BONNAVENTURE
Je ne connaissais pas encore ce coin du pays vendômois.
Ayant appris que les ancêtres d'Alfred de Musset étaient nés pour la plupart au Gué-du-Loir, l'idée me vint, au mois d'avril dernier, d'aller visiter leur manoir de la Bonnaventure.
— Mais il n'y a rien à voir! m'écrivait, quelques jours auparavant, un archéologue de Vendôme.
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— Qu'importe? lui répondis-je. En matière d'histoire, le adre est souvent plus intéressant que le tableau. Quand bien même il ne resterait de la Bonnaventure que des ruines informes, c'est assez du pays environnant et des souvenirs qui y sont attachés, pour qu'on puisse, avec un peu d'imagination, recomposer Ifâme de ceux qui l'habitèrent?
Et me voilà parti pour Vendôme! J'y arrivai à des-
au petit jour, afin de profiter de la patache qui
le service des dépêches entre cette ville et Mon-
toire. Car il y a douze kilomètres de Vendôme à la
inaventure, et j'avais plusieurs raisons de ne pas
faire la roule à pied. Tout d'abord je tenais à arriver
là-bas frais et dispos; ensuite, ayant un bon guide
sous la main, j'aurais été inexcusable de le négliger.
Je montai donc sur le siège de la voiture à côté du
courrier, et hue les belles!... Il était quatre heures et
demie quand nous quittâmes la gare de Vendôme, au
claquement joyeux du fouet et des sabots, battant le
pavé, des deux bètes attelées en flèche.
En quelques tours de roue, nous étions hors de la ville endormie, et la palache s'engageait dans la campagne.
Faut-il le dire? Ma première impression ne fut pas bonne. A certain moment elle fut même si mauvaise que je poussai malgré moi cette exclamation méprisante: « Quel pays plat, mon Dieu! mais nous sommes en pleine Beauce ! »
— Ohl Monsieur, riposta le courrier, ayez un peu tle patience: il n'y a de vrai plaisir en ce monde que celui qui se fait attendre. Tout à l'heure, nous allons entrer flans le Vendômois, et vous m'en direz des nouvelles! Vous voyez à gauche, dans le lointain, au
milieu des arbres, ce château dont les fenêtres miroitent au jour qui se lève ! C'est le château de Rochambeau qui a donné son nom à cette partie de la vallée. Eh bien ! quand nous l'aurons passé, ce qui est l'affaire d'un quart d'heure, vous ne direz plus que c'est la Beauce, je vous le promets.
Et comme s'il avait eu hâte d'avancer mon plaisir, il toucha du bout de son fouet ses deux chevaux qui partirent à fond de train. Le temps, d'ailleurs, était très agréable : peu ou pointde vent, mais une fraîcheur molle qui sentait l'orage. Justement il avait tonné la veille, elle ciel en était encore tout bouleversé. Il était par endroits d'un bleu très vif et qu'on aurait cru lavé par la pluie; par d'autres, il était taponné de gros nuages gris qui contenaient plus d'une menace, et, du côté de l'horizon, il y en avait de plus gros et de plus noirs qui se massaient, comme des escadrons prêts à entrer en ligne.
— S'il ne survient pas quelque bon coup de vent pour chasser tout cela, dit le courrier, nous pourrions bien avoir de l'eau avant midi!
— Pourvu qu'il n'en tombe pas avant mon retour! répliquai-je.
Cependant la vallée se rétrécissait à vue d'œil. A gauche nous avions passé Rochambeau, et l'immense plaine, si fatigante en sa monotonie, était devenue de proche en proche un joli tapis d'herbe grasse, de deux à trois cents mètres de large, où quelques rangées de saules et de peupliers à quenouille indiquaient le voisinage d'une rivière. A droite, nous longions à présent un coteau d'une forme et d'une tonalité que je me souvenais d'avoir vues ailleurs. De la base au faîte, avec des intervalles remplis par des vignes encore
5!.S On
jeunes, s'étageaient Je jolies maisons toutes blanches, bordées le long de la route <le petits jardins potagi que le chevalier Printemps avait déjà \ isitcs. Dans presque tous, effectivement, les cerisiers, les pruniers, 1rs amandiers et les pêchers étaient en fleurs, et c ela it, sous le ciel bleu capitonné de (fris, une chanson de couleur Manche et rose qui aurait réjoui la palette d'un , eintre.
— tlette fois, m'écriai-je, nous ne sommes plus en Beauce, mais en Touraine!
— Vous voyez bien, Monsieur, que vous n'avez pas perdu pour attendre.
