iir> le, ô Dieu toujours caché
r terre, un nid... mais déniché.
La uiucc ui- laun-ur était brûlante encore, Mais les oiseaux n'avaient pas eu le temps d'éclore. Car au fond du nid même un œuf était resté, Qui, broyé, témoignait de la méchanceté. Pauvre oiseau, nous savions le sujet de ses larmes. Et sa douleur pour nous en avait plus de charmes.
Quand elle eut pris le nid entre ses blanches mains,
^fr!^iey déposa deux baisers doux et fins,
l» l'iorant l'œu^TC vaine et pure de la mère,
El machinalement se mit à le défaire.
c Tiens, dit-elle, regarde : un morceau de papier
Entre ces brins de mousse et ce treillis d'osier...
Des vers I
— Fais-les moi voir !
— Non, laisse-moi les lire.
— Quoi ! des vers dans un nid, mi|rnonne, tu veux rire l
— Eh bien, que vois-tu donc de si drôh à cela ? Si tu n'y veux pas croire, écoute, les voilà :
FilU de la doalear, harmonie, harmonie,
tangue que pour F amour inventa le génie.
Qui nous oint d'Italie et qui lai oint des deux!
Douce langue du cœar, la seule otï la pensée. Cette vierge craintive et d'une ombre offensée Passe en gardant son voile et sans craindre lesi/euar. Qui sait ce qu'an enfant peut entendre et peut dire De tes concerts divins nés de l'air qu'il respire. Tristes comme son cœur et purs comme sa voix \* On surprend un regard, une larme qui coale, Le reste est un mystère ignoré de la foule. Comme celai det /lots, de la nuit et des bois!
Et moi qui soupçomiais une plaisanterie,
Comme, pour m'intriguer, parfois en fait Marie,
Je vous laisse à penser si je restai moqueur,
Ouand elle lut ces vers que je savais par cœur.
Comment se trouvaient^ils ici ? par quel miracle
Musset avait-il nris un nid pour tabernacle ?
Klnit-cc un écolier qui les avait laissés
Sous un saule, où 1 oiseau les avait ramasses?
Ou bien le rossiçnol, sous sa capuce brune,
Avait-il pénétre de nuit, au clair de lune,
Dans une chambre seule, et sur un guéridon
Kavi la page au livre ouvert à l'abandon ?
Mystère! — Je sais bien que longtemps nous pleurâmes.
Que ces vers-là depuis sont restes dans nos Ames,
El que le lendemaiu, dans le fond de nos cœurs,
Le rossignol chantait encore ses malheurs.
O Musset, pensais-tu, quand ta Musc en délire
Te dictait ces beaux vers aux accords de sa lyre,
Et que ton front, sacré par la sainte onction,
Ruisselait sous les feux de l'inspiration ;
Pensais-tu que ces vers écrits pour ta mialtresse
Et qui charment notre âme, aux heures de tristesse,
Gomme une chère image ou le chant du pays,
Quand on a le bonheur de les avoir appris,
Que ces vers, échappés des lèvres de ta blonde,
Courraient dans un naiser sur l'un et l'autre monde,
Et qu'après avoir fait, l'été comme l'hiver.
Le voyage du ciel et celui de la mer.
Ils viendraient, fatigués de leur course étemelle,
Dormir, pauvres oiseaux, au nid de Philomèle ?
O Musset, pensais-tn qu'un jour le rossignol, ï*our thème de ses chants prendrait les tiens au vol. Que lors(ju'il monterait ou descendrait sa gamme, On entendrait chanter les soupirs de ton Àmc, Et qu'un soir en rêvant un couple d'amoureux
APPKNDICK 379
Lea trouverait au nid à la place des œufs !
Non, lu ne neosais pas, aux genoux de Lucie,
L<irs<jue tu iVmbrassais encor pleine de vie.
Hue les vers immortels, — étrangeté du sort î —
Ucviendraienl pour l'amour le psaume de la mort.
Tu lui disais tout bas, pour qu'elle seule entende :
« Ainioiis-nous, voici I heure, et Dieu nous le commande,
ï*uis<]ue c'est grAce à Dieu que nous sommes unis;
Les oiseaux dans les Iwis ont déjà fait leurs nids,
Ouvre, en fermant les yeux, tes deux lèvres de rose,
El mes It.iisfrs reçus, rends-les moi, si tu l'ose. »
Klli' te rrpondnit : a Mon âme s'ouvre à toi,
lu mes yeux sont fermés, Alfred, embrasse-moi !
M<is ta main sur mon ccrur, sens-tu comme il palpite?
!'•':! t|iii, sinon pour toi, battrait-il aussi vile?
V iciis dune, mais parlons bas, si quelqu'un écoulait ! »
Et pendant ce temps-là le rossignol chantait.
LÉON sécné.
[Nantes, mai i8j5.)