CHAPITRE III L'AMI. — ALFRED TATTET
I. — Ami et camarades. — Témoiç-oa^e de d'Alton-Shée. — 1. 1 famille d'Alfred Tattet. — Comment il devint l'ami de Musset.
— Son rôle dans le drame de Venise. — Une lettre de lui à Sainte-Beuve. — George Sand lui confie quatre tableaux appartenant à Pagello. — Confidences de « l'ami Pierre ». — Tattet à Bade. — Deux lettres inédites de Tattet à Félix Arvers.
— Consolations d'Alfred de Musset.
II. — Dévouement de Tattet à ses amis. — Extraits de sa correspondance inédite. — Son influence sur Musset. — Pièces de vers composées à Burv. — Chagrin de Musset lorsque Tattet quitta Paris. — Un mot de Musset, présage de mort.
Parmi tous les viveurs que Musset fréquenta à partir de i8.°)0, il ne rencontra vraiment qu'un ami. Par ce mot j'entends le conseiller de toutes les heures, le confident de toutes les joies, de toutes les peines, l'ami enfin. CTesl pourquoi je fais à Alfred Tattet une place irt. Les autres, à commencer par d'Alton-Shée, qui l'avait connu au lycée Henri IV, ne furent pour Musset que des compagnons de fête. D'Alton en convient le premier dans ses Mémoire» :
Pendant une dizaine d'années, dit-il, nous avons vécu dans une grande intimité qui cependant n'a jamais atteint l'amitié. Le prince Belgiojoso, le major
ALFKED DE ML'SSET
Frazer n'ont pas mieux réussi à lui faire partager ce sentiment. Tous trois amis, nous avons dû nous contenter de trouver en lui un camarade de plaisir (i). » Quelle était la cause de cette différence de traitement et d'égards? C'est ce que je vais dire. D'abord Alfred Tattet était, à quelques mois près, du même âge qu'Alfred de Musset (2). Ensuite, tout en aimant pardessus tout les chevaux et les femmes, il aimait aussi les arts et les lettres et recherchait la société des écrivains qui le « faisaient vibrer » . Or, aucun de ceux de sa génération ne lui procura dès la vingtième année plus de jouissances littéraires que le poète imberbe des Contes d'Espagne et d'Italie. La Ballade à la lune lui plut par son air cavalier, Mardoche le transporta par son audace juvénile. Bref, à partir de ce moment, il n'eut ni fin ni cesse qu'il n'eût lié connais-
(1) Mémoires de d'Alton-Shée, t. I, p. 106.
(2) Né à Paris, rue de l'Echiquier, le 19 novembre 1809, Alfred Tattec était fils de Ferdinand Tattet, agent de change près la Bourse de Paris, le petit-fils de Charles Tattet, qui avait été nommé dans ces fonctions parle
Premier Consul, à la création de l'ordre et pour qui fut créé plus tard honorariat des agents de change. — Son grand-oncle, Frédéric-Louis Tattet, avait été blessé, comme capitaine de la garde nationale, le 10 août en défendant Louis XVI. Ce fait d'armes est attesté dans ses états de services qui sont à la Grande-Chancellerie de la Légion d'honneur. — Son oncle, Alexandre Tattet, fut tué à Waterloo, à l'âge de 22 ans, étant lieutenant d'artillerie de la Garde impériale. Mais l'homme qui eut le plus d'influence au point de vue littéraire sur l'éducation d'Alfred Tattet fut son oncle par alliance, François Thurot, professeur au Collège de France, membre de l'Institut. Alfred Tattet avait un frère, de quatorze ans plus jeune que lui, qu'il aimait tendrement et qui. comme lui, était un esprit très distingué et très fin. Il s'appelait Alexandre et mourut à Paris le 24 octobre 1899.
Du côté maternel, il était le neveu du général de division Des Carrières, inspecteur général des remontes, grand officier de ia Légion d'honneur — « l'oncle Adolphe », dont il est souvent question dans sa correspondance — et du colonel Caron, qui prit part à plusieurs conspirations bonapartistes contre la Restauration, en qualité de commandant au 98 de ligne.
Une sœur dÂlfred Tattet avait épousé le poète-romancier Alfred Leroux, qui fut vice-président du Corps législatif et ministre sous le second Empire. (Note de M. Eugène Tattet.)
Al.KBED TaTTET
RlCARD
appartenant à la Famille Tattet