‹ Alfred de Musset (volume 2)Chapitre 9 sur 68 · FAMILLE DE MUSSET · texte numérisé non relu

FAMILLE DE MUSSET

Far Octave TtiSSIKU

Seigneur du la Maisonïorl. «le l'Iran- ci Je la Courtoisie

Conseiller et maître de la Chambre «les C.jmp les du duc d'Orléans, eu i/|6i

Lieutenant L'entrai du badli de Blois

Marié à Jeanne de Homias, tille d'André et de Jeanne de Vdlcbresmc

Conseiller du roi, maître des requêtes de la duchesse d'Orléans

Lieutcnnnl-gviu'ral du gouverneur -liadli de Bloîs

par résignation de son père du 19 février i5o5

Marié, en 1 4 7 y , à Marie de Villcbresnie. lille de Macé de Villebrcsme

Mort vers i535

Seigneur de la Rousselîére, du Grand et du Petit-Ludc

général du bailli de Blois en t:,:',û. — Lieutenant-général du prcsidial de Blois, f

Marié, h- H février 1^7, à Marie Girard de Salmet

Fille de Nicolas Girard de Salmet, vicomte de Vallonné. Seigneur de la Bounaventun

et de demoiselle Claude de Saullc. — Mort vers i56n

Né le l> octobre i5S5, me ordinaire de la Chambre du roi t au Gouvernement de Philisbourg lit du a3 au 'j'4 janvier iG35 eu défenda

Mon S

' 1, ,er

chez Dame I\br

m' de SalmQt,

ré dons «gli

Seigneur de la Housselicre, du Prav, du Lude, d'Ozouer-lc-Brcuil et de la Courtois

Marié, le ouovembre i.'.So.a Cassandre de Peigne, tille de Jehan, sieur de Pray, et de Cassaudn

Pensionnera 1570, par Henri 1M pour ses services militaires

Commandait, en lâS-;, une compagnie de 'm hommes d'ordonnance

Mort, en novembre iTtijH, enterré dans l'église de Pray

Né le 1.6 .juillet 1088

igoeur de la Bonnavenlure, de la Courtoisie, du Lude et de Beauvoir

Gentilhomme de la Chambre du roi

Marié, le 16 novembre iuiâ, à Madeleine Bazin de Crémon ;, en i6i5, dans la guerre de la Valteliuc étant capitaine du régiment de Feuquîèrcs

Seigneur delà Bonnaventurc, de la Courtoisie, etc.

Capitaine au régiment de Beaucc, 18 décembre 1O37

Capitaine du régiment de Gaston, oncle de Louis XIV, i.'i juillet i6.'(5

Marié, le 20 novembre iG3y, à Aune Moreati, tille de Xné Moreau, conseiller du mi

Tué au siège du fort de Mardîck.le 38 juillet 1G45

Seigneur de la Bonnavenlure, du Grand et du Fetil-Mcsnil et de Palhay

Capitaine sous les ordres de Turennc en 1O74

Mari.', le l» janvier 167(1, à Marie-Jeanne de Palhay, de la paroisse de Mazangé

Fille de Henri de Pathny, seigneur baron de Clerèau et de demoiselle Marie Duval

Mort au manoir de la Bonnavenlure, le 10 septembre ifiyo.

Né le 3 février i684, Page de monsieur frerc de Louis XIV ier des armées du roi. Mort, le 8 janvier

r de la Bannavcolure, Courtoisie, Palhay, le Grand et le Petit Mesnil Capitaine de dragons Marié, le .'1 septembre 1707,3 Marguerite-Angélique du Bellay

Fille de François du Bellay, gouverneur pour le et de Marie du Tillet Décédés, lui. le 37 novembre 173:2, elle, le 3 févr

Seîçneur de la Bonnaventurc et de la Co

Marquis de Cognrrs, capitaine de grei

Marie eu secondes noces, le i1" mai 1

a Suzanne-Angélique Du Tillet.

[emlire .lu 1:

Député d,

nique 'd

i M.u-ir-Uar

s Malherbe-

Mort le 1

7 septembre

8, de Flosvillc

la Bonnaventurc le 4 a ment de Chartres, cheval are 1 7 0/|, à Jeanne-Cathei

Mort à Vendôme, en 17

Né à la Yaiidonnv, le <; Marié, le 2 juillet iSoi.ii Edmée-Claudèlt.

Pille de Claude-Antoine Guyol d.-s Herbiers,

Chef de divisit.ni an Ministère .le |

Mort du choléra, à Paris, le : «

Né, le 7 iam Marié, le ■■''• 0 a M"« d'Alto

Né le i" dccembri

\e.', le 1" décembre i8ijj,

Mariée, Pc i3avril i8/,6,

à M. Lardio, conseiller à I

Cour d'appel d'Angers.

