L AMI
sance avec leur auteur (i). Cela lui fut d'autant plus facile qu'il avait déjà table ouverte en son logis de la nie Grange-Batelière, n" i3, et toute une écurie à la disposition de ses invités. Musset, que ce luxe attirait, se laissa faire, et ses rapports avec Tattet devinrent tout de suite si intimes que, deux ans après, il lui adressait les vers suivants :
Dans mes joif- -i" '"-'Iheur, Alfred, seul tnirt mille, Tu mVs rest i tant d'autres m'out fui.
Le bouheur m <> j» > ^ plus d'un lien frag'ile, Mais c'est l'adversité qui m'a fait us ami.
Maintenant Dieu me carde! Où rais-je? Eh! oue m'importe? Ouels que soient mes destins, ie dis comme Byron : u L'Océan |>eut K^rondrr, il fauora qu'il me porte, s Si mon coursier s'abat, j'y mettrai l'éperon.
Mais du moins j'aurai pu, frère, quoi qu'il m'arrire. De mon cachet de deuil sceller notre aniilié Et, que demain je meure ou que demain je vive, Pendant que mon cceur bat, t en donner la moitié.
Alfred de Musset venait de perdre son père, et sous le coup de cette mort inattendue, il avait dit un soir à son frère, préoccupé comme lui du changement qu'elle allait apporter dans leur situation :
(( Sans l'aisance, point de loisirs, et, sans loisirs, point de poésie. Il ne s'agit plus de faire l'enfant gâté ni de caresser une vocation qui n'est pas une carrière. Il est temps d'agir et de penser en homme. A l'idée d'être une cause de gêne pour la meilleure des mères, de nuire peut-être à l'avenir d'une sœur
^i < '■• 'nns le romao de Louise Colet (Lai), p. 137:
« I I c'est Musset qui parle) comme le luxe de son esprit.
J'cta;i cessaire à ce qu'il y avait diotellirent et d'idéal en lui,
qnc ses maitresses et ses chevaux l'étaient à ses habitudes de dissipation. Il me plut d'abord par son laisser-aller, la franchise de sa vie et son insouciance de l'opirnoo. »
g8 ALFRED DE MUSSET
que nous adorons, et qu'il faudra penser à marier dans dix ans, je me révolte contre moi-même. Non, ce n'est pas à celte épreuve-là que je mettrai le dévouement de tout ce qui m'est cher.
« Voici donc le parti que je suis bien déterminé à prendre : je tenterai un dernier essai en écrivant un second volume de vers, meilleur que le premier. Si la publication de cet ouvrage ne me procure pas les moyens d'existence que j'en attends, je m'engagerai dans les hussards de Chartres ou dans le régiment des lanciers où est mon camarade de collège, le prince d'Eckmiil. L'uniforme m'ira bien. Je suis jeune et d'une bonne santé. J'aime l'exercice du cheval et, avec des protections, ce sera bien le diable si je ne deviens pas officier (i). »
Sans doute ; mais aucun cheval de régiment ne vaut Pégase pour un poète. Alfred de Musset, qui le sentait mieux que personne, s'enferma donc chez lui avec la Muse — et une bouteille d'alcool — et fit la Coupe et les lèvres, c'est-à-dire plus de seize cents vers dans le courant de l'été i832. Justement Tattet, qu'on avait exilé à Brest dans les circonstances que je raconte plus loin, venait de rentrer à Bury, son pavillon de chasse, sa maison de campagne et de rendez-vous (a). Musset alla lui lire son poème, et Tattet en fut d'autant plus content que, l'année précédenle,
<i) Biographie d* Alfred de Musset, par son frère, p. 107.
(a) Quand je dis Bury, c'est plutôt Marpency que je devrais dire : Bury était la maison de camjiatrne des parents 'de Tatlel qui. pour être plus libres, quand ils y résidaient, avait loué en ca-' "" ■ 'i'e maison sise à Margency, à une lieue de là. « On xn^ • dans les deux maisons, dit Paul de Musset, bien que k pas le même ». Alfred de Musset fréquentait les deujc, car les parents de Tattet l'aimaient beaucoup. Bury existe encore : il est situé près d'ErmoDt, dans la vallée de Montmorency.
