LES CAMARADES
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qae entièrement composés d'attachés aux ambassades
lesquels je mène an train de vie dans le genre
celui que nous menions à Paris dans cette saison.
.le pense souvent à .1 car ici on a facilement des
petites fort jeunes et fort jolies, et le pucelage est une chose à laquelle on tient très peu. A propos de cela «<u m'a écrit de Paris que M"0 D. .. a vendu le sien 60 mille francs!! Caramha !!!
« Si je ne me trompe pas, Frazer a perdu son frère. A-l-il hérité quelque chose? Si tu le vois, dis-lui bien des choses de ma part, ainsi qu'à Montguyon, Lavalette, Daru, Edgar, Musset, les Lagrange, s'ils sont à Paris.
« Je ne sais pas si Mme Merlin est à Paris, je te prie de de lui dire ou de lui écrire ou plutôt d'avoir la bonté d'exécuter la promesse qu'elle m'avait faite de me faire avoir du Xérès aussi bon que celui que nous avons bu si souvent chez elle. Elle m'obligerait beaucoup si elle pouvait m'en envoyer 200 bouteilles ou 10 arrobas, qui est la mesure de Xérès, chaque arroba contient 21 bouteilles.
« Je lui serais bien reconnaissant si elle pouvait me le faire arriver le plus tôt possible, car j'ai promis au prince Metternichde lui en faire avoir, et je voudrais pouvoir le lui envoyer avant de quitter Milan à la fin de l'automne. Il faudrait l'adresser à Gènes à M. Charles Sigoli,pour le prince deBelgiojosoàMilan.M. Sigoli sera chargé par moi de payer, et de tout arranger pour qu'il me parvienne aussitôt.
Cher ami, laisse ta paresse de côté pour un instant, et occupe-toi de celte commission et ne laisse pas la Merlina tranquille, que tu ne sois sûr qu'elle la exécutée, car elle est très distraite et souvent dans
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les espaces imaginaires. Ainsi elle pourrait oublier facilement. Ecris-moi quelque chose là-dessus à Milan, car j'y serai dans quinze jours.
« Donne-moi des nouvelles de Paris, du club, de nos amis et particulièrement de Caccia, Merlina, Edgar, Gandia, Falcon, de l'Opéra, de nos amis les joueurs, s'ils sont debout ou coulés. »
Suivaient ces lignes sur la princesse, sa femme.
« Quand je reviendrai à Paris, je te raconterai toutes les petitesses et cochonneries de ma chère épouse, car elles méritent d'être connues . Tu as raison pourtant quand tu me conseilles de ne pas l'envoyer entièrement f... f... à cause du monde et des cancans, mais quand tu sauras tout, tu verras qu'il est dur, pour un homme de bon ton comme moi, de devoir encore avoir des égards pour une femme qui s'est conduite comme elle. C'est dommage que je ne puisse divorcer pour ne plus en entendre parler. Je n'aurais pourtant qu'à me faire protestant ! ! 1 (i). »
Les lettres se suivent et se ressemblent. Aussi maintenant que nous en savons le ton et le sujet habituel, me contenterai-je de les résumer en quelques lignes. Belgiojoso passa les années i8/j.o et i84i à Milan, occupé de reconstruire la Pliniana, sur le lac de Côme. « Je me flatte, écrivait-il le 6 janvier i84i, que dans quelque temps j'aurai une très belle et très confortable maison de campagne n° i, pour nager, piquer des têtes, se donner des passades et passer enfin quelques mois comme nous les aimons, après les fatigues du Grrrrrand Monde, le cigare à la bouche, débraillés, sans façon et sans soucis, chantant,
(i) Lettre inédite.
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bavant, el dormant comme de vrais philosophes (] En attendant il revint à Paris, où il reprit sa vie de
Le 22 mai i843, Alfred de Musset écrivait à son [ni voyageait en Italie :
Je ne sais pas si vous savez, vous autres, à Catane, que le Principe *"* a enlevé la comtesse
". H y avait deux ans qu'ils étaient ensemble au su de tout Paris. La comtesse s'est disputée, à ce qu'il parait, avec son mari; ello est arrivée chez le prince (qui devait chanter le soir dans un concert)
e de son mouchoir pour tout bagage, et elle lui a dit : « Allons-nous-en! » Ils sont en route. Le vent est aux enlèvements à Paris, dans ce moment-ci, ou pour
ix dire, aux séparations. Je viens de voir de mes
s la même plaisanterie, qui est beaucoup moins gaie qu'on ne pense. Je t'expliquerai cela un jour; ni m'en crois, n'enlève jamais personne, à moins que ce ne soit la reine d'Espagne (2). »
Le roman du prince avec la comtesse *** dura douze ans, chose invraisemblable, mais ce qui l'est en ire plus, c'est que cette fois la rupture ne vint pas de lui, mais d'elle. 11 faut croire qu'on se lasse de tout, même du servage princier.