Morleà Paris. le a janvier)

ses cm

demeura jusqu'à la fin la terre patrimoniale, le foyer île prédilection de la famille. La plupart des Musset y virent le jour et il est probable qu'an lieu de naître à Paris, rue îles Noyers i i , <laus une maison qui est appelée à disparaître, Alfred d<> Musset serait né, comme ses ancêtres, dans ce vieux et pittoresque manoir, si son père n'avait été, en 1810, chef de bureau de la première inspection du génie au ministère de la Guerre. Alfred n'en fut pas moins le dernier propriétaire, mais je doute qu'il y ait jamais habité (2). En tout cas, sa correspondance n'en souffle pas mot. Quand il était au collège, il passait généralement ses vacances près de Saint-Calais,au château de Cogners, chez un oncle à la mode de Bretagne. Après la mort de son père, arrivée en i832, la Bonnaventure ayant fait partie de son héritage, il s'en défît presque aussitôt, sans égards pour les souvenirs qu'elle représentait. Et aujourd'hui elle appartient à un gros vigneron du pays qui n'a pas l'air disposé à la vendre.

Voici son acte de naissance, extrait des registres du XIIe arrondissement de Paris, pour l'année 1810:

« Duia décembre 1810, à midi.

« Acte de naissance de Louis-Charles-Alfred (du sexe masculin), né le 1 1 de ce mois à onze heures du matin, à Paris, nie des Noyers, n° 33 (a), division du Panthéon, fils de Victor-Donatien de .Musset, propriétaire, et d'Edmée-Claudette Gnyot-Desherbiers, son épouse.

« Les témoins sont Clande-Antoine Guyot-Dcsherbicrs, ayeul maternel, âgé de soixante-cinq ans, jurisconsulte, ancien législateur, demeurant à Paris, dite rue et division n° 37, et Germain Ménard, âgé de soixante-sept ans, employé, demeurant à Paris, rue Saint-Jacques, n» 161.

« Sur la réquisition faite à nous, adjoint au maire du ia* arromi ment de Paris, SO ■■ir ledit Demusset (sic), père présent, lequel

a signé ainsi que !es témoins par devant nous, lecture faite dudit acte.

« Signé au resistre : Guyot-Dcsherbier , Y.-L). Demusset, Menard et Poulin, adjoint. »

(a) Paul de Musset, dans sa Biographie (p. 58), raconte qu'aux vacances de l'anuée 182a ils y passèrent quelques jours ensemble.

(a) Cette maison de la rue de§ Noyers porte actuellement le n-> 57.

Ce vigneron était assis devant l'âtre où flambait un beau feu de ceps et de sarments, quand je me présentai ù. l'huis de la grande salle qui lui sert de cuisine et de salle à manger. Il se leva à l'appel de son nom ; je lui exposai l'objet de ma visite matinale, il me souhaita la bienvenue et nous entrâmes tout de suite en conversation. Comme je connaissais l'histoire de la Bonnaventure et la suite non interrompue de ses propriétaires, je ne lui posai aucune question sur ce chapitre. Ce qui m'intéressait pour le moment, c'était le manoir lui-même, les détails de son architecture, sa façade, sa distribution intérieure. Malheureusement il n'en reste que la carcasse. Les portes ont perdu, dans le ravalement des siècles, leurs pilastres et leurs battants Renaissance, les fenêtres leurs tympans et presque tous leurs croisillons. Seule, la toiture a gardé sa belle envolée et une cheminée en forme de corbeille qui tire l'œil de loin par-dessus les arbres. Je me trompe: il y a encore, dans un mur de clôture, une ravissante porte du xve siècle que je suppose avoir appartenu à une chapelle aujourd'hui démolie. Cette porte aux gracieuses proportions et aux fines moulures est d'un joli style, et je ne m'étonne pas qu'on en ait offert plusieurs fois un bon prix au propriétaire actuel. Mais, comme il me le disait lui-même en me la montrant: «Vendre ainsi son bien, c'est le gaspiller. » La porte restera donc où elle est et ce qu'elle est, jusqu'à nouvel ordre.

Nous avons vu que la Bonnaventure avait été forti-

Bée pendant les guerres de religion. On ne s'en douterait pas aujourd'hui, car les murs d'enceinte ont perdu leurs créneaux, et les quatre tours d'angle ont plutôt l'air de pigeonniers, depuis qu'on a comblé les i les entouraient. Quant à la porte d'entrée, ou se voient encore les deux culs-de-lampe du cintre , «Ile ne porte aucune trace de l'ancien pontlevi<. i >n entre à la Bonnaventure de plain-pied, comme dans un moulin. Et cependant elle a encore grand air, et avec un peu d'argent il serait aisé de restaurer ses beaux restes.

Le corps de logis, bâti en façade sur une première cour, aspecte le midi. Au centre du pavillon principal, percé de hautes fenêtres, une porte à un seul mt s'ouvre sur un large couloir, d'où l'on pénètre à droite iche dans de vastes pièces aux pou-

trelles apparentes et, par une autre porte en face, dans le petit bois qu'arrose le Boulon.