il écrivait à Félix Arvers : « Que devient Musset ? le rencontres-tu ?Travaille-l-il ou joue-t-il? Est-il enfin décidé à se perdre elne devons-nous plus compter sur son avenir qui promenait d'être si beau ? (Vcsi vraiment un bien ^rand malheur! »
Il en fut toujours ainsi. Musset avait beau acquérir de nouveaux titres de gloire, Tattet ne lui en trouvait jamais assez, tant il avait d'ambition pour lui. Aussi, tout en faisant avec lui la fête, ne cessait-il de l'excilcr au travail, le sachant enclin à la paresse. C'était surtout de ses liaisons qu'il se méfiait, ayant remarqué déjà que l'amour le rendait fou. Quand il le vil se prendre aux rets de George Sand, il ne négligea rien pour l'empêcher de la suivre en Italie. — « Et vous, lui objectait Musset, qui voulez y aller avec une comédionne I — Oh ! moi, c'est bien différent, je ne suis pas poète, et puis une comédienne n'est pas une romancière. Je connais Déjazet et je me connais aussi: de notre part, c'est un simple caprice, tandis que de la vôtre, n'essayez pas de le nier, c'est une passion dont je redoute les conséquences. Vous verrez, mon ami, qu'il vous en cuira. »
Tattet ne savait pas dire si vrai. Partis presque en même temps, cliacun de leur côté, ils se retrouvèrent à Venise, quand Musset était au lit, suant la fièvre. On a rapporté — c'est M. Glouard (i) — que Tattet s'était aperçu de la trahison de George Sand et qu'il l'avait révélée à son ami avant de quitter Venise. M. Glouard a été mal renseigné. Tattet ne s'était aperçu de rien et, quand bien même il eût surpris le secret de George Sand et de Pagello, il l'eût certainement gardé pour lui, de peur de tuer Musset du coup. D'ail-
(i) Documents inédits sar Alfred de Musset, p. 58.
leurs sa lettre à Sainte-Beuve dément calég^oriquement cette assertion (i). Mais lorsque les amants de Venise furent rentrés en France et que, à la suite d'un article injurieux de Gustave Planche, Musset fut sur le point de se battre en duel pour George Sand, Tattet n'hésita
(i) Voici la lettre de Taltet à Sainte-Beuve :
« Florence, 17 mars i834.
« Merci mille fois, mon cher monsieur de Sainte-Beuve, de voire lettre si bonne et si attentive. Madame Dudevant et Alfred ne vous en seront pas plu» reconnaissants que moi, je vous assure. Elle m'arrive à Florence où je suis depuis hier. Il est bien entendu que j'ai passi- plusieurs jours auprès du cher malade, qui a besoin encore de «grands roenag^ements. 11 faut m<$me qu'il dise adieu à d'excellentes choses qu'il aime beaucoup. Je ne sais quel boa ffénic m'a conduit à Venise et m'a fait exécuter par moi-même et d'inspiration ce que votre lettre me recommandait avec tant d'instances.
« J'ai tâch^, pendant mon séjour à Venise, de procurer quelques distractions à M™» Dudevant, qui n'en pouvait plus ; la maladie d'Alfred l'avait beaucoup fatiguée. Je ne les ai quittes que lorsqu'il m'a été bien prouvé que l'un était tout à fait hors de danger et que l'autre était entièrement remise de ses longues veilles.
«Soyez donc maintenant sans inqiiii-tude.raon cher monsieur de Sainte- Beuve; Alfred est dans les mains d'un jeune homme tout dévoué, très capable, et qui le soigne comme un frère. Il a remplacé «u|>rès de lui un âne qui le tuait tout bonnement {a). Dès qu'il pourra se remettre en route. Madame Dudevant el lui partiront pour Home, dont Alfred a un désir effréné. Vous les verrez avant moi, qui vais continuer mon voyaee; dites-leur donc de ma part a tous deux ce que votre éloquente amitié trouvera pour leur exprimer la mienne, qui n'est que bien tendre et bien dévouée.
«Alfred vous dira peut-être beaucoup de mal de l'Italie, ne le croyez pas. 11 l'a mal vue, ou plutôt il n'a pas eu le temps de la voir.
«Le pays abonde en mystifications, c'est vrai; maison y trouve tant et de si belles choses qu'on peut bien les payer par quelques mécomptes. Je suis tout émerveillé de Florence, qui a un singulier parfum de moyen âge et quia bien conservé l'expression des republiques iialicnnes à cette époque. On voit, par les chefs-d'œuvre qui encombrent ses rues et ses places, qu'elle n'était poiat barbare, qu'elle aimait les arts el savait les payer. Sa galerie est admirable, el vous seriez, vous surtout, en extase devant toutes ses merveilles. On pourrait bien, sans être trop exigeant, demander un peu plus d'eau dans le fleuve Arno: mais qu'estce que cela à côté des tableaux de Raphaël et du Corrège I
<f Tout à vous de coeur.
« Alphsd Tattet. »
^ Rappelez-moi au souvenir de Guttinguer. que je regrette bien de n'avoir pu entraîner avec moi. Dites-lui qu'il serait mort de joie devant toutes ces madones.
(a) Le Doct«ur Saotini, auquel trait succédé Pagallo.
pas à lui raconter ce qu'il avait appris à Paris de la bouche même de Pagello. Car l'ami Pierre, furieux d'avoir reçu son congé de la Sand, comme il disait, n'avait rien eu de plus pressé que de la déshonorer aux yeux de Tatlel, en le conjurant toutefois de ne pas souffler mot de cela, pour ne pas attirer de vençeancfî sur elle (i).
