‹ Alfred de Musset (volume 2)Chapitre 16 sur 68 · I. \IVM N M. 1 r i · texte numérisé non relu

I. \IVM N M. 1 r i

par s.--; airs d'écolier en racaaces, la franchise de ses veux bleus, la distinction de ses manières et ses talents de diseur et de valseur, — car c'était Terpsicfaore qui conduisait le chœur des Muses dans le salon de < lharles Nod

Ai je besoin de dire qu'Alfred de Musset plut tout particulièrement à la tille de la maison. Outre que M irie était du menu* âge que lui, elle possédait en propre quelques-uns de ses dons naturels. C'en était /. pour taire naître immédiat iment entre eux le iment qui éclata, longtemps après, dans la jolie guirlande de sonnets que Ton trouvera un peu plus loin. : int Alfred attendit que Marie fut mariée

p ur lui dédier ( m connaît les stances émues

dans le il la remercia, en i833, d'avoir mis

en musique quelques pièces de son premier recueil :

celui donl la pei

rieur ou d'amour) . e un seul

passée;

un - tir s'est arrêté, Ainsi qu'un pèlerin, sur le seuil enchanté Du i il peuplé de Féeries

irmeni me

ir un autre oublié, ■ ourpre il se soil em

> l'orage 2

■ i u\, l'ont doré, dans leur divin tan

Alfred de Musset habitait alors — je parle de 1828, — c!ie/ 1 mis, à Auteuil, »'t. tout en préparant

nédecine, il suivait des cours de musique et d \ qu'il courtisait en

secret, sous l'influence directe de Chénier et des poètes romantiques, l'eut bientôt dégoûté de la médecine et du droit, et l'accueil que reçut à l'Arsenal la lecture de ses essais poétiques (i) décida de sa vocation. Ce succès en aurait grisé plus d'un autre. Lui n'en devint que plus modeste et plus difficile pour luimême, et la rencontre de Lamartine dans le salon de Charles Nodier le plongeait chaque fois dans une admiration muette. Le grand poète s'en aperçut-il? On serait tenté de le croire quand on lit dans son Cours familier de littérature l'article qu'il lui consacra après sa mort. « C'était un beau jeune homme aux cheveux huilés et flottants sur le cou... Un front distrait plutôt que pensif; des yeux rêveurs plutôt qu'éclatants (deux étoiles plutôt que deux flammes) ; une bouche très fine, indécise entre le sourire et la tristesse; une taille élevée et souple, qui semblait porter, en fléchissant déjà, le poids encore si léger de sa jeunesse, un silence modeste et habituel au milieu du tumulte confus d'une société jaseuse de femmes et de poètes, complétaient sa figure. »

Habituel, non. C'est Lamartine, encore un coup, qui l'intimidait ainsi. Et toute sa vie, même après que la gloire en eut fait son émule, Musset éprouva je ne sais quel tremblement en sa présence. N'est-ce pas son frère Paul qui écrivait un jour au grand poète : « Lorsqu'il vous avait serré la main au palais de l'Institut, il revenait à la maison, le cœur content (2)? »

Victor Hugo, chez qui l'auteur de Mardoche était entré presque en même temps qu'à l'Arsenal, et sous

(1) La Prêtresse de Diane. Agnès et le Rêve, qui parut dans le Provincial de Dijon, le 3i août 1828.

î Voir le chapitre V de ce volume.

il i B \<.:

,|,l,i. .lu l. -■■■!-

I c.i'n ICI i: 73

les mêmes auspices, ne lui inspira jamais celte admiration religieuse. D'abord Hugo n'avait que huit ans plus que lui, tandis que Lamartine en avait vingt — différence considérable à tout âge. Ensuite, Hugo »re, en [828, consacré par un succès équivalent à celui des Méditations. Il n'avait publié que les •.,• et n'était que V « Enfant

sublime ». Enfin, tout jeune qu'il était, Musset avait

s pour n'être pas toujours d'accord avec le chef de l'Ecole romantique et ses principaux lieutenants. Il avait beau, par instants forcer la note, cela sentait plus la gageure que la riction et les principes. La preuve en est que, dès le m. lis de juillet i83o, il se dêhugotisait, suivant l'expression de son père ( 1), et ne craignait pas d'écrire, dans les Secrètes pensées de /îafarl,(\uc Racine table avec Shakespeare et Boileau, — [fiant ainsi la prophétie contenue dans sa lettre à I Poucher: « Qu'un homme de génie se présente, il renversera votre échafaudage et se rira de vos poétiques ! »