Contre le pavillon d'angle qui forme équerre avec celui-ci, à l'extrémité d'un mur de séparation, un grand porche conduit de la cour d'honneur dans la cour de la métairie où le chant des coqs se mêle aux aboiements des chiens. Cette métairie, adossée au manoir, donne à ce dernier son vrai caractère et me reporte par la pensée au temps où les seigneurs étaient les maîtres de la glèbe. Ils avaient beau être d'un autre sang que leurs fermiers, ils vivaient tout de inèrn-' à côté d'eux, presque sous le même toit, les associant à leurs joies, à leurs peines, et prenant part aussi à leurs fêtes et à leurs deuils domestiques. C'est eux qui tenaient leurs enfants sur les fonts baptismaux, qui les mariaient, qui les dotaient. Il faut bien du reste qu'il y ait eu entre eux une

AUIIED DE MUSSET

sorte de lien de famille, pour que, pendant l'émigration, les métayers qui avaient quatre sous aient racheté spontanément, comme biens nationaux, avec l'intention de les leur rendre à leur retournes champs, les prés, les vignes, de ceux dont iis se regardaient toujours comme les très humbles vassaux. Il n'en va plus de même aujourd'hui; partout où le bourgeois a remplacé le noble, il y a antagonisme entre le propriétaire et le fermier. Décidément l'ancien régime avait du bon.

Pendant que ces choses me traversaient l'esprit, je cherchais de tous côtés, au-dessus des portes et fenêtres de la Bonnaventure, la trace de quelques inscriptions. Vous savez qu'au xve et au xvie siècle c'était l'usage des lettrés et des poètes de mettre des inscriptions grecques, latines et françaises sur toutes les ouvertures de leurs logis.

Parlant de la maison où Jean- Antoine de Baïf habitait à Paris, Golletet fils raconte qu'il se souvenait d'avoir vu, étant enfant, la maison de cet ami de Ronsard que l'on montrait comme une marque précieuse de l'antiquité. Elle était située sur la paroisse de Saint-Nicolas-du-Ghardonnet, à l'endroit où l'on a bâti depuis la maison des religieuses anglaises de l'ordre de Saint- Augustin (i), et sous chaque fenêtre de chambre on lisait de belles inscriptions grecques en gros caractères, tirées du poète Anacréon, de Pindare, d'Homère et de plusieurs autres qui attiraient agréablement les yeux des doctes passants. Sainte-Beuve, qui cite Colletet, ajoute : « Une de ces inscriptions, j'imagine, et non certes la moins appropriée, aurait

(i) C'est dans ce même couvent des Anglaises, bâti en i634, sur l'emplacement de la maison de Baïf, que fut élevée George Sand.

été celle-ci, tirée île Théocrite : « La cigale est chère à la cigale, la fourmi à la fourmi, et l'épervier aux éperriers, mais à moi la Muse et le chaut. Que ma maison tout entière en soit pleine, car ni le sommeil, ni l'éclat premier du renouveau, n'est aussi doux, ni

•mus ne plaisent aux abolies autant qu'à moi les Mines me sont chères (i). »

■ t te inscription, toute poétique qu'elle soit, n'a qu'un défaut, c'est d'être un peu longue pour l'entablement d'une porte ou d'une fenêtre. Les sentences qu'on employait alors à cet usage étaient ordinairement très courtes. «ZIÏEVAE BPAAEÛS — Hâte-toi lentement ! » disait l'inscription grecque gravée en creux au-dessus de la porte de la Gour-des-Pins (2). Le temps, qui a défiguré ce beau logis, a tout de même suivi ce sage conseil, puisque Jean-Antoine de Bail" pourrait encore aujourd'hui retrouver la main et l'esprit de son père sous les majuscules, hautes de trente

mètres, de cette sentence philosophique. Elles s'.mt également très brèves, les maximes que le père de Ronsard avait fait graver sur la façade de la cour intérieure et même sur les communs du château de la Possonnière. Elles ont trois mots tout au plus, mais elles

>ainte-Bcuve : Tableau de la Poésie française au xvie siècle,

'21 Le fief de la Cour-des-Pins,qui dépend aujourd'hui de la commune rroo, est situé à 3 kilomètres de la Flèche, et à 1 kilomètre environ des bords du Loir. 11 entra ■ i xv» siècle dans la famille des Baïf, par le rn.iriaçe de Jean, s< Balf, avec Marguerite Chastcignier de

i.heposay, qui eurent deux :i!s, dont Lazare, le cadet, m'- en iV.'O, x tilles dont l'une, Madeleine, épousa François de Chources, ou • hevaher, seigneur de Malicorne. — Le manoir est du xva siècle et fut remanié par Lazare >1 Baîf, mH y fit ouvrir l'admi. porte Renaissance dont il ne r^si/- que le fronton, et dans la grande salle la cheminée monumentale ornée de cinq médaillons dont deux sont bien conservés. Ils représentent une figure d'homme vu de profil, qui pourrait bien être sa maltresse, la Vénitienne, mère de Jean-Antoine.