Musset ainsi averti voulut rompre définitivement avec Georçe, mais elle réussit à se disculper, et voici la lettre que, le r 3 janvier i835, elle écrivit à Taltet, de sa terre de Nohant:
< Monsieur, « Il y a des opérations qui sont fort bien faites et qui font honneur à l'habileté du chirurgien, mais qui n'empêchent pas la maladie de revenir. En raison de celte probabilité, Alfred est redevenu mon amant ; comme je pré' d'il sera bien aise de vous voir chez moi, je
vou - ^ ^e à venir dfner avec nous au premier jour de liberté que vous aurez. Puisse l'oubli que je fais de mon offense ramener l'amitié entre noust « Adieu, mon cher Taltet, M Toute à vous
« Gkorgb Sand. »
Taltet s'étant abstenu de lui répondre, la dame de Nohant revin» \-\ charge un mois après, mais sur un autre ton.
Paîfello avait apporté d'Italie quatre tableaux sans aucune valeur que George Sand s'était flattée de vendre tout de même, et sur lesquels, en attendant preneur, elle lui avait versé, au moment de se quitter, deux mille francs tant pour avance que « pour le tenir
(i| Lettre de Pa^llo k Tattet,du 33 octobre i834.
quitte de ce qu'il lui devait ». Un malin du mois de février, sur une lettre furieuse de l'Italien, elle fit porter ces tableaux chez Tattet en le priant d'en accuser réception à leur propriétaire.
(' Vous avez pensé, lui disait-elle pour justifier ce singulier envoi, que le sentiment d'équité vous forçait à vous faire le bourreau d'une âme criminelle. Je ne savais pas que vous eussiez l'âme aussi austère et le bras aussi ferme.
« J'en souffre, mais je vous en estime d'autant plus, Monsieur, et à cause de cela, je pense que vous me laverez de l'accusation de friponnerie, car si votre amour de la vérité vous a commandé de me nuhre, il doit vous commander de me réhabiliter sous les rapports par où je le mérite. »
Un autre que Tattet eût refusé de prendre livraison de cette marchandise suspecte, mais, pour ne pas envenimer les choses et par pitié pour l'ami qui était retombé au pouvoir de cette sirène, il accepta les tableaux et les mit au grenier — où ils sont peut-être encore. Seulement, à partir de ce jour-là, il ne se fit aucun scrupule de briser le cadenas que Musset lui avait posé sur les lèvres (i). Et c'est par lui évidemment que se répandit la légende du baiser donné et rendu à Venise au pied du lit du poète.
Le plus drôle, c'est que Tattet, qui jouait à l'esprit fort et à l'homme blasé, fut atteint à son tour du mal d'aimer, à l'heure même où Musset commençait à en guérir, •— s'il en guérit jamais.
(i) « J'apprends, mon cher Alfred, lui écrivait Musset en i838. que vous avez manqué plusieurs fois à la parole que vous m'aviez donnée de garder le silence sur tout ce qui s'e»t passé en Italie. t:cla m'a fait beaucoup de peme, d'abord pour vous qui manquez à votre promesse, et ensuite pour moi qui ai cru, pendant plus de quatre ani, avoir un véritable ami, ■• r r n »
l'ami I o3
Il écrivait de Bade à Félix Arvers, le la juin i835:
« Il fait toujours un temps afireux. Depuis que j'ai quille Paris, je n'ai eu que vent et pluie. Tout est sombre autour de moi, comme dans moi. Le soir, j'ouvre ma fenêtre, espérant voir se lever cette étoile amoureuse que j'appelle et qui ne vient point. — Je n'ai pas pu voir Levol à Strasbourg (i). Il était parti le mutin pour une fête des environs. Jusque dans les plus petites choses j'ai du malheur. Je ne te parlerai pas, mun cher ami, de la cathédrale, que tu connais aussi bien que moi. Tu sais d'ailleurs ce que j'en pense.
« Mai?» uiiL* chose m'aurait. iciu«*, .i aurais vouiu, comme le grand Frédéric qui, après sa première victoire, se fit chanter un Te Deum pour lui seul dans la cat' ■ ' ''de Berlin, me faire dire une messe dont j'ai lé l'unique auditeur. J'aurais empli ces voû-
tes de mon amour et je n'aurais pas eu honte de me présenter devant Dieu en tenant ma maîtresse par la main.
« Car enfin c'est lui qui m'a mis au fond du cœur une passion aussi profonde. Quel est son but? Je l'ignore, mais pour sûr il y a là-dessous quelque m^rstère qui s'éclaircira tôt ou tard et qui me sera ou propice ou fatal. Cette femme ne me quitte pas plus que mon ombre au soleil. J'ai là auprès de moi tout ce qui me vient d'elle, son portrait, ses lettres, son petit sac qu'elle a mis si souvent à son bras pour venir chez moi, et ses cheveux que je baise tous les jours,
(i) Florimond Levol, auteur des Age* poétiques ou les Triomphes du Génie, poème ca quaU'e chants, suivi de poésies, publié chez J.-L..J. Briëre en i8aG. Alfred Tattet en fait des forges chaudes dans toutes les lettres où il est question de lui. — Cf. notre etode sur Sainte- Beuve, t. I. pp. 359 et 367.
