SES 01\X
de Becker, dans Lesquels, en si peu de mots, se trouvaient tant d'insultes à la France, il fronça quelque poule sourcil; mais, en prenant lecture de la réponse, il le fronça l»ien davantage. Sans doute, il aurait approuvé le sentiment qui avait inspiré la Marseillaise de Ui Paix, si ce morceau eût paru isolément. Convier tous les hommes à se donner la main, sans distinction de races, de noms et <le Frontières, rien de plus légitime; cette thèse philosophique en valait bien une autre; mais répondre à une provocation insolente en tendant les mains au provocateur, c'était mal choisir le moment. Alfred de Musset comprit la chose ainsi, et, comme la Marseillaise de la paix ne répondait pas, selon lui, à la chanson de Becker, l'envie le prit de faire la réponse. A mesure que nous en causions, tout en déjeunant, son visage s'animait, le feu lui montait aux oreilles ; enfin il donna un coup de poing mit la table, rentra dans sa chambre et s'y enferma. Deux heures après il en sortit pour nous réciter If Rhin allemand (1). »
li) Biographie d'Alfred de .Vuss t. p. 968.
O ut à fait ainsi que Mm" de. Girardin a raco::!é la chose :
Le 0 juin l84l, le Rhin allemand paraissait dans la Presse, en m< me temps que dans la Revue de Paris, et M0"1 de Girardin, par la plume du Vicomte de Launay, faisait pr.'cédcr cette pièce du commentaire suivant :
asoir lu la Marteillaitê de la Paix, devant un auditoire dYIi^e où se trouvaient Théophile Gautier et Alfred de .Musset, elle dit: 1 beau, mais c'est trop généreux. J'aurais voulu qu'on di't des chos- - .les à ce monsieur .Becker). Nous autres femmes nous
n'entendons rien à ces beaux sentimens humanitaires; nous sommes, en toutes choses, orgueilleuses, vindicatives, passionnées, jalouses ; c'est là notre seul mérite, nous ne saurions y renoncer, pour ma part je professe un é{ onal féroce, j'en conviens, j'ai le préjuge de la patrie et j'aurais 'pondre à cet Allemand des vers cruels. — Moi ■■■ red île Mun><h.
« Faites-le donc vite, reprirent en chœur h Estants. — Venez
sur la terrasse, nous allons vous enfermer dans le jardin ; nous vous donnons un quart d'heure.
« On ferma la porte du salon derrière lui, et le jeune poète al
ALFHED DE MUSSET
Et quand cette chanson railleuse et si française eut paru dans la Presse et la Revue de Paris, elle courut partout comme un cri de guerre et fit vibrer toutes les âmes, à commencer par le duc d'Orléans, qui « envoya, sous main, ses compliments à l'auteur (i) ».
Je reviens à Joachim du Bellay, car je n'ai pas fini de les comparer l'un à l'autre.
On a dit que le vers de Musset était un vers-dandy. On pourrait dire de celui de J. du Bellay que c'était un vers-gentilhomme, ce qui dans l'espèce est la même chose. Ils ont, en effet, la même tournure, le même négligé, la même élégance et par endroits les mêmes cris (2). Cela frappe surtout dans le sonnet, où Musset
firomener dans le jardin. On lui avait donné ce qu'il fallait pour travailer, — du papier, des plumes et de l'encre? Fi donc! on lui avait donné deux cigares. Au bout d'un quart d'heure, il frappa à la porte, on lui ouvrit : les cigares étaient consommés, les vers réunis, les voici, s
Cette anecdote est vraiment amusante; par malheur elle est démentie par Mrac de Girardin elle-même qui s'est tout bonnement moquée du. public en la mettant en circulation. Voici, en effet, ce qu'elle écrivait à Lamartine, le 2 juin 1 84 ' . c'est-à-dire quatre jours avant :
« Je ne comprends pas que, si malade et désolé, vous ayez encore des inspirations si admirables : ces vers qui me désolent sont bien beaux. Je les ai relus ce matin avec Théophile Gautier. Il en était enchanté, et ce soir j'ai vu Altred de Musset qui les savait par cœur.// m'en a apporté de très jolis sur le même sujet. Ils sont railleurs et insolents. Lui, m'a priée de les publier; lui, me les a donnés pour la Presse. 11 ne devinait pas tout, le chagrin qu'il me faisait en me les apportant... » (Lettres à Lamartine, p. 182.)
Conclusion : si, le 2 juîd, Musset avait apporté les vers du Rhin allemand à Mmu de Girardin, il ne pouvait pas les improviser chez elle le 4 ou le 5, dans les circonstances qu'on vient de lire. Fiez-vous donc, après cela, aux Lettres parisiennes du Vicomte de Launay !