3o ALFRED DE MUSSET

en disent long- à qui sait les comprendre. En voici quelques-unes : Veritas filia temporum. — Ne quere nimis. — Respice finem. Celles-ci s'adressaient à l'esprit. Il y en a d'autres qui ne parlaient qu'aux sens. Exemple : Sastine et obstine. — Voluptati et gra~ tiis, qu'on trouve sur les portes de la cuisine et de la tourelle qui conduit aux appartements. Cette dernière enfin : Avant partir, qui s'étale à toutes les fenêtres, fait penser au dernier regard que l'homme jette aux choses qui lui sont chères quand il quitte sa maison, peut-être pour ne plus revenir!... Et voilà ce qui constitue le charme incomparable de ces vieux manoirs de la Renaissance (i)! Ils n'étaient pas seulement bâtis avec de la pierre ouvragée comme de la dentelle, l'âme de leurs hôtes s'y épanouissait comme la fleur héraldique de leur blason.

Mais j'y songe, quelle sentence auraient bien pu faire graver au fronton delaBonnaventureles premiers propriétaires de ce joli castel ? Son nom seul n'en disait-il pas assez et, un peu plus tard, sa réputation joyeuse?... C'est sur cette pensée que je pris congé de l'aimable vigneron qui venait de m'en faire les honneurs.

(i) Je ne saurais oublier ici les deux vers latins gravés par Martin du Bellay, frère de Langey et du cardinal, sur la table de marbre noir qui surmonte la porte d'entrée du château de Glatigny, en Souday (Loiret-Cher) :

Fax habitet secara domi, sit robur in armis, Concilium prudens arma domusque regat.

Ce distique passe pour avoir été composé par Rabelais, à qui l'on attribue également — mais je n'en crois rien — l'architecture de ce magnifique château.

IGINB8

Cependant, je n'avais paa tout vu. Si je connaissais

le tableau, pour l'avoir regardé et admiré sous tous il me restait à voir le cadre, autrement dit les environs. Suivant le conseil que m'avait donné l'aubergiste du Gué-du-Loir, je montai la première cote de la route de Saint-Calais jusqu'à la fourche où se dresse un calvaire et, de là, en me retournant, je vis un des plus beaux spectacles dont puissent se remplir les yeux. A gauche, éclairés par Le soleil levant qui dorait leurs cimes, s'étendait la chaîne violette des coteaux modérés du Boulon. Leur base était encore dans la pénombre, et la vallée, qui

: qu'un immense tapis de gazon, ne laissait i cette hauteur, sous la brume transparente qui l'enveloppait, que le lacet sablonneux de la route d'Azé et le filet d'argent de la petite rivière. Devant moi, à perte de vue, sous un ciel d'orage qui les mettait mieux en relief, bondissaient, ainsi que des moutons, des collines et puis des collines, entrecroisées comme à plaisir, et, dans un coup de soleil qui ressemblait au jet puissant d'un phare électrique, les clochers et les tours démantelées du château de Vendôme se détachaient en clair sur c sse nuageuse et bondissante... Je

me crus transporté dans une autre région. Quoi! c'était là ce pays plat qui tout à l'heure m'avait causé une désillusion si vive ! Etait-ce un mirage comme j'en avais tant vu sur les bords de la Loire, ettout ce décor de féerie allait-il s'écrouler comme celui d'un théâtre au coup de sifflet du machiniste ? Nullement. C'est

qu'en effet, derrière Vendôme, les coteaux du Loir ont. dans le lointain, l'apparence de petites montagnes, et que les ducs de Vendôme les ont rendus plus imposants encore en les couronnant de tours carrées et de tours rondes à créneaux et à mâchicoulis, qui menacent le ciel de leurs ruines.

Après avoir contemplé quelques minutes ce spectacle vraiment grandiose, je descendis vers le bourg de Mazangé, dont dépend la Bonnaventure, par un chemin sinueux, profond, embocagé et tout fleuri de violettes et de primevères.

Une jeune paysanne passa qui menait ses vaches aux champs. Je lui demandai si j'étais loin du bourg, histoire d'ouïr le son de sa voix. Elle me répondit en souriant: « Ecoutez, Monsieur, v'ià la messe qui sonne !» — La cloche sonnait en effet, mais si doucement, si lentement, qu'on l'entendait à peine. Cependant les oiseaux l'avaient bien entendue, car ils se mirent tout de suite à chanter. Ce fut d'abord le coucou, toujours plus matinal que les autres, puis les merles et les fauvettes. Enfin, comme pour achever d'éveiller en mon esprit les vers qui depuis longtemps y dormaient, une bergeronnette sortit d'un taillis voisin et sautilla devant moi de branche en branche. Cette fois je n'y pus résister et, tout en marchant, je mêlai cette complainte au chant des oiseaux et de la cloche :

Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;

La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore,

Le printemps naît ce soir ; les vents vont s'embraser ;

Et la bergeronnette, en attendant l'aurore,

Aux premiers buissons verts commence à se poser.

