‹ Alfred de Musset (volume 2)Chapitre 20 sur 68 · LE VOYAGE A PONTCHARTRAIN · texte numérisé non relu

LE VOYAGE A PONTCHARTRAIN

Paul, un soir, par la gauche rive

Arrive

Croyant voir Madame Aubernon,

Mais non !

Où faut-il, en quittant Versaille,

Qu'on aille ?

Retrouver Hetzel à Meudon ?

Va donc !

Hetzel, dînant sur la pelouse,

En blouse, Régalait un de ses amis

Bien mis.

La compagnie ofire une prise.

Surprise !

On sert au convive nouveau

Du veau

Ça, dit Hetzel, cassant la croûte,

En route !

Pour voir Montfort et Pontchar- [train,] Bon train !

Je crois, dit Paul, que l'on m'invite

Bien vite; Ce n'est pas d'aller à Montfort

Mon fort.

Sur un cheval ou sur un âne

C'est crâne.

Mais, dit Hetzel, nous n'irons pas

Au pas.

Je vais tirer de ma sacoche Un coche.

Prête ton cabriolet neuf, Obeuf !

Paul accède, et, bravant la Parque,

S'embarque !

Il quitte pour faire sept lieues

Ces lieux.

— Obeuf, je trouve que ta hotte

Cahote ;

Nous sommes comme des harengs

Ea rangs 1

— Mais laisserens-nous dans l'at-

[tente] Ma tante ?

Dit Obeuf; j'ai d'un souper froid Effroi.

Hetzel, tranquille et sans rancune

Aucune,

Dit : j'ai ma foi, dans ce réchaud

Très chaud.

i3 Le coche près d'une charrette

S'arrête !

0 spectacle ! on découvre au loin

Du foin 1

Mais déjà sur la uappe blanche

L'éclanche Fumait, écrasant de son poids

Des pois.

i5 Et, couvrant d'un vin délectable

La table,

Une jeune enfant, douce à voir

L'œil noir,

1 ARSENAL ET LE CKN w:i X

<]ui Hetzel en avait récité certains passades, voulut lire

iG Le front bn l M cornette

Fort natte, Faisait froufrou de son jupon Fripon.

— Messieurs, dit avec politesse

L'in'i' aricz deux coussins étroits Pour trois.

— tfon pas, dit Hetzel : sur mon

[àme,] Madame, J'ai trouvé ce cabriolet Mollet!

Obeuf comme une torpille Roupille

— Tu t'en vas cb ja te coucher,

Cocher ?

■ aime une flam-

be rge L'an!

Hetzel va dans le [<oul«iller Làiller.

Alors arrivent les pun.

De pouvoir d'un jeune étranger Ma:

sa Hetzel, trouvant l'Estafette l'a r fa i te, Lit jusqu'au bout ce matinal Journal.

>3 Dans son lit, Paul, dontle nez confie

ntle, Donne au diable tous ces taudis .Mai:

il sa chandelle

■ elle,

tboti ■aux.

Mais déjà dans la cheminée

Mr.

Voit ses enfants effarouchés Couchés, aG Et mit la gouttière que dore

L'aurore Fait sa toilette un freluquet Frisquet.

Paul, se penchant à la croisée,

I '.i liste, Découvre Hetzel sous un hangar

Hagard.

— Oh ! dit-il, l'air vous enlumine

La mine ;

Vous n'avez pas très bien dormi,

L'ami '.

— J'ai, dit Hetzel, fait un bon

[somme] En somme; Mais je me Buia levé matin,

Matin !

3o Obeuf, devant son haridelle Fidèle

Sous l'enseigne d'un cabaret Parait.

Adieu, vallons, coteaux, campa-

[gnes]

Montagnes !

Paul rentre sur ses échalas

Fort las,

Et, de retour dans sa chambrette

i'r"|irette,

Il trouve, sur ion canapé

( iampé

Bonnairc, qui. sombre, à peine ivre,

Se livre

A d'inconséquents et fréquents

Cancans.

Q2 \LFP.r.D DE MUSSET

toute la pièce. Alfred la lui envoya et reçut un beau matin en échange les stances humoristiques qui figurent dans ses Poésies nouvelles, entre le troisième sonnet à Marie et la Réponse à Ch. Nodier.

Ce fut le dernier chant du joyeux conteur de l'Arsenal. Il était déjà malade quand il jetait sur le papier ces rimes légères. Il mourut en 1 844? emportant les regrets de tous ceux qui l'avaient connu. Et dans la foule qui le conduisit au cimetière plus d'un récitait tout bas les vers de Musset sur l'Arsenal :

Gais comme l'oiseau sur la branche,

Le dimanche, Nous rendions parfois matinal

L'Arsenal.

La tête coquette et fleurie

De Marie Brillait comme un bluet mêlé

Dans le blé.

Tachés déjà par l'écritoire,

Sur l'ivoire Ses doigts légers allaient sautant

Et chantant.

Quelqu'un récitait quelque chose,

Vers ou prose, Puis nous courions recommencer

A danser.

Chacun de nous, futur grand homme,

Ou tout comme, Apprenait plus vite à t'aimer

Qu'à rimer.

Alors, dans la grande boutique

Romantique, Chacun avait, maître ou garçon,

Sa chanson;

Nous allions, brisant les pupitres

Et les vitres, Et nous avions plume et grattoir

Au comptoir.

l'.VUsiNU. i.i LB i.iXACLI f)3

ii( déjà dans l'Ame Notre-Dame, Et commencail à N'occuper D'j grimper.

De Vigny chantait sur sa Ivre

Ce bean BÎre Qui mourut Bans mettre à l'envers

Ses bas \

Antonv battait avec Hante Une amiante ;

Emile ébauchait vite et tôt

I "n presto.

Sainte-Beuve faisait dans l'ombre

Douce et sombre, Pour un œil noir, on blanc bonnet,

Un Bonnet.

Et moi de cet honneur insigne

Troj) intli.

Enfant par hasard adopté

Je brochais des ballades, l'une,

A U lune, L'aut: eux noirs et jaloux

Andaloox.

Cher temps, plein de mélancolie,

De folie, Dont il faut rendre à l'amitié

La moitié !

Pour. ' its où s'élance

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