XII PRÉFACE
A dix-neuf ans, on mit Adèle en condition chez une dame malade; sa jeunesse pensive ne bouda point cet austère office. Cet être de robuste santé aimait à s'empresser autour des affligés et des débiles ; F esprit porté à r observation des maux Immains, elle s ingéniait à découvrir des remèdes dont un secret instinct lui dévoilait les curatives vertus; point frivole, recluse volontaire, elle se plaisait en la chambre des malades où la vigilance a la fidélité sans éclat et la douceur de la veilleuse. Elle y trouvait le développement normal de ces qualités natives, f attention soutenue dans r humilité de la tâche que rien ne rebute, le dévouement cordial et l' attachement candide.
Elle entra à vingt-deux ans chez une dame d'honneur de la reine Hortense, M°"' Mazuyer, qui estimait le sérieux de son esprit et son sens exact de la mesure .
Une sœur de cette dame, M^"^ de Franqueville, remmena à Paris où, sur sa recommandation, Adèle Colin entra chez la princesse de Salm-Kyrbourg, qu'elle suivit en Allemagne.
Elle revint à Paris où elle s employa dans une chambre du sixième à d obscurs travaux, près^ de sa sœur. Af""" de Musset senquit dune ouvrière à la journée. On lui désigna Adèle Colin, sage et laborieuse, assujettie à sa tâche dans le silence et le recueillement.
HREFACE XIII
Elle se présenta, fut agréée. Elle était discrète et bien stylée, elle plut. M"° de Musset avait conservé les nobles traditions qui faisaient les domestiques loyaux et fidèles; elle l'admit, lors quelle était seule, à partager, à sa table, son repas. Paul et Alfred ne s'étonnèrent point de cette compagnie.
Alfred tomba malade ; M"*' de Musset étant seule, Adèle Colin, sans quon F en priât, donna au poète les soins nécessaires. Elle raisonnait à propos dans ces grands troubles, et froidement. Elle savait tuer son propre sommeil pour veiller sur celui d' autrui. Elle était maternelle à ces pauvres enfants capricieux que sont les malades. El le avait, en plus, le pouvoir que la nature donne aux êtres calmes, doux et pondérés : sa main, posée sur les fronts en feu, avait la magie dun charme apaisant. Musset, dans ses crises, bercé par elle, dormait. Elle devint indispensable auprès de ce malade fantasque, à la fois brusque et tendre, qui la gour mandait, agacé par ses fièvres, et se reprenait avec le gentil tutoiement de ï enfant câlin qui revient à sa nourrice. Il avait deviné son fin bon sens et pesé à son poids sa rare fidélité. Il lui confia la garde de sa vie, lui donna f autorité sermonneuse des vieilles gouvernantes, et, à la réflexion, il en estima la justesse, le tact et fàpropos.