LE VOYAGE A PONTCHARTRAIN
Paul, un soir, par la gauche rive
Arrive
Croyant voir Madame Aubernon,
Mais non !
Où faut-il, en quittant Versaille,
Qu'on aille ?
Retrouver Hetzel à Meudon ?
Va donc !
Hetzel, dînant sur la pelouse,
En blouse, Régalait un de ses amis
Bien mis.
La compagnie ofire une prise.
Surprise !
On sert au convive nouveau
Du veau
Ça, dit Hetzel, cassant la croûte,
En route !
Pour voir Montfort et Pontchar- [train,] Bon train !
Je crois, dit Paul, que l'on m'invite
Bien vite; Ce n'est pas d'aller à Montfort
Mon fort.
Sur un cheval ou sur un âne
C'est crâne.
Mais, dit Hetzel, nous n'irons pas
Au pas.
Je vais tirer de ma sacoche Un coche.
Prête ton cabriolet neuf, Obeuf !
Paul accède, et, bravant la Parque,
S'embarque !
Il quitte pour faire sept lieues
Ces lieux.
— Obeuf, je trouve que ta hotte
Cahote ;
Nous sommes comme des harengs
Ea rangs 1
— Mais laisserens-nous dans l'at-
[tente] Ma tante ?
Dit Obeuf; j'ai d'un souper froid Effroi.
Hetzel, tranquille et sans rancune
Aucune,
Dit : j'ai ma foi, dans ce réchaud
Très chaud.
i3 Le coche près d'une charrette
S'arrête !
0 spectacle ! on découvre au loin
Du foin 1
Mais déjà sur la uappe blanche
L'éclanche Fumait, écrasant de son poids
Des pois.
i5 Et, couvrant d'un vin délectable
La table,
Une jeune enfant, douce à voir
L'œil noir,
1 ARSENAL ET LE CKN w:i X
<]ui Hetzel en avait récité certains passades, voulut lire
iG Le front bn l M cornette
Fort natte, Faisait froufrou de son jupon Fripon.
— Messieurs, dit avec politesse
L'in'i' aricz deux coussins étroits Pour trois.
— tfon pas, dit Hetzel : sur mon
[àme,] Madame, J'ai trouvé ce cabriolet Mollet!
Obeuf comme une torpille Roupille
— Tu t'en vas cb ja te coucher,
Cocher ?
■ aime une flam-
be rge L'an!
Hetzel va dans le [<oul«iller Làiller.
Alors arrivent les pun.
De pouvoir d'un jeune étranger Ma:
sa Hetzel, trouvant l'Estafette l'a r fa i te, Lit jusqu'au bout ce matinal Journal.
>3 Dans son lit, Paul, dontle nez confie
ntle, Donne au diable tous ces taudis .Mai:
il sa chandelle
■ elle,
tboti ■aux.
Mais déjà dans la cheminée
Mr.
Voit ses enfants effarouchés Couchés, aG Et mit la gouttière que dore
L'aurore Fait sa toilette un freluquet Frisquet.
Paul, se penchant à la croisée,
I '.i liste, Découvre Hetzel sous un hangar
Hagard.
— Oh ! dit-il, l'air vous enlumine
La mine ;
Vous n'avez pas très bien dormi,
L'ami '.
— J'ai, dit Hetzel, fait un bon
[somme] En somme; Mais je me Buia levé matin,
Matin !
3o Obeuf, devant son haridelle Fidèle
Sous l'enseigne d'un cabaret Parait.
Adieu, vallons, coteaux, campa-
[gnes]
Montagnes !
Paul rentre sur ses échalas
Fort las,
Et, de retour dans sa chambrette
i'r"|irette,
Il trouve, sur ion canapé
( iampé
Bonnairc, qui. sombre, à peine ivre,
Se livre
A d'inconséquents et fréquents
Cancans.
Q2 \LFP.r.D DE MUSSET
toute la pièce. Alfred la lui envoya et reçut un beau matin en échange les stances humoristiques qui figurent dans ses Poésies nouvelles, entre le troisième sonnet à Marie et la Réponse à Ch. Nodier.
Ce fut le dernier chant du joyeux conteur de l'Arsenal. Il était déjà malade quand il jetait sur le papier ces rimes légères. Il mourut en 1 844? emportant les regrets de tous ceux qui l'avaient connu. Et dans la foule qui le conduisit au cimetière plus d'un récitait tout bas les vers de Musset sur l'Arsenal :
Gais comme l'oiseau sur la branche,
Le dimanche, Nous rendions parfois matinal
L'Arsenal.
La tête coquette et fleurie
De Marie Brillait comme un bluet mêlé
Dans le blé.
Tachés déjà par l'écritoire,
Sur l'ivoire Ses doigts légers allaient sautant
Et chantant.
Quelqu'un récitait quelque chose,
Vers ou prose, Puis nous courions recommencer
A danser.
Chacun de nous, futur grand homme,
Ou tout comme, Apprenait plus vite à t'aimer
Qu'à rimer.
Alors, dans la grande boutique
Romantique, Chacun avait, maître ou garçon,
Sa chanson;
Nous allions, brisant les pupitres
Et les vitres, Et nous avions plume et grattoir
Au comptoir.
l'.VUsiNU. i.i LB i.iXACLI f)3
ii( déjà dans l'Ame Notre-Dame, Et commencail à N'occuper D'j grimper.
De Vigny chantait sur sa Ivre
Ce bean BÎre Qui mourut Bans mettre à l'envers
Ses bas \
Antonv battait avec Hante Une amiante ;
Emile ébauchait vite et tôt
I "n presto.
Sainte-Beuve faisait dans l'ombre
Douce et sombre, Pour un œil noir, on blanc bonnet,
Un Bonnet.
Et moi de cet honneur insigne
Troj) intli.
Enfant par hasard adopté
Je brochais des ballades, l'une,
A U lune, L'aut: eux noirs et jaloux
Andaloox.
Cher temps, plein de mélancolie,
De folie, Dont il faut rendre à l'amitié
La moitié !
Pour. ' its où s'élance