parce que ceux-là sont bien à moi et qu'aucune autre main que la mienne ne les touchera. Tout cela, comme tu le pensesbien,m'exalterimagination outre mesure. Il me passe mille idées folles par le cerveau. Je fais des rêves chaque nuit; tantôtd'atroces où je l'étrangle, tantôt de doux et de tendres où je meurs pâmé dans ses bras. Quand je pense que sans toi et Henri (i) je l'aurais encore ! C'est parce que je lui ai promis d'aller voir sa mère avec toi, que je regardais plutôt comme mon ami que comme le sien, que je suis séparé d'elle. Vous vous êtes mis quatre pour accoucher de celle lâcheté. Vous avez mal agi H. et toi. Vous m'avez berné pendant 24 heures sur une autre couverture que celle où fut secoué Sancho. Qu'elle ne rompît pas le silence puisqu'elle ne m'aimait pas, dites -vous, cela se comprend, encore le malin a-t-elle pleuré, encore m*a-l-elle dit ; « Ne pars pas! » — Mais vous qui faisiez en ce moment état et profession de m 'être dévoués, comment se fail-il que ma confiance et ma sérénité ne vous aient pas arraché un aveu, et que, bien loin de là, vous vous soyez moqués de moi tous les trois dans une langue que je ne connaissais pas. Oh ! tout cela est mal, allez, croyez-le bien. C'est pour ton bonheur, direz-vous! Et qu'en savez-vous, Messieurs? Etes-vous doués de la seconde vue? Ne prenez pas sur vos deux têtes le fardeau d'une responsabilité comme celle-là?
(i) Henri Ternaux. — On lit k son sujet dans les Souvenirs de Junte Olivier : « M. de Musset racontait (en i83o) que son ami, M. Henri Trrnaux, parti pour les Etats-Unis avec les id<es les plus libérales, v d'en arriver tout di'senchanlc, accoutumé à rejfardcr les noirs <•< une race intoricure. déclarant l'Amérique le pays le moins libre lU ... terre, parce que, dès qu'on veut y vivre à sa puise, ou est remarque ou en dehors de l'ordre, dans lequel on vous fait bien vite rentrer. M. de Musset était aussi fort choque de ce que M. Ternaux, allant faire une visite au président des Etats-Unis, fût suivi jusque dans le salon par le cocher du fiacre qui l'avait amené. »
l'ami io5
Si mon existence est entièrement liée à la sienne, si je ne puis respirer, sentir, vivre que là où elle est, si l'espoir seul de la revoir me soutient, si je me lue quand je l'aurai perdu, cet espoir? Ohl direz-vous encore que c'est mon bonheur que vous avez voulu? Eh bien! oui, dites-le, car alors ce sera vrai, j'aurai le repos éternel dans le sein de Dieu ; mais bien bas, bien bas, afin que ma pauvre mère toute en larmes ne vous maudisse pas. Vous trouverez assez de ^ns qui auront les phrases suivantes à la bouche : « T. s'est tué. Savez- vous que c'est très heureux au moins que le mauvais sujet se soit fait sauter la cervelle; il s'est rendu justice. 11 aurait déshonoré sa famille, il s'est tué à temps. Celte famille-là a un bonheur insolentl... M — Grand Dieu! qui me rendra mes beaux jours d'autrefois? C'est une infâme, me dites-vous? Toutes les femmes en sont là. Elle ne t'aimait guère? Donnez-m'en donc qui m'aiment davantage et qui me conviennent. Elle :. ' ' ' ' n de son sexe; mais elle a, de plus que !• a, une grâce enchan-
teresse, un talent divin, de l'originalité dans l'esprit, une laille de guêpe, des yeux qui vous disent tout ce qu'ils veulent el qui parlent souvent si bien ! Et puis dans son ensemble une harmonie qui me va au cœur, autour d'elle, comme autour de nous l'air, une atmosphère lumineuse et toute parfumée... enfin je l'aime! et vous avez trouvé que cela ne suffisait pas, et vous avez prononcé mon nom avec un gros soupir el l'accompagnement oblio^é d'une mélancolique épilhète, et vous avez été cent fois plus ambitieux et plus difficiles que moi ; et parce qu'une femme vous a dit dans certains moments d'ennui, de crainte vague, qui les assiègent souvent : « Je veux partir », vous lui avez ouvert
loG ALFRED DE MUSSET
ma porte à moi, car elle n'était pas chez vous; et comme elle ne s'habillait pas assez vite, on est venu lui dire de s'apprêter aussitôt et de partir avant que je ne rentrasse. Elle avait lu dans vos yeux et sur vos visages que vous me trahissiez, celte femme! J'aurais presque compris cela, le premier jour, nous n'étions compromis ni l'un ni l'autre, mais après le voyage de Rouen, c'était absurde et sot au dernier point; puisque j'avais beaucoup risqué, ne fallait-il pas me laisser pour récompense ce que mon adresse et mon courage venaient de conquérir?