(1) Biographie ci' Alfred de Musset, p. 2G8.
(2) Exemple : voici des vers de J. du Bellay :
Si les larmes servaient de remède au malheur !
ses oiuai ag
: ait surpassé, s'il l'avaii cultivé à loisir. De tous
mnettistes de marque du \i.\" siècle, il esl le seul
qui ;iit su donner à ce petil poème le tour vif et leste
qu'il a sous la plume do vieux poète angevin. Sainte-
m le restaura, <mi le voyant négligé de nos deux grands lyriques (i), l'a traité à la manière des laxistes, lly amis une âme malade, un sentiment presque toujours triste ou douloureux. Musset, lui, n'a
.1 qu'un sonnet à proprement parler méditatif et qui rappelle la manière d'Arvers. C'est celui qui commence ainsi :
irle plus possible et B'aîmer seulement.
autres sont pimpants, légers, railleurs et
vont d'une telle allure — munie quand ils contiennent
une pointe de mélancolie — qu'ils paraissent n'avoir
le nom! voulu. Et comme rythme ils
sont d'une variété, d'une souplesse étonnantes. De
Fm des arts, des armi lois,
du lail de ta mamelle, . comme un agneau que sa nourrice appelle, Je remplis de ton nom, les antres et les bois!...
(Les Regrets.) En toIcî maintenant d'Alfred d>* Mm Les .'ui'irir ont i ■
Pour vivre et pour sentir l'homme a besoin de pleurs.
[La Nail d'octobre.)
, à mère des arls, t.-rre d'idolâtl
i /.- .s- Vœux ttériles.) ■ mon beau pays! .i';i> <'•'■ pins d'un outrage barmomeux lau
. doux qu'à le ]iir!i-r
ai un sourire. . .
.M..-rr ii'- ma nourrice <-t ma mère,
Me pardonneras-tuf Serai-je difj
>us mes doi::is vibrer la harpe d'or?
Rafaël.) inpja Lie, en effet, que Lamartine et Victor Hugo n'ont fait de sonnets.
Co ALFRED DE MUSSET
Heredia, qui n'aimait pas Musset, le trouvant trop facile, n'admettait pas la fantaisie dans la disposition des vers du dernier tercet. Comme la plupart des poètes du xvie siècle, Joachim en tète, il faisait rimer tantôt le deuxième vers et tantôt le troisième avec le dernier du premier tercet (i). Musset, qui ne pouvait se plier à aucune règle, s'amusait parfois, à l'imitation de Pétrarque, à faire ses tercets sur deux rimes (2) ou à leur mettre la tête en bas, comme dans le sonnet qu'il dédia au roi après l'attentat de Meunier :
Mais sois prudent, Philippe, et songe à ta patrie. Ta pensée est son bien, ton corps son bouclier, Sur toi, comme sur elle, il est temps de veiller.
Ferme un immense abîme et conserve ta vie. Défendons-nous ensemble, et laissons-nous le temps De vieillir, toi pour nous, et nous pour tes enfants.
Cette noie grave, s'échappant d'un si petit cadre, va nous servir de transition pour étudier la seconde manière de Musset, car il en eut deux, tout comme Joachim. J'ajouterai qu'ils enchantèrent l'un etlautre sous l'empire des mêmes circonstances, et que c'est par là qu'ils se ressemblent comme deux frères.
Dans la première manière ils étaient tous deux purement livresques. L'Olive et les Contes d'Espagne et d'Italie n'étaient que des imitations plus ou moins réussies des poètes italiens de l'école de Pétrarque et
(1) Exemple :
Pourquoi donc, de quel droit, le connaissant à peine,
Est-ce que je m'arrête et ne puis faire un pas.
Apprenant que sa fille est morte dans ses bras ?
Je ne sais. — Dieu le sait ! Dans la pauvre âme humaine,
La meilleure pensée est toujours incertaine,
Mais une larme coule et ne se trompe pas.
(Sonnet à Régnier sur la mort de sa fille. ) (a) Encore Joachim ne s'est-il assujetti à cette sorte de règle que postérieurement au recueil de l'Olive.
inls Ci
de la Renaissance. Mais dèsqu'ils passèrent lesmonis pour aller, celui-ci à Rome, et celui-là à Venise, la
source cachée qui était en eux jaillit en vers admira- - et (jui ne devaient rien à personne. Il semble que ivait prévu ce beau miracle quand il disait, en son ami Ed >uar ! t] :
Tu le frappais le front en lisant Lamartine)
. tu pâlissj ;■ maudit j
Le frisson 1 [ne,
Tombant dans ta poitrine.
traversant la nuit :
Ah ! frappe-toi le i là qu'es! le génie,
îtié, la sou l'amour ;
de la vie,
Qu viendra, jailliront quelque jour.
