de la Terre promise ; et ce qu'il a fait survivra à ce grand mort, aujourd'hui couché sur le champ de bataille ... n

Dieu a rappelé l'ouvrier au moment précis où sa présence ici-bas semblait le plus nécessaire pour mieux montrer à tous que lui seul est l'Indispensable.

Il avait eu soin, du reste, depuis deux ans, de désigner pour son successeur à la Direction de l'Œuvre antiesclavagiste Mgr Brincat, évêque d'Adrumète, de résidence à Paris.

Qu'il nous soit permis d'ajouter ici un souvenir personnel.

C'est pour avoir rencontré le grand cardinal à Bruxelles, en 1888, au lendemain de son sermon à Sainte-Gudule et pour avoir obtenu de sa bienveillance un entretien marqué de la plus grande franchise, comme de la plus touchante cordialité, que nous avons conçu pour son œuvre l'estime et l'amour qu'il avait su communiquer la veille à son immense auditoire.

Aussi nous sommes-nous dès lors proposé de la populariser, dans la mesure de nos faibles moyens, par la publication d'un opuscule, qui fut bientôt suivi de plusieurs autres, destinés surtout à la jeunesse chrétienne.

Et lorsque, à Paris, notamment à l'époque du Congrès antiesclavagiste libre, tenu en septembre 1890, il nous fut donné de revoir l'éminent Prélat, c'est toujours avec l'affection la plus paternelle, qu'il nous accueillait et nous accordait les marques les plus flatteuses de ses encouragements.

Daigne ce grand bienfaiteur de l'humanité, qui jouit maintenant de la béatitude éternelle, obtenir de la miséricorde divine la continuation et le succès des œuvres africaines, dont il est le fondateur, et dont il restera dans le ciel le patron et le protecteur.

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