« Je vois maintenant à quelle distance je suis de ce rivage si tranquille et si bonhomme. C'est la rivière de Bury, à côté du Rhin, la forêt de Montmorency comparée à la Forêt-Noire. — Sur quel frêle esquif, grand Dieu, suis-je lancé dans la haute merl Qui me protégera dans cette grande tempête? — J'aurais cent fois plus de distractions, que je n'en serais pas moins malheureux. Ne vois-tu pas que le souvenir d'un chagrin même passé, d'une peine qui s'efface, anéantit et réduit à rien l'effet de mille biens? Ah! quand le cœur agonise, ce ne sont pas des facilités qui lui rendent un peu de vie et qui lui ôtent l'amertume qui le remplit sans cesse et les ennemis qui le dévorent. Tâche, mon ami, d'adoucir un peu mes peines. 11 t'est facile d'essuyer mes larmes. Prends mon affaire à cœur, arrange-toi pour arriver jusqu'à elle et tâciie de deviner ce qu'il y a dans les replis les plus cachés de l'âme de cet ange. Mais va, il ne me reste pas le plus petit levain de haine. Je pardonne à cette fée qui m'a touché du bout de sa baguette enchantée et me retient sous le charme comme l'Alcine d'Ariosle.
« Ce que je veux avant tout, c'est une foule de détails
sur elle. Il faut absolument que tu lui dises ou que tu lui fasses savoir combien je l'aime. Parle-moi aussi de mon père : il vend sans doute mes chevaux pour satisfaire sa très mesquine venî^eance. Tout cela vient se perdre dans un grand puits de douleur. Crois-tu qu'il y aurait imprudence à rerenir en France? Quand donc saurai-je ;\ quoi m'en tenir sur cela et sur tant d'autres choses?Quand le procès aura-t-il lieu? Quelles sont les personnes compromises? Comment donc Roe;'er(i) avait-il arrangé mon histoire? Je ne tiens pas le moins du monde à être réhabilité. Les gens qui m'aiment ne m'en aimeront pas moins. Quant aux autres, cela m'est égal. Dis au moins, pour sauver Tamour-propre de ton ami, que l'idée de revenir avec son mari a pu lui inspirer le coup de tète. Le fait est que je ne sais pas bien encore le fond de sa pensée, et bien habile celui qui y a pu jeter la sonde. Que devient mon faux bonhomme de beau-père? 11 nous B loua Jloues, le vieux renard, avec son air mouton. Est-elle sortie du couvent? Où loge-t-elle? Tu peux savoir tout cela, paie des hommes, s'il le faut, je te rembourserai à mon retour. Est-ce bien sûr qu'un mandat a été lancé contre moi? N'y a-t-il pas moyen de ne pas avoir de doute à cet égard? Temaux ne s'est-il pas laissé aller à une panique? Ecris-moi vite et ne crains pas de tourner dans le même cercle ; l'humanité ne fait pas autre chose depuis qu'elle est créée. Adieu, cher ami, repens-toi du mal que tu m'as fait et répare-le, si c'est encore possible.
« A toi de cœur,
« Alfred T. »
(1) Ro^rde Beauvoir.
I08 ALFRED DE UUSSET
« Que dit raon oncle Adolphe? lu ne me parles pas de Maria.
« Si c'est une vengeance, elle est bien plate; si c'est une arrière-pensée, c'est bien malentendu, bien maladroit et je ne vous en sais aucun gré. Mon Dieu, mes amis, excusez-moi si je vous ai dit des choses dures : je souffre tellement et si bien par votre faute que vous devez être indulgents. Pardonnez-moi comme je vous pardonne si vous me parlez d'elle, si vous pouvez savoir ce qu'elle est devenue et si vous me mettez à nu le fond de votre pensée pour que j'y puisse lire comme dans un livre. Ne me trompez plus, c'est si ennuyeux de faire toujours la même chose ! Croyezvous que je pourrai la revoir bientôt? A-t-elle quitté Paris? Quelqu'un a-t-il pu arriver jusqu'à elle et lui dire que je l'aimais éperdumenl? C'est bien le moins qu'elle sache que je ne songe qu'à elle. Gomment voulez-vous qu'elle pense à moi si personne ne prend ma défense, si pas une voix amie ne lui dit : <» Il ne t'oublie pas. » Quand vous devriez le lui écrire, écrivezle. Vous avez bien trouvé des moyens pour me la voler, il vous en viendra d'autres pour me la rendre. Adieu, cher ami, je t'aime et t'embrasse.
« A toi.
« Alfred T. (i). »
Il n'y a pas besoin d être grand clerc pour deviner que Tattet avait enlevé une femme mariée et se trouvait de ce chef sous le coup des poursuites judiciaires. De ces poursuites il n'avait au fond que médiocrement cure, sachant que tout le monde, parents et amis, s'employait pour arranger l'affaire. Mais il ne
(i) Lettre inédite.