à ton insu déjà bouillonnent-elles, laves du volcan, dans les pleurs de tes yeux Tu ; les hirond
lili-s
un oiseau dans les cieux.
Ah ! ta sauras alors ce que vaut la par.
ix voisins tu v< Lu1.' . ton front est encor sans tristesse,
A!: 'auraient qu'à s'ouvrir !
inliments qui, sur le cœur de Joacliim et de Musset, jouèrent le rôle décisif de la 1e. Chez le premier, ce fut le regret de la patrie, le second, le tourment, la
folie de l'amour. La Lettre à Lam irtine et les Nuits •ont incontestablement les filles naturelles desRegrrets, mentes des Médit qui en sont le prolong-e-
menî. A partir d asset, de brisé à
iplit sa mesure d'un
seul jet et, tout en gardant sa couleur romantique, atteignit la perfection de la forme racinienne. Je dis bien racinienne. Car J. du Bellay n'est, en somme, qu'un Racine avant la lettre, comme Lamartine, suivant l'heureuse expression de Victor Hugo, n'est qu'un Racine réussi.
Voilà ce que personne n'avait encore remarqué. Et je n'ai pas tout dit. Alfred de Musset, pour qui l'observe attentivement, offre encore plus d'un point de ressemblance avec Joachim du Bellay. Ils ont beau rire et se moquer, leur vrai fonds poétique à tous les deux est plutôt sentimental, aussi n'est-ce qu'exceptionnellement et par occasion qu'ils font vibrer la corde satirique. Joachim n'a guère fait que deux satires dans sa vie, encore ne les a-t-on publiées de son vivant que sous le voile de l'anonyme. La première, qui fut le Poète Courtisan, était pour venger Ronsard et la Pléiade des sarcasmes de Meliin de Saint-Gelays. La seconde, qui avait pour titre Sur un nouveau moyen de faire son profit de l'étude des lettres, était la traduction pure et simple d'une épître latine où Turnèbe dénonçait l'imposture de Pierre Paschal. Je laisse de côté les sonnets des Regrets qui visent la Cour de Rome, parce que là c'est le chagrin qui le rend si morose, et que, dans ces petits tableaux pris sur le vif, la satire ne contient aucune offense personnelle. — Alfred de Musset, lui non plus, n'a aucun goût pour la satire, où cependant il eût excellé, s'il l'avait voulu. En 1842, lorsqu'il eut publié son Epître sur la paresse et le morceau intitulé Après fine lecture, son ami Tattet lui écrivit pour l'engager à suivre cette veine qui venait de lui procurer deux succès éclatants. Il lui répondit :
n cher, Dieu o pcil oar trois mots de critique,
-, quoiquoa j . 1 1 î .- ^ ■ • en douter, er.
Je puis bien, je le crois, sans crainte et sans envie, Lorsque je vois lombtr la muse vanouie
1er, en passant, ma plume -mus le ne Mais censurer les sots, que le ciel m'es
Dtirais la chaleur et la verve, oqueur,
ai m'en < tir.
Et puisque noussommes en veine de comparaisons,
ne quittons pas du Bellay et Musset sans montrer
tout ce qu'ils avaient de commun par ailleurs. Ceux
qui ont fréquenté le poète de Rolla s'accordent à
nnaître qu'il n'avait qu'une fierté : non pas celle
son talent, dont il faisait peu de cas dans la con-
ation, mais celle de sou nom.de son lilason, de
fil eût pu dire avec Alfred de
- miens plongeant mes pas nocturnes, ut leur vieille loi.
1rs urnes le flanc d de chaque roi.
A [»ine une étincelle a celui dans leur cendre,
vain mie d'eux jeendre;
cendront de moi (ij.
doute, dit d'Ail Mémoires It. I. p. ioq),
et avait conscience ci'- do d'auteur
a se produire, à faire montre de ses ouvra-
t'endant deux ans, nous voyant presque chaque jour, il ne m'avait
e il s'était i ir travailler, étant allé eliez lui uvecTattet, i lut une partie d< uns un fauteuil . De cette modestie
;re, doit-<>n conclure qu'il él : de vanité? Rien ne serait
rit personnelle, et nobiliaire. » Ce Inné par M"" A r, au
t. M, de OCl ilre sur cette comédienne.) — Etje re
que qu'en iH.'/j, lorsqu il se rendit à Bade pour achever de guérir du mal d il se tit in» r re à I b nom de '•
nts inédits sur Alfred de Musset, p. 77.)
