‹ Alfred de Musset (volume 2)Chapitre 31 sur 68 · L- S CAMARADES I · texte numérisé non relu

L- S CAMARADES I

Et même nous I,> respirions, mot plsll à voire muse.

urémeol :

ESotre nous, j'en conviendrai même,

Nous avions le bonheur supiN De le ^>ir double en ce moment.

Pour un chrétien, quel agrément !

Juqvz combien l'ivresse est «-ainte,

avec deux verres d'absinthe On peut doubler le firmament.

Ne riez pas, l'absinthe est bonne, L'Ecriture en parle beaucoup, Et quelque part, Dieu me pardonne!

Notre Seigneur en but un coup.

(Tétait, je crois, sur la montagne Qu'on appelle Gelhsémani ;

is la vénérons fort ici, .Mais nous préférons le Champagne.

Puisque vous venez nous vanter Ce pendu qu'on adore à Rome, Commencez donc par l'imiter :

Souvenez-vous qu'il s'est fait homme.

— Oui, cher Ulric, et nous courons Au soleil sur l'herbe fleurie, Par les coteaux et les vallons, El nous menons gâtaient la vie.

Et nous rions, et nous trinquons Au iouù des bois .sur ia bruyère; Souvent même, ingrat, nous choquons, A votre tan lé, noire verre.

de nous, quand il vous plaira, Vous ro 18 étendrez sur la mousse.

IS croyons que la vie est douce [ue Dieu nous excusera.

Ci id tort que

-s le savons. — -/.-vous '?

Puisque chaque âge a sa Faiblesse, Dites quelques aoe poumons.

ALFRED DE ML'SSkT (i).

rs trouves dans les papiers de Gultingucr.

ïZJj AI.FilED DE MUSSST

Gomment se fâcher, je vous prie, avec quelqu'un qui prend si gaiement les remontrances? Guttinguer se contenta donc de rire de ces petits vers et continua à pratiquer Musset comme devant. Il fit plus, il le défendit, la plume à la main, chaque fois qu'il en trouva l'occasion.

La dernière fois, ce fut à propos de l'étude que Lamartine lui avait consacrée. Cette étude lui parut si injuste et si méprisante, qu'il la releva d'une plume indignée. Le lendemain, Marie Nodier lui adressait la lettre suivante :

« Dimanche.

« Dieu ! mon cher Ulric, que je suis contente de lire de si bonnes et belles choses que celles que vous écrivez. Vous êtes bien le véritable ami de nos morts, vous, et c'est une religion assez rare pour que vous soyez honoré et remercié par tous ceux qui la professent au fond du cœur, mais qui n'ont pas reçu les dons du Saint-Esprit pour la faire triompher et vaincre. N 'est-ce pas une honte qu'aucune voix ne se soit élevée contre l'iniquité de ce jugement ; n'est-ce pas aussi une grande réparation et une douce consolation pour notre ami absent, que votre voix affectueuse, toute seule, ait protesté? Il est irritant de voir jusqu'où un orgueil sans bornes et une préoccupation insensée de soi-même peuvent entraîner une belle nature comme celle de Lamartine, — et une bonne âme, notez bien.

« Je ne sais pas si, en parcourant ses Entretiens, vous vous êtes un peu attaché à deux ou trois passages qui concernent mon père. C'est remarquable comme aplomb dans l'ignorance parfaite de l'homme et de l'écrivain, et à mon point de vue qui, je l'espère, est celui de quelques autres et surtout le vôtre, c'est

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d'une suprême inconvenance d'appréciation. Il parlerail en meilleurs termes d'Edouard d'Anglemoat ou de Taxile Delord. Certes, je ue pousse pas l'admiration iiliale jusqu'à L'aveuglement et je crois laisser mon père parfaitement à sa place, eu ne demandant p;is pour lui autre chose que ce (pie l'opinion littéraire de ce temps-ci lui conserve d'esprit et de sympathie, mais en justice, mon père était autre chose que le brave conteur de coin du feu, sans rime ni raison dans sa vie, et sans suite dans ses idées, qu'a quelquefois en passant heurté d'une plume distraite et trempée de haut son ami M. de Lamartine.

