‹ Alfred de Musset intimeChapitre 20 sur 30 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

M. Ulric Guttinguer, d'origine normande, était un ami de jeunesse de M. de Musset. Bien que beaucoup plus âgé que lui, il avait les mêmes idées sur bien des choses. Il écrivait dans la Gazette de France. Après la mort du poète, il me vint à l'idée d'aller le voir dans son hôtel de la rue de Gourcelles.

Il me reçut comme si j'avais été de la famille.

Il me demanda de retourner le voir et, naturellement, nous avions toujours le même sujet de conversation. Quand j'allais là, je ne pouvais plus en sortir; nous avions toujours quelque chose de nouveau à nous rappeler, lui, ses souvenirs de jeunesse, et moi, des choses plus récentes qui l'intéressaient infiniment.

J'en écrivis à M""* de Musset qui fut bien heureuse de se mettre en rapport avec lui pour différentes choses : rectifications que nous avions à

faire et auxquelles on donnait le plus de publicité possible. M"' de Musset m'indiquait ce qu'il fallait lui demander. Je m'empressais de le lui communiquer.

M. Guttinguer eut du chagrin quand il fallut quitter son charmant petit hôtel au moment où on vint à continuer le boulevard Malesherbes.

M. de Musset lui avait adressé des vers.

M. Guttinguer avait fait la critique de l'article de Lamartine qui m'avait fait tant de chagrin, il en était indigné. Il fut plus calme, après la lettre de réponse de M. Paul qui parut dans la Revue des Deux Mondes.

La réponse à Elle et Lui par M. Paul, lui lut agréable. Il me demanda ce que je savais du voyage à Venise. Je n'en connaissais que ce que J'avais entendu dire par M. de Musset.

Il blâma aussi Louise Colet, qui a écrit Lui. C'était une femme q\ie mon cher poète avait eu le malheur de rencontrer et qui lui infligea un autre genre de torture que George Sand dont on a tant parlé. Tontes deux se sont acharnées après lui quand il ne pouvait plus leur répondre ; que Dieu leur pardonne !

Chez M. Guttinguer, je pleurais en racontant les derniei's jours du poète.

M. ( lutlin^niei- me dit :

— Musset a. dans Porlia, de beaux vers, «pu prouvent qu'il ne croyait pas qui! pût êtie i)leurr si longtemps.

Voici ces vers :

Quel homme fut jamais si grand, qu'il se pût croire Certain, ayant vécu, d'avoir une mémoire Où son souvenir, jeune et bravant le trépas, Pût revivre une vie et ne s'éteindre pas? Les larmes d'ici-bas ne sont qu'une rosée Dont un matin au plus la terre est arrosée. Que la brise secoue, et que boit le soleil ; Puis l'oubli vient au cœur, comme aux yeux le som-

[meiL

Je racontai à M. Guttinguer que M. de Musset aimait la musique, que souvent il restait chez lui quand une dame qui demeurait à l'étage au-dessus de lui jouait du piano. Il me faisait écouter, s'asseyant lui-même, et ravi :

— C'est le Roi des A ulnes et divinement exécuté.

Aussitôt M. Guttinguer alla à son piano et joua le Roi des Aulnes que je reconnus immédiatement. Je pleurai encore à ce souvenir.

M. Guttinguer me raconta le sujet de cette musique que je trouvai tout à fait en rapport avec ce que j'avais éprouvé.

De Monsieur Guttinguer

C'est par le nom de Musset que nous commençonsaujourd'hui nos impressions. On comprendra cette récidive quand on saura que nous en devons le besoin au livre de M. P. de M..., dont le Magasin

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