‹ Alfred de Musset (volume 2)Chapitre 36 sur 68 · SUR VICTOR COUSIN · texte numérisé non relu

SUR VICTOR COUSIN

Victor Cousin, je bénis ton martyre,

Et cet index qui maudit tes écrits.

Car le pape à coup sûr nous aurait mieux punis

En nous ordonnant de les lire.

Celui-ci non plus. Roger de Beauvoir l'improvisa, un soir de bal à l'Opéra, en entendant un domino lui crier : « Bonne nuit, Roger ! »

Votre souhait va bien me chagriner :

Entre nous, convenez qu'il n'est pas fort honnête, Nous n'aimons pas qu'on nous souhaite Ce que l'on pourrait nous donner (1).

Il paraît qu'à la fin de sa vie il avait rempli plusieurs centaines de carnets de quatrains, de distiques et d'épigrammes sur les uns et les autres, amis et ennemis. J'ai vu quelques-uns de ces petits carnets de poche chez son fils, et ce que j'en ai lu me fait regretter vivement que toute cette menue monnaie d'une frappe si originale et si fine n'ait pas été recueillie et mise en circulation (a). Gela ferait plus pour la

Les quatrains ci-dessus sont également inédits, (a) Voici quelques épiicramracs de lui que je trouve dans les Romanciers et Viveurs, de Philibert Audebrand :

l'n jour qu'il riait allé voir Dumas, il écrivit, en son absence, pour

ALFKF.D DE M'JSSET

mémoire de ce « Musset brun », comme on l'appelait encore, que tout ce qu'on a publié de lui et que ses démêlés retentissants avec M"e Doze, sa femme (1).

Car, après avoir bien noce et mangé le plus clair de son bien, il voulut se ranger, lui aussi, à l'exemple de Guttinguer, son ami et compatriote. Mais il n'eut pas la main heureuse, et si l'actrice qu'il épousa était jeune, jolie, pleine de talent, elle n'était pas plus faite que lui pour le mariage. D'où querelle à bref

lui lenir lieu de carte de visite, le quatrain suivant sur le carnet de sa cuisinière :

Sur ce carnet Dumas écrit Chaque jour tout ce qu'il dépense; Mais il n'y mettra pas, je pense, Tout ce qu'il dépense d'esprit.

En 1848, Crémieux était en butte à toutes sortes d'attaques de la part des réactionnaires. Pour ne pas être en reste, Roger de Beauvoir lui décocha ce trait :

Un bruit, que je crois controuvé, Se répand dans la capitale :

On dit que Crémieux s'est lavé.

— Mon Dieu ! que l'eau doit être sale ! Nestor Roqueplan avait la manie de collectionner les bassinoires. D'où ce distique de Roger :

Quand Nestor Roqueplan passera l'onde noire, Caron, l'interpellant, criera : « Viens, bassinoire!» Sur un auteur dramatique qu on rencontrait partout, mais qui, partout, n'avait que des demi-succès :

A [ncelot] ne sait que rater.

11 a raté l'Académie ; Il a raté la Comédie ;

Rue de Chartre (le Vaudeville) il ne peut rester, Malgré le désir qui l'enflamme, Et, le soir, il rate sa femme.

Sur Thôtel de la Païva, aux Champs-Elysées :

Quand donc finira-t-on ce bel hôtel d'albâtre? La Païva, pourtant, ne manque pas de plâtre. Enfin voici un distique quelque peu macabre sur la mort tragique de ce pauvre Gérard de Nerval qui fut un ami de Roger. Ce distique inédit m'est communiqué par son fils :

Dans de méchants garnis toujours las de coucher, Ton corps s'ennuyait tant que tu dus l'accrocher. (1) Mlle Doze (Eléonore-Léocadie) était née à Hennebont (Morbihan) le ao octobre 1822. Elle mourut à Paris le 3o octobre 1800.

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délai, injures et sévices, puis séparation amiable, suivie d'une guerre d<- papier Limbré qui ne dura pas

moins de six ans. .Mais le coup qui fut le plus dur à ce joyeux compagnon «le la Bohême dorée, ce fut d'abord la défense qui lui fut signifiée un jour, en vertu d'un jugement, tir garder ses enfants avec lui; ce fut surtout la perte Ai* sa fille, morte à i5 ans, le 18 novembre 1861. L'arrêt du tribunal lui inspira de belles strophes dont «vlles-ci :

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