L AMI log
pouvait se résii^ner à ne plus voir l'objet de son amour et il en écrivait à tous ses compaj^nons de plaisir, même à Musset qui, comme fiche de consolation, lui répondait en ces termes, le 9 juillet suivant:
« Votre lettre, mon cher Alfred, est arrivée comme je n'étais pas à Paris, ce qui fait que ma réponse est en relard de quelques jours. Pour répondre d'abord à votre question sur ce qui regarde Madame... je crois que ce que je peux vous dire de mieux, c'est qu'il y a tantôt huit ou neuf mois que j'étais où vous ôtes, passant la journée à maudire le plus beau, le plus bleu ciel du monde et toutes les verdures possibles. Jedessinais de mémoire le portrait de mon infidèle (i); je vivais d'ennuis, de cii^ares et de pertes à la roulette. Jecroyaisquec'en était fait de moi pour toujours, que je n'en reviendrais pas. Hélas! hélas! comme j'en siii<; revenu! comme les cheveux m'ont repoussé sur i:i lèle, le courage dans le ventre, l'indifférence dans le coeur par-dessus le marché! Hélas 1 à mon retour, je me portais on ne peut mieux, si je vous disais que le bon temps, c'est peut-être celui où l'on est chauve, désolé et pleurant! Vous en viendrez-là, mon ami. Je vous plains aujourd'hui, bien sincèrement parce que vous souffrez. Quand vous serez çuéri, vous n'en serez pas fâché, soyez-en sûr. Tout ce qui fait vivre est bon et sain. Je vous promets de vous tenir au courant de tout ce que je pourrai savoir...
a Je travaille à force. Combien de temps comptezvous rester à Bade (2)? Adieu. Je suis à vous. <c Alfred ok Musset. »
(1) Georf:e Sand.
(3) Alfred de Musset était descendu à Bade, en i834. chez le cooseiUer Meismer.
Cette lettre réconfortante et rafraîchissante à la fois parvint à son adresse un peu trop tôt pour produire tout son effet, mais Tattet en reçut quelques jours après une autre d'Arvers, qui abondait dans le même sens et lui dessilla complètementles yeux. Nous n'avons pas la lettre d'Arvers, mais celle de Tattet nous suffit. Je la reproduis textuellement :
« Bade, 24 juillet! 835,
(( Oui, mon cher ami, tu es bien coupable et bien paresseux, mais je te pardonne de grand cœur en raison du service quetu m'as rendu. Vous êtes mes deux sauveurs, Henri et toi, et vous méritez que, jusqu'à la fin de ma vie, je vous appelle mes anges et que je baise le bout de vos ailes comme Voltaire dans ses lettres au comte d'Argental. Vous m'avez débarrassé de la plus grande salope qui fiit au monde, d'une rouée sans cœur. C'est la vraie prostituée de Babylone. — J'ai appris sur elle des infamies qui m'ont tout à coup changé en pierre comme dans la fable. Pourtant, il ne faut pas que je m'y fie encore. Je l'ai bercée si long-temps dans ma tête et mon cœur, je l'ai caressée avec tant de tendresse et d'amour,que la place qu'elle occupait en moi est chaude encore. Après cela est-ce sa faute ? Son cœur était-il encore susceptible d'épouser ce qu'il y a de grand et de bon dans l'amour ? N'en a-t-il pas déjà usé tous les ressorts ? Depuis six ans ne travaille-t-elle pas à se blaser sur tout ? Dans sa pauvre lêle, ne tâche-t-elle pas d'atteindre ce bel idéal qu'elle a rêvé sans doute, et qu'elle ne joindra jamais, et après lequel elle voudra toujours courir? Voilà mon tort; c'est dem'être adressé à une femme usée de cœur jusqu'à la corde, mais l'ai-jo cherchée, et est-ce bien ma faute si je n'ai pas lu dans ses beaux yeux qu'elle
n'avait rien au fond de l'âme ? Le proverbe italien a menti cette foiseltantd'autres !...Je n'avais pas assez réfléchi à quelque chose de bien vrai pourtant : c'est que les femmes qui ont eu beaucoupde liaisons ncsont plus aptes à aimer profondément. Elles ont semé en trop d'endroits la divine semence du Seigneur, elles ont répandu sur trop de tètes le parfum contenu dans leur cœur, et au moment d'avoir une passion durable, la force et la puissance leur manquent. Elles avaient complé sur des ressources qu'elles n'ont plus, elles croyaient qu'elles pourraient aimer longtemps parce qu'elles avaient aimé souvent^ et elles se trompaient. 11 y a dans toute àme humaine une certaine .somme de délicatesse et de sentiment qui, une fois dépensée, ne se retrouve plus. Au lieu d'en faire une seule et même gerbe, elle a distribué une à une les fleurs odorantes, elle en a paré bien des boutonnières, et quand le moment est venu de déposer aux pieds d'un homme tous les trésors de son cceur, elle l'a trouvé vide comme si la mort y avait passé.
