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La barque est proto et l.i • i-t déserte : viens-y. Mon âme est i l'étroit, mon cœur étoofTe ici ! 9
Et nous voilà poussant la barque avec les rames Vers l'île que toujours habiteront nos Ames Puisijue c'est là aue doit s'ouvrir notre tombeau. En deiLv coups d aviron nous étions hors de l'eau. Et nous allions tous deux, les pieds dans la rosée, Nous promener le long de la rive opposée. C'était au mois d'avril, le ciel était si bleu Qu'on voyait à travers passer l'ombre de Dieu. Derrière nous, la ville obscure et quasi nulle Nageait dans les vapeurs du premier crépuscule; Trancpiille, autour de nous, la Loire déroulait Nonchalamment ses eaux que la lune empcrlait Et qui reproduisaient, grâce à leur transparence. Les arbres des deux bords qui gardaient le silence. Car, pour ne pas troubler la glace du miroir. Les vents étaient tombés à l'approche du soir, El c'est à peine si, dans leur tendre murmure, Les saules balançaient leur flottante ramure.
Z'j6 ALFRED DB MUSSET
Devant nous s'élevait le coteau de Lire
Où du Bellay naquit, et qu'il a célébré
En des vers pleins de grâce et de mélancolie,
Du temps qu il regrettait la France en Italie.
Ce coteau, dont mon pied connaît tous les ravins,
Est gaîraent couronné de cinq ou six moulins
Qui, tournant au vent d'ouest, des meuniers font la joie.
Et ressemblent de loin à des oiseaux de proie.
Ils avaient, sur le soir, fermé, comme les vents,
Leurs ailes ; les meuniers, contrariés du temps,
Le bonnet de travers, carguaicnt toutes leurs toiles
Et s'en prenaient tout bas à l'éclat des étoiles.
Tel était le tableau qui s'otlrait à nos yeux :
Je n'en ai jamais vu de plus beau sous les cieux.
Après avoir erré longtemps et sans mot dire.
Tous deux au bord de l'eau qui semblait nous sourire,
Marie interrompit le pas et vint s'asseoir
Sur un tertre ombragé par un peuplier noir.
Alors on entendit dans l'air un dialogue,
Doux comme une élégie et frais conmie une é:;logue,
Et, comme s'il avait surpris notre ôme au vol.
Dans un arbre voisin chanta le rossignol,
Triste et laissant tomber sur nos fronts, goutte à goutte,
Les larmes de sa voix, car il pleurait sans doute.
Il disait dans sa langue adoraole : « Aimez-vous
Pour souflFrir et mourir, ji-uncs gens, jeunes fous !
Vos lèvres ont Téclat matinal de la rose.
Cueillez-y le baiser, c'est la plus douce chose.
Mais défendez-vous bien de bâtir quelque part,
Car la Mort viderait votre nid tôt ou tard.
Et ce n'est pas la peine, amour qui toujours niche,
De bâtir pour la Mort, elle est déjà trop riche I »
Et nous qui n'entendions rien à ce chant plaintif, Qui laissions l'eau couler et flotter notre esauif Et qui ne savions pas, hélns ! auc dans ses langes Le premier né de nous s'en irait chez les anges. Ni que l'affreuse Mort, en vidant son berceau, Descendrait le meilleur de nous dans son tombeau. Nous disions assez haut pour que Bulbul entende : « Aimons-nous, bâtissons, c'est Dieu (jui le commande. Puisque c'est grâce ù Dieu (]ue nous sommes unis, Les oiseaux dans les bois ont déjà fait leurs nids. Faisons le nôtre, et pour que jamais il n'en sorte Un seul de nos petits, fermons-en bien la porte.
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Aimons-nous, bâtissons, mais seulement pour nous : Quand on se montre heureux, l'on se fait des jaloux. Enfermons le bonheur dans notre maisonnette Et cela fait, tàchuus qu'il soit toujours honnête ; Le reste importe peu, car les biens de l'amour Sont les seuls d'ici-bas qui durent plus d'un jour, s
jV.--<! ,iu:^r.- «♦ l'iîseau, sombre et battant de l'aile, ' sa triste ritournelle.
Il Marie, il a quelque chagrin.
j ~ on sent au'il pleure à son refrain,
' > ainsi (lu'il chante d'ordinaire,
I incr la aoulcur d'une mère.
us de lui doucement, si tu veux, I içnera nous faire des aveux :
\ <ui une âme, et, sans qu'il y paraisse, I ' comme nous la voix qui les caresse. »