« Je ne te parlerai pas de moi, écrivait-il de la Pliniaii.i à d'Alton, le 27 juin icS."J2, je suis assez vieux pour ne in'étonner de rien, et pour comprendre et pardonner. J'ai souffert, car je ne m'attendais pas, après douze ans d'une liaison si intime, à être traité
(i) Lettre inédite.
(a» Œuore» posthumes, p. a46. — Cette comtesse n'était autre que la fille du major général de Napolcon et la belle-fille de son architrésorier.
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comme, je l'ai été, tandis qu'il aurait été si facile d'arranger les choses sans faire du scandale. Je n'ai rien à me reprocher. Je lui pardonne le mal qu'elle m'a fait et je lui souhaite un long bonheur. Je me suis retiré à la campagne, car je déteste, lorsque je souffre, d'être obligé de parler et de recevoir des condoléances et des consolations qui humilient et blessent au lieu de faire du bien. Je suis assez fort pour souffrir seul, et assez sage pour ne pas exagérer le mal par d'inutiles regrets. Mais c'est assez, mon cher ami, t'occuper de moi, et je t'assure que je me porte à merveille et que je passe mon temps assez agréablement. Le lac est si beau! quand on a pris l'habitude du travail, la journée est si courte !
« Tu as oublié de me donner des nouvelles de tes parents, de ta sœur qui était si bonne pour moi, de M. Jaubert et de plusieurs de nos anciens amis. Estce trop de te prier de m'écrire de nouveau et de me faire ce plaisir ?
« Musset est académicien, Edgar dans les honneurs, Lavalette ambassadeur, Romieu, Véron, des importants; Achille (Bouchet) que fait-il? Dix ans sont vite passés, mais quand on y pense quel espace et que de changements ! En nous-mêmes surtout, dans noire manière de voir et de sentir! Je m'étais tellement fait à cette vie douce et retirée ! je m'étais tellement persuadé que cela devait continuer toute ma vie, que je suis tout dérouté, et je ne puis encore me décider, si vieux, à faire des projets et à entreprendre quelque chose. Je me laisse vivre et je jouis de cette paresse occupée, sans trop penser au lendemain. Je resterai ici jusqu'en octobre; mes frères viendront me voir; j'irai passer, en septembre, quinze jours chez
Rogi a db Bbauvoi»
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oine, qui est marié, et après j'irai probablement en Espagne chercher la chaleur pour mon hiver. Qae fais-tu? écris-moi bientôt, je t'en prie, et pour ta consolation sache que si tu as des dispositions à grisonner, niei je suis presque blanc.
lieu, mon cher ami, bien des choses à Frazer, et aux tiens, et conserve-moi dans ton souvenir. »
« Emile (i). »
En apprenant cette fin de roman, Alfred de Musset dit à sa « marraine » : « Tout cela, c'est de la faute du prince. Quand on a son tempérament on ne reste collé douze ans avec la même femme. »
— « Le fait est, reprit la marraine, que cela sent m >ins le diable que l'ermite ! »
j IV. ROGER DE BEAUVOIR
Avec lui nous rentrons dans la littérature et dans l'entourage ordinaire de Musset qu'il imitait et jalousait un peu, malgré sa devise. Celte devise était : o nec invideo — je vois et n'envie pas. Cependant icontait un jour chez Berryer, à Augerville, qu'il était arrivé à iloger de Beauvoir de déclamer à table, entre deux coupes de Champagne, des vers qu'il donnait comme siens, quand ils étaient du poète des . Cela m'étonne, car il avait assez d'esprit et de .1 pour n'avoir pas besoin de démarquer ses us, mais je sais telle pièce de lui, le liire entre autres, que l'on pourrait prendre pour du Musset, probablement cela qui avait trompé Frazer.
L«Urc inédite.