Poète, prends ton luth et me donne un baiser.

Comme il fait noir dans la vallée !

J'ai cru qu'une forme voilée

SUS ORIGI 33

Bail Uk-bas gur la forêt.

Elle .sortait de la prairie :

Son pied rasail rnei be Beurie :

insre rêverie ; Elle s'efface e( disparaît.

ad t • > il luth, ta nuit sur la pelouse, Balance le zéphir dans son voile odorant,

La rose, vierge encor, se referme jalouse

Sur le frelon nacre qu'elle enivre en mourant.

i bien-aimée.

Ce soir, sous les tilleuls, à la sombre rainée I.e rayon du couchant Itfisse un adieu plus doux.

• ir tout va ileurir : l'immortelle nature S.- remplit de parfums, d'amour et de murmure, Comme le lit joyeux de deux jeunes époux.

Pourquoi ces vers de la Nuit de Mai m'étaient -ils revenus plutôt que d'autres ? Mystère et Bonnaventure ! Rien d'ailleurs ne ressemble plus au crépuscule que l'aube. « Je suis noire, dit l'esclave de Buçj- Targal) mais le jour a besoin de s'unir à la nuit pour uterTauroreetle couchant qui sont plus beaux que lui. »

!ais là de la complainte de Musset, lorsque

j'arrivai au bourg- de Mazangé. Il est charmant, ce

petit bourg-, avec ses maisons blanches et bleues grou-

3 autour de la vieille église. Il est coquet et propre

comme un sou, et les gens ont la mine avenante des

- où l'on fait du vin. La messe finissait de sonner;

lise. C'est ici, sous cette voûte en bois

polychrome et fleurdelisée, que les seigneurs de la

Bonnavcnture, les ancêtres du poète de Itnlla, venaient

1rs dévotions. Ils ont peut-être trôné dans ces

stalles du chœur, car eu ce t le seigneur et le

curé étaient, comme le dit Victor Hugo du pape et «le

i^ereur, les deux moitiés de Dieu. C'est à cet autel

34 ALFUBD DB MUSSET

qu'ils communiaient à Pâques et aux fêtes carillonnées, et qu'ils venaient à tour de rôle passer l'anneau d'or au doigt de leurs dames. Les vieux registres de ia paroisse sont illustrés de leurs signatures et quelques-uns d'entre eux dorment, en attendant la résurrection, sous les dalles sourdes de la nef unique... Ces souvenirs du temps jadis relient le passé au présent par le même lien mystérieux qui reliait cette église de village au manoir de la Bonnaventure, et je regrette infiniment pour ma part qu'Alfred de Musset, en vendant ce fief patrimonial, ait rompu le dernier fil qui le rattachait à ce pays. Oui sait si, dans ses heures de tristesse et de désespérance, il n'aurait pas trouvé là, parmi les tombes de ses aïeux, dans ce castel où ils avaient vécu de père en fils, dans cette humble église où ils s'étaient tous agenouillés, des consolations, un réconfort que ne purent jamais lui procurer les boissons frelatées des assommoirs de luxe qu'étaient Tortoni et le café de la Régence. Le poète qui a fait l'Espoir en Dieu m'autorise à poser ici ce point d'interrogation.

Mais ce n'est pas le moment de philosopher... Aussi bien, la cloche qui compte les heures au cadran de l'église de Mazangé m'avertit, en sonnant neuf coups, qu'il est temps de retourner au Gué-du-Loir, car le courrier repassera bientôt et je me suis promis de le reprendre pour aller à Vendôme visiter les monuments de la Renaissance et saluer la statue du poète qui la représente mieux qu'aucun autre.

Cette visite faite, je serai en règle avec ma conscience : je pourrai dire que je connais la Bonnaventure et tout le pays qui l'environne.

M fini, Vendôme a satisfait toute

ma curiosité d'à m de villes de France peu-

vent montrer un bijou architectural de la valeur de l'église de la Trinité. Ouanl à la statue de Ronsard, elle ne me plaît qu'à m ! laurée, son

grand manteau de cour et l'air solennel et suffisant dont il lit... Au t'ait, que peut-il bien lin' dans ce costume d'apparat — ou ,1e comédie? Ce ne peut être «pie Ii! Franciade. Or, ce n'est pas ce méchant poème qui Ta immortalisé. Ce qui lui a mis au front la couronne <i rquc et de Dante, c'est sa guirlande de sonnets à Cassandre et à Marie. Aussi, j'auvonlu que le statuaire l'eût représenté jeune, avec ■ste qu'il devait avoir quand il lisait à ses amis ce il sonnet qui chante encore dans un coin de moire :

cz-vous, vous esles paresses Ja la Raye alouette au ciel a fredo

idI doucement jar£*ontu:, ■us l'épine assis, sa complainte amoureuse.

