‹ Alfred de Musset; documents inéditsChapitre 15 sur 32 · applaodiret vous savez plearcr · texte numérisé non relu

applaodiret vous savez plearcr

imiralion vons porte sur son aile, \ .... ...-. juste et bon, la divine étincelle

Eclate dans vos veux et brille dans les pleurs: C'est à ce signe-là qu'on connaît les meilleurs

(Fables *t Méditation*.)

ALFftED DE MUSSET

Qu'il est doux d'être au monde, et quel bien que la vie Tu le disais ce soir par un beau jour d'été. Tu le disais, ami, dans un site enchanté, Sur le plus vert coteau de la forêt chérie.

Nos chevaux, au soleil, foulaient l'herbe fleurie ; Et moi, silencieux, courant à ton côté, Je laissais au hasard flotter ma rêverie ; Mais dans le fond du cœur je me suis répété:

— Oui, la vie est un bien, la joie est une ivresse ; Il est doux d'en user sans crainte et sans soucis : Il est doux de fêter les dieux de la jeunesse,

De couronner de fleurs son verre et sa maîtresse, D'avoir vécu trente ans comme Dieu Va permis, Et, si jeunes encor, d'être de vieux amis.

Ces vers furent écrits à Bury, le lo août i838.

Si je publiais ici tous ceux qu'il y a composés, il me faudrait des pages et des pages. Bury n'était pas seulement pour Musset une maison de plaisirs, c'était aussi une maison de repos.

Quand il était fatigué, vidé, vanné, pour me servir d'expressions chères à la Bohême, il y accourait pour se refaire à l'ombre des grands arbres. C'est à Bury que s'envolèrent de son âme les stances désolées de Tristesse... Aussi lorsque Tattet quitta cette aimable vallée de Montmorency, pour se cacher dans la forêt de Fontainebleau, avec la femme qu'il n'épousa Jamais que de la main gauche, disant en manière d'excuse :

C'est un serpent doré qu'un anneau conjugal,

Musset en éprouva presque autant de chagrin que s'il l'avait perdu. Il est vrai que ce départ coïncidait avec la mort tragique du duc d'Orléans, qui l'avait plongé dans le deuil. Et l'année suivante, Tatlet,pour plus de tranquillité, ayant pris le parti do passer encore une fois la frontière, Musset, après avoir été

Tembrasser chez Guttinguer, lui dédia le beau sonnet que voici :

Ainsi, mon cher ami, vous allez donc partir ! Adieu ; laissez les sols blâmer votre folie. Quel que soit le chemin, quel ([uc soit l'avenir, Le seul guide en ce monde est la main d'une amie.

Vous me laissez pourtant bien seul, moi qui m'ennuie. Mais qn'iiiiMiit II- •' I.*. -.ii.iir de vous voir revenir •Me don ' (^oùLs de la vie.

Ce coui--, ,... . jusiste à vieillir.

Quelquefois rsrulrmcnt, près de votre maltreaae, So i'im coeur qui prouva sa noblesse

Mit vier d'or dont mou casque est armé ;

8ui vous a tout lit* ?;iu*tc et librement aimé, uns la " " ir de la Ijolle j'"«in«'"^sc.

Et qui ■ lit à (oui jamais formé.

17 mai 1843.

Qu'ajouter à ce touchant témoignage ? Je me souviens pourtant d'un trait qui fait encore plus d'honneur aux deux amis en cause. Le voici dans sa noble simplicité. Nous sommes au printemps de l'année 1867. Alfred Tatlet est mort d'une atta(|ue de goutte au mois de novembre précédent, et Musset sent venir sa fin. Un jour que sa gouvernante le grondait de je ne sais plus quelle imprudence : « Ne vous fâchez pas, lui répondit-il, ce sera peut-être la dernière; mon ami Tattet m'appelleet je crois que bientôt j'irai le rejoindre (l). M

Quand l'amitié se manifeste de cette façon poignante on devrait lui donner un autre nom, car elle est aussi tendre que l'amour.

(1) Souvenirs de M»« veuve Martelât, née Adèle Colin. — Alfred Tattet fut cQterré à Samois, près de Fontaioebleau et de sa propriété de ta Madeleine.

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