On nV^t guère dêmenl Sans tes temps où nous sommes, Le règne des parfaits fleurit apparemment. On croirait, aux rigueurs «lu jugement des hommes, Que la ri"- sans tache est dans leur fourniment.

Voilà que je vous conte tintes mes amertumes à

3 qui avez ce mérite immense de savoir frapper

vous mettre eu colère. Pardonnez-moi et compre-

[ue j'en suis réduite à bouillonnerintérieurement,

et que c'est bien l'ait pour gâter le caractère.

« Encore une belle et équitable pensée de votre admirable article! La réhabilitation de ce noble Rhin allemand condamné avec tant de mauvaise foi, et ofiert en sacrifice à lu Marseillaise de lu Paix, une œuvre terriblement terne, plus propre à endormir qu'à pacifier, je sais bien que le résultat est à peu près le môme : i .

aurait bien étonné Marie Nodier si ou lui avait dit qu'en i852 • ait t'erit pour Lille, sous ce litre : le Chant des Amis, une. wind se rapproche singulièrement de In .!/«/■teillaise de la pat i nne itropae :

Le Rhin n'est j. lus une frontière,

l44 ALFKED DE MUSSET

« Adieu, adieu. Merci toujours. Je vous envoie ma bénédiction et je vous embrasse comme je vous aime et vous admire, — de toutes mes forces et du fond de l'âme.

« Voire vieille et bien dévouée amie

« Marie Mknnessier-Nodier. »

« Excusez les fautesde l'auteur, ainsi que disait notre regretté Alfred ; je suis en train de devenir aveugle, et la langue de la vallée de la Bisle est maintenant ma maternelle. Quoi qu'il en soit, je vous aime beaucoup (i). »

Certes, je suis loin de partager le sentiment filial qui dicta cette lettre irritée à Marie Nodier. J'estime au contraire que Lamartine se montra plus juste envers son père qu'envers Musset (2). Mais je n'en admire pas

Amis, c'est notre grand chemin.

Et maintenani l'Europe entière

Sur les deux bords se teud la main.

Cette cantate, publiée dans le journal le Pays du 3 juin i853, n'a pas été recueillie dans les œuvres d'Alfred de Musset.

(i) Lettre inédite tirée des papiers de Gutliuguer.

(2) Voici, en effet, comment Lamartine s'exprimait sur son compte au commencement de son étude sur Alfred de Musset :

« ...Ce succès éclatant l'introduisit presque enfant chez Nodier, dans cette société de l'Arsenal dont la gloire était Hugo, dont l'agrément était Charles Nodier, II apprit de l'un l'art des vers ; il apprit trop peut-être de l'autre l'art de dépenser sa jeunesse en loisirs infructueux, en nonchalances d'imagination, en voluptés paresseuses d'esprit. Nodier était le plus délicieux des causeurs et le plus dangereux des modèles. 11 aurait dû naître curé de village, vicaire de Wakefield, uniquement occupé à sarcler les herbes de son jardin d'été, à regarder, l'hiver, les pieds sur ses chenets, la bûche jaillir en étincelles sous les coups distiaits de ses pincettes, et à prolonger le souper avec quelques voisins sans affaires jusqu'à l'aurore, dans les entretiens sans suite et intarissables du foyer. Nous l'avons beaucoup connu et beaucoup aimé nousmème. Nous ne l'avons jamais vu remplacé; c'était une de ces grâces dont on ne peut se passer, une de ces inutilités nécessaires au cœur et qui manquait au bonheur comme elles manquent au temps. Celte molle incurie de l'âme et du talent, qui faisait la faiblesse de son caractère, faisait le charme de son esprit. Molle algue facetum. »

Le portrait, assurément, n'était pas flatté, mais il était si ressem-

is de quel élan elle sauta au cou deGuttingerpour le remercier d'avoir ven immun de ce

qu'elle regardait comme un . i! n'y a que

femmes pour avoir de ces élans ou, si l'on préfère, pour ressentir en matière d'amitié ce que J. de Maisire appelait la « colère de l'amour ».

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