. ■> ! debout ! allons voir l'berbeletle perleuse, Et vostre beau rosier de boutons couronné, Et vos œillets aimés auxquels aviez donné Hier au soir de l'eau d'une main si soigneuse.

Hartoir, en vous couebant. vous jurastes vos yeux

St (|ue moi ce matin éveillée; Mais le dormir de l'aube, aux filles gracieux,

i-> tient d'un doux sommeil encor les yeux sillée. ic je les baise, et vostre beau tetin,

ir vous apprendre à vous lever matin.

| II. — l'homme et l'œuvre

Un jour que nous causions ensemble de son grand frère, Paul de Musset me dit qu'Alfred avait le masque et l'âme d'un Italien de la Renaissance. J'aurais dû le faire s'expliquer, car l'auteur des Originaux et Extravagants du xvne siècle ressemblait plutôt, sous le rapport de l'esprit et des manières, à un gentilhomme du xvnie ; mais comme on peut être frère et sœur sans avoir rien de commun, physiquement ni moralement, et que je me souvenais d'avoir vu, dans le jardin de mon père, un arbre magnifique qui portait chaque année autant d'espèces de fruits qu'il avait de grosses branches et d'écussons, je me dis qu'il n'y avait rien d'extraordinaire à ce que Paul et Alfred de Musset aient eu une âme très différente, tout en ayant l'un pour l'autre beaucoup de sympathie naturelle.

Cependant le mot de Paul me resta, et lorsque, plusieurs années après, je vis le joli dessin de Deveria où Alfred est représenté en page, j'en sentis toute la vérité (i). Il n'y a pas à dire, en effet, le jeune blondin, qui porte si crânement ce costume de page, a bien le nez long, l'ovale allongé, l'air de famille des jouvenceaux florentins qui suivirent Catherine de Médicis à la cour de Henri II (2). Et quant à moi,

(1) Ce costume de pap;e est celui que portait Alfred de Musset à un bal travesti que Deveria donna chez lui en 1829.

(2) Cette caractéristique se retrouve également dans le médaillon de David d'Angers, que je préfère à tous les portraits du poète, même à celui de Landellc. Ce devait être l'avis de Musset lui-même, car, en

□marnas 37

aujourd'hui que je connais à fond ses origines si curieusement mêlées, le poète de Mardocke me fait bel et bien songer, suivant la remarque judicieuse de son Frère, à quelque Italien de la Renaissance qui. après avoir vécu à la cour du POÏ Henri II, serait tombé en léthargie et se serait réveillé à Versailles sous le règne «le Louis XV. Le temps, comme la musique, adoucit peu à peu les mœurs. Si Alfred de Musset avait dans les veines du sang des Salviati et des du Bellay, il avait également du sang de Guyot- Desherbiers, son grand-père maternel, qui était ami des idéologues, et poète par-dessus le marché, à ses moments perdus: j'entends qu'il tournait très agréablement Tépigramme et le madrigal (1). J'ai lu queldehors d* pis portraits par Devcria et David, il n'en a ménagé aucun dans cette boutade riméc :

Nadar, dans un profil croqué

M'a manqué ; Landelle m'a t'ait endormi

A demi ; Biard m'a produit éveillé

A moitié ; Le seul Giraud d'un trait rapide,

[n trépide, Par amour de la vérité.

M'a fait stupide.

Que pourra pondre dans ce nid Gavarni?

Le portrait de Giraud à l'aquarelle fut exposé en 1888 à l'Exposition des Maître* français de la caricature. Quant à celui de Biard, on ne sait ce qu'il est devenu. Il y a encore la miniature de M"0 Moulin, cousine du poète, et le petit portrait à la sanguine par Eugène Larni, que possédait Alexandre Dumas fils, et qui a été reproduit ainsi que les dessins du même peintre pour illustrer les œuvres d'Alfred de Musset. « 11 était de tournure distinguée, blond, le teint coloré, les yeux bleus, le nez lon£, la bouche mignonne et un peu boudeuse, en somme assez joli pardon, mail bouff es d'élégance, peu soigné. » (Mémoires

de d Allon-Sbee. t. I.p. 109.)

(1) Guyot-Dcsherbiers (Claude-Antoine), né à Joinville le a5 mai 174», fut reçu avocat au Parlement de Paris en 1782; après avoir été appelé, en 1770, aux fonctions déjuge au district du 2« arrondissement, il devint chef de division au ministère de la guerre, le 5 novembre 1770. 11 fit

ques-uns de ses pclits ouvrages : c'était vraiment un habile ouvrier. Le vers n'avait pas de secrets pour lui, il jonglait avec les rythmes et avec les rimes presque aussi bien que l'auteur des Odes funambulesques.