64 ALKUED DE MUSSET
Joachim du Bellay aussi avait cette insouciance et cette fierté. 11 avait beau avoir pris pour devise : Cœlo Musa beat, et chanter son « los » à la mode du temps, il aurait donné volontiers toute sa gloire pour les lauriers diplomatiques du cardinal et les lauriers militaires du grand Langey, ses cousins.
Cet orgueil du nom les rendait quelquefois très désagréables dans leurs rapports avec leurs camarades.
— Vous êtes comte et pair de France, disait un jour Alfred de Musset à d'Alton-Shée ; pourtant je parie que vous êtes moins ancien gentilhomme que moi (i) !
Et quand Alfred Tattet quitta Paris pour aller s'enterrer à Fontainebleau, on sait en quels termes le poète lui fit ses adieux :
Ainsi, mon cher ami, vous allez donc partir !
Quelquefois seulement près de votre maîtresse, Souvenez-vous d'un cœur qui prouva sa noblesse Mieux que Véperoier d'or dont son casque est armé.
Cela ne les empêchait pas d'être très dévoués et très fidèles à leurs amis et à leurs protecteurs (2). Au nombre de ces derniers, mais avant tout autre, ils comptaient et faisaient passer, du Bellay — la princesse Marguerite, Alfred de Musset — le duc d'Orléans. Leur perte inattendue leur arracha les mêmes larmes et le même gémissement. Quand Marguerite partit pour la Savoie à la suite de son mariage,
(1) Mémoires de d'Alton-Shée, t. I, p. 109.
(2) Tout ce que j'ay de bon, tout ce qu'en moy je prise, C'est d'estre comme toy, sans fraude et sans feintise, D'estre bon compagnon, d'estre à la bonne foy,
Et d'estre, mon Ronsard, demy-sourd comme toy. (J. du Bellay : Hymne de la surdité.)
SES ORIGINES OÔ
Joachim écrivit à Jean de Morel, son confident de toutes les heures :
Le département de ma Dame m'a tellement étonné
et t'ait perdre le cœur que je me suis délibéré de ne
jamais plus retenter la fortune, mais abdere me in
tsum aliquem, avec cotte brave devise pour toute
consolation : spes etforluna valete ! »
Après la mort tragique du duc d'Orléans, Musset, qui s'était lié avec lui sur les bancs du collège, dit à son frère Paul :
« Le sort ne veut pas que notre pauvre France ait un jour d'avenir. Quant au mien, il n'existe plus. Je ne devant moi qu'ennui et tristesse; je n'ai plus qu'à souhaiter de m'en aller le plus tôt possible. »
- e tout? Pas encore. Ouvrez les Jeux rustiques de Joachim du Bellay, vous y trouverez deux pièces charmantes, deux épitaphes pour un chien et pour un chat. Joachim adorait les bêtes et les excusait, disant à l 'livier de Magny :
Nous-mémea hommes
Parfaits de tous points nous ne sommes.
Musset adorait aussi les chats et les chiens. Mmc Martellet, son ancienne gouvernante, nous a conté l'histoire amusante de son petit chien Marzo, — et son frère comment il battit le froid longtemps à Tattet parce qu'il s'était débarrassé sans pitié d'un vieux chien qui t'incommodait i i). Un jour que Rachel l'avait gardé à dîner, il écrivait au statuaire Barre, son ami :
" J'ai ébauché une belle petite chatte. J'ai employé d'abord un couperet de cuisine, puis mes mains, puis vos petits bâtons. J'ai tout lieu de croire que vous
(i) Biographie d'Alfred de Musset, p. 3/(0.
serez satisfait, mais clans ce moment-ci mon idéal a un torticolis et une fluxion. Venez donc voir ça (i). »
Enfin, détail physiologique que je n'aurai garde de passer sous silence, Musset mourut à quarante-sept ans, affligé de la surdité qui rendit si amers et si tristes les derniers jours de J. du Bellay. D'où leur était venue celte infirmité? De l'abus de la femme et du vin. Joachim, qui en ressentit les premiers effets à Rome, avait dû recevoir un coup de pied de Vénus — dans le lit de Faustine ou d'une autre. Quant à Musset, qui toute sa vie courtisa la brune et la blonde, le dieu Bacchus fut certainement pour quelque chose dans la paresse de son oreille. Mais qu'importe! Ils n'en demeureront pas moins, l'un comme l'autre, les poètes les plus français de leur siècle. — « J'ai l'esprit français, je le sens ! » rappelez- vous cette phrase de Fantasio dans sa lettre-matrice à Paul Foucher. Gela prouve qu'il se connaissait déjà à dix-sept ans, car évidemment il prenait ce mot dans ses deux acceptions. Sans compter que les siècles vraiment français sont précisément ceux auxquels il se rattache : le seizième et le dix-huitième. L'autre, celui qui porte le nom de Louis XIV, fera toujours exception par sa solennité dans notre littérature, l'esprit français n'étant en soi rien moins que solennel. Il s'est pourtant rencontré un homme de génie pour nier le génie d'Alfred de Musset. Je m'empresse d'ajouter que cet homme-là fut le roi des jaloux. M. Legouvé raconte en ses Souvenirs que Victor Hugo lui dit un jour :
« Vous mettez Alfred de Musset trop haut. C'est un de ces artistes éphémères avec qui la gloire n'a rien
(i) Lettre inédite.
