‹ Alfred de Musset intimeChapitre 6 sur 30 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

toiletlo restée discrète et quon devine soignée, la hauteur sobre de son accueil, la nuance choisie de 1 expression qui trahit non des études — les siennes furent incomplètes — mais un long commerce d'intelligence sans pédanterie avec les livres, sont les traits qui, en elle, évoquent moins la vulgaire et libre La for est quune M"* Geolfrin qui aurait été servante.

Sur sa table, à portée de ses doigts, sont ses notes manuscrites et les quelques autographes quelle a pu sauver, après la catastrophe du Panama, du naufrage de ses biens. En ordre, méticuleusenient classées dans des enveloppes bleues, sont les fiches de ses souvenirs et ses reliques : papiers jaunis aux plis usés, si souvent lus, si souvent touchés d'une main dévotieuse...

fSest un croquis tracé dans la fièvre et décelant les visions de f halluciné, f image grimaçante du tentateur sous les traits cTEIle; ce sont des stances improvisées qui portent sa vraie signature ; fessai de sa plume an bas de la page, avant qu'elle remonte au sommet écrire, et parfois sans rature, le poème dont il était gros. Ce sont les comptes du ménage, de ce petit ménage dont la dépense était fixée à sept francs par jour- ; il en coûte vingt sous de plus si M. do Musse/, qui fst toujours magnili(jui\ aini'iK', nu ami à d/ner. Il ne dédaigne pas (feu faire les additions, m célibataire scrupuleux

PREFACE Xr

de ne point laisser de dettes lui Japper aux chausses. Plus navrantes sont ces affres des heures suprêmes ; le reçu pour Charpentier, car il a dit : a II te faut de Tardent, Adèle, tu ^n aurais pas même de quoi me faire enterrer. »

Et ce dernier jour de sa vie, seul avec la femme qui, à son chevet de moribond, représenté f affection et la tendresse, sourd, la parole avare, il n'a plus que le geste épuisé et las. Veut-il manger ? Adèle trace sur un papier quelconque, qui se trouve être une convocation pour une séance académique, le projet du repas ; il lit, prend la plume, et écrit au-dessous trois mots à peine lisibles, signes défaillants d'une volonté qui « chancelle et s'abat ». .

Fille d'un forgeron de Bourand, dans le Jura, industrieux plébéien qui avait lui-même façonné son outillage, Adèle fut de bonne heure orpheline.

Dans la maison en deuil, elle remplaça la mère partie, et, à la forge, tint f emploi d'un ouvrier forgeron, vaillante à la besogne. C'était au temps des roulïers, avant les chemins de fer. Lorsque la centralisation eut porté au foyer rural un coup funeste, les premières atteintes de cette métamorphose se firent sentir à la forge de Bourand; le travail fut plus rare quand les débouchés furent plus nombreux.

XII PREFACK

A dix-neuf ans, on m if Adèle en condition chez une dame malade; sa jeunesse pensive ne bouda point cet austère office. Cet être de robuste santé aimait à s'empresser autour des affligés et des débiles : f esprit porté à l'observation des maux humains, elle s'ingéniait à découvrir des remèdes dont un secret instinct lui dévoilait les curatives vertus; point frivole, reclure volontaire, elle se plaisait en la chambre des malades où la vigilance a la fidélité sans éclat et la douceur de la veilleuse. Elle y trouvait le développement normal de ces qualités natives, F attention soutenue dans l'humilité de la tâche que rien ne rebute, le dévouement cordial et l'attachement candide.

Elle entra à vingt-deux ans chez une dame d'honneur de la reine Hortense, M""" Mazuyer, qui estimait le sérieux de son esprit et son sens exact de la mesure.

Une sœur de cette dame, M"" de Franqueville, l'emmena à Paris où, sur sa recommandation, Adèle Colin entra chez la princesse de Salm-Kyrbourg, qu'elle suivit en Allemagne.

Elle revint à Paris où elle s employa dans une chambre du sixième à d'obscurs travaux, près de sa sœur. M"'" de Musset s'enquit d'une ouvrière à la journée. On lui désigna Adèle Colin, sage et laborieuse, assujettie à sa tâche dans le silence et le recueillement.

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