Il était né Roger (1), tout court, mais étant beau, bien fait et très élégant de sa personne, il se dit un jour, en se regardant dans la glace, que tous ces avantages valaient bien un titre de noblesse, et, pour se pousser dans le monde, il ajouta à son nom patronymique celui de la terre de Beauvoir, qu'il possédait en Normandie. Il était alors légitimiste à tous crins et ne jurait que par le prince de Polignac au secrétariat duquel il avait été attaché pendant son ambassade à Londres. La Révolution de i83o eut bientôt fait de le déroyaliser, lui aussi. Il chanta la victoire du peuple en des vers qui ne valaient pas moins que beaucoup d'autres, mais, comme pour montrer que le cœur ne suivait pas la tête dans cette conversion précipitée, il demeura fidèle à la mémoire du prince de Polignac. J'en trouve la preuve dans la dédicace à ses fils Edmond et Alphonse de deux poésies qui font partie des Meilleurs fruits de mon panier. Enfin il ne renia pas sa particule d'emprunt. Il continua à s'appeler de Beauvoir, en dépit des surnoms de R.oger Bontemps et de Roger de Belveder que lui donnèrent ses camarades et qu'il justifia amplement et tout de suite, tant par l'égalité de son humeur que par la distinction de ses manières. C'était alors un de nos plus élégants dandys. Avec sa belle chevelure noire et frisée, son habit bleu à boutons d'or, son gilet de poil de chèvre jaune, son pantalon gris perle, sa canne en corne de rhinocéros, quand il allait dans le monde, il donnait dans l'œil de toutes les femmes (2). Et comme il avait beau-
(1) Il naquit à Paris le 28 novembre 1809 et y mourut le 27 avril
(2) Mais s'il eut beaucoup de succès dans le monde, il en eut surtout dans le demi-monde. J'ouvre la correspondance de Tattet avec Guttinguer et j'y lis à la date de i83g : « La femme que Roger (de Beauvoir) a pro-
coup d'argent, il le mangeail royalement avec elles. Il se vantait sur le tard, quand il était impotent et tteux, d'avoir avalé pour i5o.ooo francs de charnue et d'avoir fait 3oo petits poèmes, madrigaux, épigrammes et chansons. S'il avait bu un peu moins d'Aï, il eût fait sans doute autre chose que cela, car il était très doué, il avait beaucoup de goût (i), et son 'ier de Clany, sans lequel, suivant le mot d'Andre Dumas (2), il n'v aurait jamais eu de Tourde Nesle, son Ecolier de Cluny et mainte et mainte petite pièce en vers, que lui inspira un voyage en Espagne, dénotent que, s'il en avait pris la peine, il aurait pu faire belle figure parmi les écrivains romantiques. .Mais on est presque toujours le prisonnier de ses premiers succès. Du jour où les femmes s'emparèrent de Roger de Beauvoir, il laissa les lauriers pour les roses. Cela ne l'empêchait pas, remarquez bien, de suivre de près le mouvement romantique et de s'y mêler dans les grandes occasions. Il se serait fait pendre plutôt que de manquerune première représentation de Vigny, de Dumas ou d'Hugo (3). Mais il se réservait le droit, sinon de siffler, ce qu'il n'eût fait à aucun prix, de rire à tout le moins et de parole la liste civile s'appelle maintenant Hortensede Ruelle ;antrefois elle se nommait Clarisse Levasseur. J'ai possédé jadis ses faveurs sous cette 1 aie. Elle était au b...de Londres, il y a un mois. » —
D'autre part je trouve dans la corresp indance d'Arvers ce petit billet inédit d'où il résulte que Roç^r de Beauvoir fut un des nombreux adorateurs de la Dame aux Camélias : a .Mon cher Arvcrs, d'Anthoine ■ le me dire que de IJeauvoir doit amener ce soir
' iricDuplessis. Sans être bégueules, le» dames qui seront chez mon ami ne voudraient peut-être pas se rencontrer avec M"* Duplessis, il me donc de vous prier de vous entendre avec Roger afin qu'elle ne Tienne pas. A bientôt et à la hâte. »
« BAUDKMON. »
est lui qui définissait le çoùt ■ la cravate blanche du style ». l 'réface des Suapears de mon temps.
Il aimait beaucoup Victor Hu<;o, qui le lui rendait à sa manière.
dier la pièce, une fois sorti du théâtre. Lisez plutôt les strophes amusantes qu'il rima sur la chute de la Esmeralda (novembre i836) :
Sainte-Beuve a mis sa lévite Pour aller voir en cachemite, L'opéra de son grand Victor !