« Mais c'est assez parler de cette femme dont je ne veux plus prononcer même le nom. Quant à mon système que tu blâmes et qui est maintenant ma seule joie et ma c^^nsolalion, je ne le quitterai pas avec des rosses pareilles. Je serais propre maintenant si j'avais toujours fait avec elle de l'amour sentimental. Elle m'aurait de même planté là, seulement un peu plus tôt ; et je n'aurais pas le plaisir de m'étre vengé par avance et par prescience. J'en serais pour mes frais de houlette et de bergeries, et c'est alors qu'elle ferait des gorges chaudes et qu'elle rirait de moi entre deux baiserSf comme nous l'apprend Alexandre le Grand, dit Dumas. Aussi je ne me repens de rien et ferais
112 ALFBED DK MUSSET
encore de même si, laissant le passé, il m'était donné de recommencer ce roman qui a de si curieux chapitres.
« Pour l'oublier tout à fait et revenir à Paris dans deux mois bien froid et bien réservé, je vais suivre l'itinéraire suivant qui aura sans doute ton approbation. De Bade à Stuttgard, Schaffouse, Constance, Ausi^bourg, Munich, je veux me rendre à Vienne par le Tyrol et la Styrie (Saltzbourg et Graetz); descendre le Danube jusqu'à Presbourg et Pesth en Hongrie, aller à Prague où j'assisterai peut-être au couronnement de l'empereur d'Autriche, puis à Carlsbad et Tœplilz; de là à Dresde, où je verrai ce cher Gabriel, Leipsik, BerHn et Hambourg, où je prendrai le bateau qui m'amènera à Amsterdam en 36 heures. VoilA le vovage que je viens de composer dans le silence du cabinet. Il est, je crois, bien complet, et j'en rapporterai une riche moisson de souvenirs. N'en parle pas encore chez mon père, parce que la crainte des dépenses qu'il occasionnera pourrait bien me couper les ai les. Je quitterai Bade, le 3 ou 4 août. Ecris-moi poste restante à Vienne et tâche de me donner des nouvelles de tout le monde. Hélas I je ne t'en demanderai plus de ce bon M. de Crupigny. Sa mort m'afflige beaucoup. C'était un de ces aimables vieillards si rares, à la répartie fine et à lamémoire toujours fidèle. Il manquera bien souvent à nos dîners d'hiver, et à ma bonne mère surtout à qui de temps en temps il tenait compagnie; as-tu quelques détails sur sa mort ? S'estil confessé? A-t-il rendu l'âme en philosophe, en déiste, comme il le disait toujours, ou bien a-t il failli comme tant d'autres? Serons-nous ses légataires universels au détriment de ses neveux et nièces et de sa gouvernante
l'ami 1 1 3
Sophie ? A qui revient son arsenal de pêche ? Dans quelles mains tomberont les armes de cet Achille du hameçon ?
« Je viens de recevoir cinq ou six lignes de Ternaux quime prometune longue lettre pour ces jours-ci. Dislui de me l'adresser à Vienne, poste restante, s'il a encore celle bonne idée-là. Avant de finir la mienne, il faut que je vous remercie tous les deux encore une fois. Pardonnez-moi h- usions qui m*ont échappé
dansia colèreet aimez-n ij ours. J'étais bien malade
(d'une vraie maladie honteuse que je croyais passée dans le sang et incurable) et je suis guéri maintenant. Merci mille fois, merci. Le malade fera honneur aux médecins. Adieu et tout à vous de cœur.
« Alfred T.
« Quand lu verras P. Foucher, demande-lui donc V'#^;/,'r'V», «tu'il a depuis rM»"»*" «''ftii^re. »
Le malade, etTeclivemenl, fil honneur à ses médo< C'est la dernière fois, à rau connaissance, qu'il lo: . ,. tète baissée dans les embûches de l'amour.Non, certes, qu'il eût renoncé tout d'un coup à Satan, à ses pompes et à ses œuvres ! Il eût fait ce serment à Bade, qu'il eût été incapable de le tenir à Paris. Le monde aurait cessé d'élre habitable pour ce gai compagnon, du jour où il n'aurait plus eu de chevaux à monter el de femmes à courir. Mais à partir de celle malheureuse équipée, il aima les femmes uniquement pour le plaisir, et l'amilié dévouée et fidèle eut dans son cœur et dans ses actes le pas sur l'amour. Cela ressort pour
,l/^ ALFRED DE MUSSET
moi de sa correspondance, qui est bien le tableau le plus étourdissant et plus sûr de la vie que, pendant vingt-cinq ans — de i83o à 1 855 — menèrent sur le boulevard les « lions » de la Bohême dorée qui avaient nom : Musset, Guttinguer, Roger de Beauvoir, d'Alton-Shée, Mosselmann, Chaudesaigues, Belgiojoso, le major Frazer,Tattet — voire Félix Arvers, que beaucoup seront étonnés de trouver en si joyeuse compagnie. Ce qui me frappe, en effet, dans la correspondance de Tattet, écrite d'une plume si vive, si avisée, si parisienne, c'est l'intérêt qu'il porte à ses amis qui sont dans les lettres, surtout à Arvers et Musset. Au milieu de ses dissipations les plus grandes, il a toujours un regard, un mot pour eux. De même ils n'ont qu'un signe à faire pour qu'il accoure se mettre à leur disposition. Je dirai plus loin quels furent ses rapports avec Arvers. On va voir tout de suite de quelle nature furent ses relations avec Musset.