Ufred de Musset était entré dans le cénacle de Joseph Déforme comme un moineau dans une cathédrale. Il en sortit de la même façon. Mais il ne r Tnj.it jamais entièrement avec ses anciens camarades ^iiait encore plaisir à discuter avec eux, même - leur avoir faussé compagnie. C'est ainsi qu'il ■n frère le (\ août 1 <S .'' 1 :

1 J'ai rencontré Eugène Delacroix, un soir, en ren- ' du spectacle ; nous avons causé peinture en pleine rue, de sa porte à la mienne et de ma porte à la sienne, jusqu'à deux heures du matin ; nous ne poutre du 19 septembre i83o à son ami Cairol.

^4 ALFRED Dlî MUSSET

vions pas nous séparer (i). Avec le bon Antony Deschamps, sur le boulevard, j'ai discuté de huit heures du soir à onze heures. Quand je sors de chez Nodier

(i) Delacroixet Musset, tout en se fréquentant, n'avaient pas la même esthétique en matière d'art.

Dans la Correspondance du premier, t. II, p. 67, éd. in-18, je lis au bas d'une lettre de Delacroix à Philarète Chasles, en date de 1 85 1, cette note de Philarète : « Delacroix véhément en tout était incapable de comprendre l'admirable eenie maladif d'Alfred de Musset. 11 ne l'aimait pas. — « C'est un poète qui n'a pas de couleur, me dit-il un jour; il manie sa plume comme un burin; avec elle, il fait des entailles dans !e cœur de l'homme et le tue en y faisant couler le corrosif de son âme empoisonnée. MoiJ'aime mieux les plaies béantes et la couleur vive du sang. » — Lorsque Musset se présenta à l'Académie, Eugène Delacroix s'imagina de me faire passer avant Musset. 11 s'adressa à son ami Sainte-Beuve qui, lui, me répondit par une lettre machiavélique. Eugène Delacroix fut consterné par l'habile et fine duplicité du futur sénateur de Napoléon III. »

La dernière partie de cette note me remet en mémoire une lettre sans date de Delacroix à Paul de Musset, où il le remercie de l'avoir recommandé à Paër pour l'Institut, a Sa voix, disait-il, et bon nombre d'autres encore me seront nécessaires pour arriver là, si j'y arrive. Ce sera, je présume, pour vers soixante ans environ. » 11 ne se trompait guère, puisqu'il ne fut admis à l'Institut qu'à l'âge de cinquante-huit ans. — Ainsi, vers !e temps où Delacroix s'employait à faire échouer la candidature d'Alfred de Musset à l'Académie française, son frère Paul, au contraire, se multipliait pour faire réussir la candidature de Delacroix à l'Académie des Beaux-Arts!... Cela n'empêchait pas le grand artiste d'exprimer, le 24 juin i858, à Paul de Musset son regret bien vif de n'avoir pu, à cause de son état de santé, assister à l'enterrement d'Alfred. [Lettres inédites, ayant fait partie du catalogue de la vente des autographes d'Alfred 'et Paul de Musset.)

Je reproduis dans le corps de ce volume le portrait présumé d'Alfred de Musset par Eug. Delacroix d'après le tableau original qui est en la possession de M. Stanislas Meunier. Je dis présumé, parce que j'ai des doutes sérieux sur l'idéalité du poète. On sait qu'il était d'un blond plutôt pâle et qu'il portait la barbe courte. L'homme qui a posé devant Delacroix, tout en ayant, je le reconnais, une vague et lointaine ressemblance avec Alfred de Musset, a les cheveux et la barbe noirs comme jais, la barbe en collier très fournie, et renverse la tête eu arrière, comme s'il posait pour une étude. — M. Stanislas Meunier m'objecte que ce portrait est dédié par Delacroix « à mon ami Alfred de Musset ». Qu'il me permette de lui répondre que cette dédicace ne prouve rien. Je crois même que. sans elle, personne, en regardant ce tableau, ne songerait à Alfred de Musset. De là mes doutes.Ce qui les accroît encore, c'est le fait que ce portrait soit resté ignoré jusqu'à ce jour, alors que l'on connaît tous les autres de Musset, dont aucun cependant n'est signé d'un nom aussi illustre que celui de Delacroix. Je le reproduis donc ici sous toutes réserves.

Page 1