Du cimetière qu'il habite, Comme un dévot et sage hermite, Sans bruit, par le derrière il sort.
C'est un omnibus qui l'amène Dans un quartier qu'il vit à peine, Un jour qu'il allait chez Pistor.
Dans le théâtre, il se hasarde Et fait un salut, par méçarde, A deux chasseurs galonnés d'or.
Roger avait chez lai un énorme squelette qu'il avait monté sur un piédestal. Un jour que Victor Hugo était venu lui rendre visite, il débita devant ce squelette les vers suivants qu'il avait lus, à deux ou trois variantes près, dans les Oiseaux de passage de Mme Anaïs Ségalas (1837) :
Squelette, réponds-moi. Qu'as-tu fait de ton âme ?
Flambeau, qu'as-tu fait de ta flamme ?
Cage déserte, qu'as-tu fait
De ton bel oiseau qui chantait ?
Volcan qn'as-tu fait de ta lave ?
Qu'as-tu fait de ton maître, esclave ?
Longtemps après, en revenant d'Espagne, Roger de Beauvoir, ayant ramassé une plume d'aigle dans les Pyrénées, l'envoya à Victor Hugo, qui était en exil, avec les vers que voici :
C'est un aiglon qui, regagnant son aire,
Laissa tomber sur le roc solitaire
La longue plume arrachée à son flanc ;
Je vis au bout une perle de sang,
J'en eus pitié... car vous êtes son frère !
Où planez-vous, dites, notre aigle à tous,
Pendant qu'ici la bise nous assioge ?
Près de ces monts aux épaules de neige,
On est si haut, qu'on doit penser à vous? Pic de la Y ignemaie (Pyrénées).
Certes l'envoi était de nature à toucher le cœur de l'auguste exilé. Il y répondit dans les Contemplations par les strophes qui ont pour titre : Au poète qui m'envoie une plume d'aigle, mais il omit de nous dire son nom — ce qui n'était pas tlatteur pour Roger de Beauvoir. Ce n'est qu'en lisant les Meilleurs fruits de mon panier que le public l'apprit, car on pense bien que Roger n'oublia pas d'y insérer la demande en même temps que la réponse.
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Antony (1), qui, de loin, l'avise, Loi pi sente en capote grise bligeant • d'an mort.
Tons deux prennent place au parterre Près d'une barbe ;'; caractère Et d'un pétase à large bord.
Viutrt Velasqnez, cent Véronète,
Plas an Macaire en poloi
\ u'unent leur offrir du renfort,
Foule attentive, ntc,
-, fatale et haleu C'est sérieux, vois-tu ".' du Victor !
Le beau moral, le laid physique, (Juasimodo mis eu musique,
ire, c'est géant, c'est fort !
Phœbus bien nourri 2), dit qu'il aime
tille belle et bohème Qu'il préfère au plus cher trésor.
-t le laid bossu qui la sauve Des griffes de Frollo, le chauve, i veut l'envoyer à la mort.
Et la cathédrale rugueuse Est la carapace fameuse De cet aimable hareng saur.
■ont-neufs les plus frénétiques Ecrits en des tons chromatiques Fredonnant sur son triste sort,
Et cette foule intelligente,
Noire, fatale et haletante Devant l'œuvre du grand Victor,
En songeant à la Notre-Dame, De tous ses nez fait une gamme, Ferme tous ses yeux, et s'endor
Et Sainte-Beuve qui s'agite,
Trempe de sueur sa lévite
Et se trouble aux doux sons du cm
(1) Antony Deschamps.
(a) C'était Nourrit qui jouait Phœbus.
Puis apercevant la Syrène Parmi les chameaux de la scène 11 s'élance vite au dehors,
Et tourne un vers sage et mystique Sur la Notre-Dame en musique Qu'il va réciter chez Pistor (1).
A l'époque où il composait ces petits vers plus spirituels que méchants, Roger de Beauvoir partageait avec Roqueplan l'honneur de faire rire le Café de Paris, aux dépens de ses habitués de marque. Véron fut un des premiers sur qui s'exerça sa verve. J'ai dit plus haut qu'il invitait souvent Musset à sa table. Gomme il paraissait affecter d'ignorer Roger de Belveder, celui-ci trouva moyen de se rappeler à son souvenir en lui décochant trait sur trait.