Le i3 novembre iSSy, il écrivait à Guttinguer : « Musset a voulu absolument vos nouveaux sonnets. Je lui en ai donné un exemplaire... »
Et quelques jours après (8 décembre) :
« Musset est invisible. On ne le voit que dans les grandes joies ou dans les grandes douleurs. Ce n'est pas l'homme de la conversation intime et du coin du feu... »
Le 5 janvier i838 :
« J'ai dîné aujourd'hui avec Alfred, qui fait des vers en ce moment ; il adresse quelques questions à l'Etre suprême qui resteront sans doute sans réponse, du moins il n'y compte pas, même sous la forme de la fameuse statue de pierre. Il va donc porter à Dieu le père quelques bottes dont il ne mourra pas. mais qui
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pour tout autre qu'un immortel seraient fort embarrassantes (i). »
Au mois de septembre i83y :
n J'ai montré à Musset, il y a quinze jours, le chemin de fer de Versailles. Il ne l'avait jamais vu et en est revenu enthousiasmé. Il a dû faire un sonnet en son honneur. »
Vers le même temps :
« Cher ami, vous avez été bien bon et bien aimable de venir déjeuner à ma Caverne et de nous avoir apporté cette adorable humeur que vous avez dans vos bons jours. Musset, pour un homme qui s'était levé à 1 1 heures, était aussi passablement en train. Il m'a lu aujourd'hui deux ou trois pages admirables sur la différence qui existe entre le poète et le prosateur (a). Cela fera partie du Poète déchu qui sera fini Dieu sait quand (3). Nous aurons auparavant une espèce de conversation qui ne sera ni un roman dis-
(i) AllasioD «Dz strophes quitermioent la pièce intitaléc l'Espoir en Dieu :
Lorsque tant de choses sur terre Proclameot ta diTioité, Et semblent attester d'un père L'amour, la force et la bonté, Comment, sous la sainte lunuère* Voit-on des actes si hideux, Qu'ils font expirrr ta prière Sur les lèvres des ma!h'*urpux?
Pourquoi, dans ton ' l'esté.
Tant d'cli-ments si f ' :°d?
A quoi bon le crime n la prste ?
O Dieu juste! pourquoi la moKt
L'Espoir en Dieu ne porte aucune date dans les Poésies Nouvelles. La lettre de Tattet lui en donne une, et au point de vue bibliographique, cela n'est pas sans intérêt.
(3) Ce inori-'*n;i .t paru dans les Œuvres posthumes de Musset.
(3) Le Pn ne fut jamais terminé, par la faute de Paul de
Musset, qui : pas ce roman. (Cf. la Bibliographie d'Alfred
de Husset, p. 170. i
tingué, ni un proverbe sur les bals de l'Opéra, et qui rappellera peut-être la Nuit elle Moment ^àtCTéhWXon fils... »
Le 23 juillet i84i :
« Je n'ai pas vu Alfred depuis fort longtemps. Son grand travail consiste à savoir si, étendu dans son vaste fauteuil, il se décidera à mettre sur la cheminée sa jambe gauche plutôt que sa jambe droite. C'est, vous en conviendrez, fort important. »
Quelques jours plus tard :
« Je vous enverrai cette nouvelle d'Alfred, mais je vous préviens que c'est du dernier médiocre. J'aime mieux qu'il se taise que de parler ainsi. Celle de George Sand est commencée. Jusqu'à présent, c'est un Anglais qui a le beau rôle... (i). »
Au mois d'octobre i84a, il écrivait de Naplei à Arvers :
« On t'écrira peut-être de Châlons-sur-Marne au sujet de mon coupé que j'ai laissé là (2). Que la lettre du propriétaire de l'hôtel des Trois-Faisans ne t'étonne pas quand il t'apprendra que la voiture est partie pour Paris et envoyée quai Voltaire (I-i). J'ai donné l'adresse d'Alfred, ne sachant pas si tu étais de retour quand on me l'emmena. Je ne veux pas qu'on apprenne à la maison d'où elle arrive (4). »
A Guttinguer, au mois de février i843:
« Envoyez-moi donc mon Pierre le Noir y que je le finisse et m'explique pourquoi Musset y est allé trois fois; je ne vous écris que pour vous demander quel-
(i) Tous ces fragments ont paru dans notre Sainte-Beave, U I. Appendice.
(a) Il t'tail encore parti de Paris en bonne fortune.
(3) Où habitait Alfred de Musset.
(4) Lettre inédite.