■mts 67
ire, et dont la réputation n'est qu'un caprice <le In mode >i'! »
•la mode! voilà qui est vite dit. Quel est rand artiste qui n'ait élé plus <>u moins porté sur iles, à an moment quelconque de sa vie? La mode ne s'empara de Musset que sur le tard, quand sa réputation était consacrée dan-; le monde des Ici. Pendant longtemps sa renommée ne dépassa çuère les relations de l'ancien Cénacle; il n'était connu en que par les couplets île la Ballade <) l<i Unie. M le théâtre qni lui donna la grande célébrité, mais comme presque toutes ses comédies étaient imprimées depuis plus de dix ans quand elles furent mis . on ne peut pas lui reprocher d'avoir
fait le moindre sacrifice à la mode. Le mot de Victor 1 Iulto n'est donc pas juste. A présent, si j'en croyais • racontars. Alfred d ! n'aurait pas été
plus juste envers Victor Hugo qui, dans ce cas, lui it rendu tout simplement la monnaie de sa pièce. Un soir — c'est Mmc de Janzé qui i cette
• (2) — un soir qu'il avait dit je ne sais quelle de Girardin, Victor Hugo s'ét;;nl permis de lui taire quelques observations sur des is un peu trop hardies et des rimes un peu trop faibles, Musset l'aurait fort mal pris et l'aurait arrêté court en lui disant :
vousnepouvez comprendre et sentir ce que comprends. Sachez seulement une chose, lt ans on dira encore mes vers, alors que le "ni peut-être oubliés ! »
- pas à cette anecdote, parce qu'elle prèle
inle ans de Souvenirs, t. I. p. no.
'ai Eludes et récits sar Alfred de Musset, p. 102.
à Musset un langage et une attitude qui ne cadrent pas avec ce que nous savons de son caractère. Mais le mot serait-il vrai, que la postérité se chargerait d'en faire justice. Soixante ans se sont écoulés depuis qu'on prétend l'avoir entendu, elle a déjà mis chacun à sa place : Lamartine et Victor Hugo au premier rang-, et immédiatement derrière eux Alfred de Musset, qui procède de l'un et de l'autre. Je ne sais pas ce que nos arrière-neveux penseront de lui, mais je doute qu'ils le mettent jamais sur la même ligne. Son théâtre aurait beau durer plus longtemps que celui d'Hugo, sa gloire de poète ne balancera jamais la sienne, encore moins celle de Lamartine. Prenons dans chacun d'eux une pièce de vers inspirée par le même sentiment: le Lac, la Tristesse d'Olympio et Souvenir. Toutes les trois nous parlent de la rapidité du temps, et de la fragilité des amours terrestres. Toutes les trois ne sont que la paraphrase éloquente, douloureuse et sublime de la parole de l'Ecclésiaste et de l'apostrophe de saint Jean Chrysostome : « Vanité des vanités, tout n'est que vanité ! » Cependant il en est une qui l'emporte sur les autres et nous fait vibrer davantage et par la passion et par le cri :
Aimons donc ! aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hàtons-nous, jouissons !
L'homme n'a pas de port, le temps n'a pas de rive :
11 coule et nous passons !
Oui jamais, dans l'antiquité ou dans les temps modernes, tira de son âme de pareils accents ? On a donc eu cent fois raison de donner à Lamartine le surnom de divin. Quoique les poètes vraiment inspirés le soient tous à un degré quelconque, il Test certainement plus que ses deux rivaux. Mais Alfred
Musset est aussi beaucoup plus humain que Lamartine et Hugo, et ce n'est pas un mince titre de gloire. Eue l'enfant du siècle ou l'on a vécu, incarner, aux yeux de tons, les faiblesses de la chair et de l'esprit de Jeux ou trois générations,
Quel rêve! el ce lut son destin.