Musset avait donc de qui tenir au point de vue poétique. Et je n'ai pas dit que son père taquinait, lui aussi, la Muse. Mais il était surtout Salviati au point de vue des mœurs. Cela ressort, pour moi, d'un document de premier ordre auquel on n'a pas accordé jusqu'à ce jour l'attention qu'il mérite. Je veux parler de la lettre qu'il écrivait à Paul Foucher, sous la date du 23 septembre 1827, quand il n'avait pas encore dix-sept ans.

« Je m'ennuie et je suis triste, disait-il, mais je n'ai pas même le courage de travailler; eh ! que feraisje !... retournerais-je quelques positions bien vieilles? ferais-je de l'originalité en dépit de moi et de mes vers? Depuis que je lis les journaux (ce qui est ici (1) ma seule récréation), je ne sais pas pourquoi tout cela me paraît d'un misérable achevé ! Je ne sais si c'est l'ergoteriedes commentateurs, la stupide manie des arrangeurs qui me dégoûtent, mais je ne voudrais pas

partie du Conseil des Cinq Cents et en fut nommé secrétaire le icr prairial an VI (20 mai 1798). Envoyé au Corps législatif, au début du Consulat, il serctiraquelques années après etmourut au Mans, le 5 mars 1828. On a de lui des fragments des Heures et des Chats, poèmes qui eurent en leur temps un certain succès. Il a publié aussi une bonne édition des Lettres de Ninon de Lenclos au marquis de Sévigné.Parïs, 1800, 3 vol. in-18.

Parlant du sens poétique de son grand-père, Paul de Musset dit, dans la Biographie de son frère, qu'il ne se manifesta que par caprice. « Mais ce qui distinguait surtout M. Guyot-Desherbiers, c'était une gaieté gauloise, une manière pittoresque de dire toutes choses qui donnait un grand charme à sa conversation. Ce tour original se trouve dans les comédies de son petit-fils, notamment dans les rôles de Fantasio, de Valentin et de l'Octave des Caprices de Marianne. »

(1) 11 était au château de Cogners, chez son oncle, le marquis de Musset.

écrire, ou je voudrais être Shakespe i i hiller;

: • fais donc rien ! Je sens que le plus grand malheur qui puisse arriver à un homme qui a les passions \

de n'en avoir point. Je ne suis point amoureux ;

• Fais rien. Rien ne m'attache ici; je donnerais ma

vie pour deux sous, si, pour la quitter, il ne fallait pas

iser par la mort.

« Voilà quelles sont les tristes réflexions que j'entreliens. Mais j'ai l 'esprit français, je le sens! qu'il arrive une jolie femme, j'oublierai tout le système amassé pendant un mois de misanthropie, — qu'elle me fasse les yeux en coulisse, et je l'adorerai pendant au moins pendant six mois. L'âge me mûrira, j'espère, car je suis bon à jeter à l'eau.

«Jedonnerais vingt-cinq francs pour avoir une pièce Shakespeare ici en anglais; les journaux sont si insipides, — ces critiques sont si plats. Faitesdes systèmes, mes amis; établissez ries, vous ne travaillez que sur les froids moments du passé. Qu'un homme de génie se présente, et H renversera votre échafaudage et s? rira de • Uques. — Je me moment une envie de prendre une plume et de salir une ou deux feuilles de papier : mais la première difliculté me rebute ; un souverain dégoût me fail étendre les ! ermer les yeux.

« Comment me laisse-t-on ici si longtemps? J'ai besoin d'un joli pied et d'une taille fine; j'ai besoin d'aimer. — J'aimerais ma c qui est vieille et

laide, si elle n'était pas pédante et économe.

« Je l'écris donc pour te faire part de mes dégoûts et fie mes ennuis ; tu es le seul lien qui me rattache à quelque chose de remuant et de pensant ; lu es la seule chose qui me réveille de mon néant cl qui me

reporte vers un idéal que j'ai oublié par impuissance.

« Je n'ai plus le courage de rien penser. Si je me trouvais clans ce moment-ci à Paris, j'éteindrais ce qui me reste d'un peu noble dans le punch et la bière et je me sentirais soulagé. On endort bien un malade avec de l'opium, quoiqu'on sache que le sommeil lui doive être mortel. J'en agirais de même avec mon âme (i). »

La lettre est beaucoup plus longue, mais je n'en prends que ce qui importe à ma thèse. Vous avez entendu ce jeune blanc-bec qui, la veille, avait obtenu au concours général le second prix de philosophie avec une composition où il traitait les pyrrhoniens de sophistes (2), vous l'avez entendu parler de son désœuvrement, de sa manière d'aimer les femmes et de noyer son dégoût de l'existence ! D'où pouvait bien lui venir cette perversité précoce? Etait-ce des écrivains romantiques ou des petits poètes licencieux du xvme siècle? Je sais qu'il avait lu Faublas (3) et quelques livres de cette espèce, mais comme il avait été élevé dans sa famille, sous les jupons d'une mère qui, tout en le gâtant, ne lui épargnait pas les remontrances, ce n'est pas la lecture de Faublas qui aurait suffi à le corrompre. Et quant aux auteurs romantiques dont pouvait l'entretenir son camarade Foucher, ils étaient incapables de lui donner l'idée d^. mal faire. Sans être de petits saints, ils étaient religieux, tout à fait rangés, et prenaient au sérieux leur rôle d'éducateurs et

(1) Lettre publiée par Paul Foucher dans son livre intitulé : Entre cour et jardin. Amyot, éd., 18G7.