Il commença par le surnommer le prince de Galles, par ailusion à certaines cicatrices que le docteur cachait sous d'énormes cravates ; après quoi il le harcela de billets adressés à monsieur Véron dans sa cravate à Paris. Puis ce fut le tour d'Etienne Béquet, l'auteur du Mouchoir bleu, qui fut longtemps le critique théâtral des Débais. Que lui avaitfait ce bon Béquet? je n'en sais rien, mais il nous a laissé de lui, dans les Soupeurs de mon temps, un portrait qui est un petit chef-d'œuvre (2) et quand il mourut (i838) Roger lui décocha ce quatrain en guise d'épitaphe :
(1) Ces vers n'ont pas été recueillis dans l'œuvre poétique de Roger de Beauvoir.
(2) «L'aspect potelé, rubicond de Béquet, en faisait, dit-il, au premier abord, un personnage créé pour un jubilé du Parnasse. Il était pauvre, comme le frère Etienne de la chanson; son rire était fin, mais expansif, sa voix douce et mesurée, surtout quand il racontait. Tous les lauriers académiques ne valaient pas pour lui le moët frappé de glace. Il buvait souvent et longtemps, c'était un dégustateur, un doctrinaire en fait de flacons. Le trait le plus saillant de ce gastronome, de ce buveur émérite, c'était la béatitude. Alors son front nu, sa lèvre pendante, son clignement d'œil en faisaient une représentation parfaite du
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-il Bequet, le frano glouton, Qui but tout ce qu'il eut de rente ;
i gilet c'avait qu'un bouton, Son nez en comptait plus de trente.
le même temps, Balzac ayant intente an pro- : la Revue de Paris à propos du Père Gor-iot, prit parti contre le romancier en des ternies qui demandaient v engeance. La vengeance se fit attendre un peu, mais elle arriva tout de même et n'en fut que plus cruelle. Ce fut dans la Revue 'Parisienne qu'il ndée, en 18^0, pour faire concurrence aux es d'Alphonse Karr, que Balzac exécuta Roger. Parlant de l'auteur du Chevalier de saint Georges, il disait : « Celui-là, quel est-il ? Et d'abord il ne se nomme ni Roger ni de Beauvoir. »
— Alors, s'écria notre dandy, je ne réponds pour M. le Balzac qu'au nom de Pschitt ! C'est ce que nous alions voir !
ur-le-champ il lui envoya ses témoins. Balzac qui n'avait jamais manié un fleuret de sa vie, tenait d'autant moins à aller sur le terrain qu'avec son ventre énorme il était à peu près sûr d'y rester. Il dépêcha donc Gustave Planche à son adversaire après lui ; it une lettre d'excuses de quarante pages (i). Cela se passait dans la matinée. Quand Gustave Planche arriva rue de la Paix, où demeurait Roger, celuici prenait un bain. II le reçut dans sa baignoire.
— Vous voyez, Monsieur, que je ne puis prendre connaissance de votre message. D'ailleurs, si la chose était possible, je n'en ferais rien. Je me moque de la
>e de Balzac et ne veux que sa peau !
Quelquefois il se croyait obligé de parler latin. — Vœ ait-il en montrant aux garçons de Véry les bouteilles vit te lettre est aujourd hui en la possession de M. de Lovenjoul.
L'affaire s'arrangea, mais Roger ne pardonna jamais à Balzac et sur le moment pria ses camarades de ne plus le désigner que sous le mot de Pschitt. « Bien mieux, dit Philibert Audebrand, auquel j'emprunte cette anecdote, poussant cette plaisanterie jusqu'à ses dernières limites, il écrivit en présence de MM. Léon Gatayes et A. de Bazancourt, ses deux témoins, une lettre désignée à lui-même et dont l'adresse était ainsi conçue : A M. Pschitt, rue de la Paix ; et le lendemain, cette lettre lui était remise par le facteur de la poste.
— Vous voyez, disait-il à ses amis, grâce à M. H. de Balzac, me voilà célèbre sous le nom de Pschitt. L'auteur à'Eiigénie Grandet est pour moi comme un second parrain.
On ferait un petit livre exquis avec les traits d'esprit et les bons mots de ce Roger Bontemps et je sais de lui plus d'une épigramme digne de Martial: celle-ci par exemple, qu'il dédia à Mirés, quand il maria sa fille au prince de Polignac, colonel d'artillerie :