(a) Voici exactement le sujet de cette composition : Quœnam tint judiciorum motiva ? an cuncta ad unum possint rcduci?

(3 I « Tout cela ne vaut pas Faublas! » disait-il un jour en riant che.î Alfred de Vigny, à propos des Harmonies de. Lamartine, qui venaient de paraître. (Cf. les Souvenirs de Juste Olivier, t. Il p. 17.)

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.auteurs. Victor Hugo, qui passait déjà pour leur chef, édifiait tout le monde parsa sagesse. Sainte- Beuve, qui venait d'entrer dans son intimité, se sentait devenir meilleur à son contact. Emile Deschamps était toujours le jeune moraliste de la Muse/ranix poèmes de Moïse et d'Eloa imprint à la figure de \ .. ny quelque chose de grave et de chaste qui imposait le respect. Ce n'est qu'après le couj) de soleil île juillet i83o que tous se déverlèrent.

D"iic, en 1827, le cénacle de Joseph Déforme, où Paul Foucher avait ses entrées de faveur (r), ne pouvait sur l'esprit de Musset aucune influence malsaine. On m'objectera peut-être qu'en dehors du tele, et bien au-dessus de lui, il y avait dans la littérature romantique un homme qui, avant de mourir, longhi, d'une mort héroïque, avait rempli le monde et la chronique du scandale de ses aventuntes. Mais à l'époque où Musset écrivait la lettre qu'un vient de lire, il n'était pas encore hanté du souvenir de lord Byron. Il ne jurait que par Shakespeare. Et ce qui l'attirait par-dessus tout dans :\re du grand Will, c'était, à n'en pas douter, l'Italie de Roméo et Juliette, de Jules César, du More de Venise, car il rôvait de ce beau pays depuis que son précepteur d'italien lui avait commenté les sonde Pétrarque et la Jérusalem délivrée (a).

Lorsque j'ai la Pétrarque 'tant encore enfant, J'ai souhaité d'avoir quelque gloire en partage.

(1) En sa qualité de beau*frère de Victor Hugo.

(2) L'intlueare de la Jérusalem délivrée sur la littérature romanliju ■ ' .^calculable. Lamartine l'avait lue, très jeune. Viçny en avait traduit deux chants en vers français, avant de songer à écrire ses premiers poèmes.

il aimait en po;'-te et cliantait en amant.

De la langue des Dieux lui seul sut l'aire usage (i).

La preuve, du reste, que tout le portait vers l'Italie, ses penchants naturels et ses goûts littéraires, c'est qu'il la chanta sur tous les tons dans son premier recueil de poésies, et dans ses premières pièces de théâtre ; qu'après avoir mis en scène les artistes florentins de la Renaissance il éprouva le besoin d'aller voir comment étaient faits les lieux qu'il avait décrits, et qu'il ne fut pleinement satisfait que lorsqu'il eut trouvé dans les chroniques de Florence, au cours de son voyage avec George Sand, le sujet de son drame shakespearien de Lorenzaccio (2).

On a dit que c'était George Sand qui lui avait donné la première idée de cet ouvrage et le nom même qui lui sert de titre. La chose est bien possible, elle l'a inspiré tant de fois et sous tant de formes à partir de i833 ! Mais sans avoir lu son ébauche, qui est aujourd'hui en la possession de M. de Lovenjoul (3), je parierais bien que le drame de George Sand est à cent coudées au-dessous de celui de Musset. Pourquoi? pour deux raisons : d'abord parce qu'elle n'avait pas au même degré que lui l'entente du théâtre; ensuite parce qu'elle s'était contentée de lire Varchi. Tandis que Musset, après s'être documenté sur place, écrivit son drame avec son sang —qui n'était autre que le sang de Julien Salviati,dont il nous a tracé un si vivant portrait.

Savait-il qu'il descendait de cette famille florentine ? Je ne voudrais pas l'affirmer, mais le piquant serait

{1) Le Fils du Titien.

(2) M. Al.d'Ancona, dans une savante étude intitulée Alfredo de Masset e l Italia, a établi que le poète avait mis toute sa vie à contribution les chefs-d'œuvre de la littérature italienne (Mi!an,i8S3).

(3) Voir le chap. sur George Saud, au tome II de cet ouvrage.

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