Je venais de reconnaître, mais en petit et comme •mi miniature, le val et les coteaux de la Loire, entre [-Mars et Langeais. Ici et là, le tuffeau affleure le et met des taches crayeuses au flanc vert des collines. Ici et lu, les maisons riches et pauvres sont bâties cette pierre qui, si elle a l'inconvénient de s'effriter à la lune, comme on dit en Anjou, a l'avantage aussi de rester toujours blanche, et de s'harmoniser mieux qu'aucune autre avec l'ardoise d'Angers, qui reste toujours bleue. Blanches et bleues, telles sont les villes et les bourgades de la Touraine et du Vendômois. Mais à Langeais, comme à Villiers, qui est à mi-chemin <lc Vendôme et de la Bonnaventure, quelques vignerons ont eu l'idée originale et économique se loger dans la carrière même. Et rien n'est plus pittoresque que ces portes et fenêtres ouvertes à fleur de roche sur le val qu'elles regardent, et que ces cheminées qui fument à travers le plafond du coteau, parmi h*s ceps d>- rignesl La seule différence qu'il y ait d'un pays â l'autre, c'est qu'au delà de Vendôme toute I rallée est en prairies, tandis qu'aux environs de
l6 ALFRED DF. MCSSET
Tours les jardins et les vergers l'emportent sur les pâturages.
Tout à coup, après avoir passé les derniers feux de Villiers, au moment où je m'apprêtais à demander à mon guide si nous ne verrions pas bientôt le Loir, j'aperçus tout près de nous, entre deux berges basses, ombragées de peupliers droits comme des cierges, une large raie d'argent toute frissonnante, qui zigzaguait dans les prairies. Aussitôt, le beau paysage prit à mes yeux l'âme qui lui manquait, car un paysage sans eau, pour quiconque est né au bord d'un grand fleuve, c'est comme un corps sans âme, et j'éprouvai dans tout mon être un long frémissement de joie.
Il me sembla, tant certains noms sont évocateurs d'images et d'idées, que, derrière le rideau transparent des peupliers sans feuilles, s'avançait à notre rencontre, dans sa robe de brume légère, l'ombre royale de Ronsard; et machinalement, cédant à l'illusion, je prêtai l'oreille à la brise, comme si le poète vendômois allait chanter le « los » du Loir. J'avais déjà eu cette impression fugitive, il y a quelques années, en visitant la Gour-des-Pins, de Baïf. Seulement, à cet endroit du Loir, Ronsard ne m'était pas apparu seul. Il était accompagné de son ami, le poète des Mimes, et leurs chants accordés se mêlaient à la plainte du vent dans les saules ! Ne riez pas. Vous savez que les poètes de la Pléiade, en vue de renouveler la mythologie païenne, donnèrent leurs noms et leurs visages à chacune de leurs rivières natales. — Ronsard incarna le Loir; J. du Bellay, la Loire ; Peletier du Mans, la Sarthe; Maurice Scève, le Rhône; Pontus de Thiard, la Saône; Olivier de Magny, le Lot; Marguerite d Angoulême, la Charente, etc. Eh bien, tel est le près-
de l'art que ces belles riviè] rance conti-
nuent (!«' rouler dans la mémoire des humanistes les odes, les sonnets, les élégies des poètes qui les célébrèrent, il y a près de quatre cents ans.
Mais c'est surtout le Loir qui a le privilège- d'évoquer le nom et le souvenir de llonsard. Il est vrai que, de Couture à Vendôme, on retrouve partout la trace de ses pas. Le peuple qui n'a rien lu de lui, mais qui a toujours eu un faible pour les verts-galants, en parle comme d'un dieu ou d'un héros. Quand on érigea sa statue à Vendôme, toutes les filles du pays lui apportèrent d'^ Heurs. ..Ce qui n'empêche que l'autre jour surprise ne fut pas mince, en entendant une femme du peuple me demander curieusement si je connaissais la chanson de la Bonnauentare-aii-gut', de Ronsard.
— Non, ma bonne femme, lui répondis-je,et vous?
Je crus qu'elle allait me dire oui, au sourire énig-
ique qui flottait sur ses lèvres, et déjà je lui votais
toui actions de grâces. Il y a si longtemps que
je cours après cette chanson dont tout le monde ne
inattque la ridicule contrefaçonde Molière \Taime
vue ma mie au gué. Va veille démon départje feuil-
t^ore, mais inutilement, les recueils manuscrits
chans >ns populaires du xvie siècle qui sont à la
Bibliothèque Sainte-Geneviève. Et cependant ce n'est
nue fable inventée par quelque mystificateur : cette
chanson de la Bonnaventure-au-gué, dont le refrai;:
nous a tous fait danser, quand nous étions enfant
remonte bien au temps où Ronsard préludait à
Folastriet. Il est certain qu'elle lui fut inspirée par les
fredaines l'Antoine de Bourbon au manoir de la Bon-
naventure. Ces fredaines dont il fut témoin, d'aucuns
disent acteur, sont demeurées 'célèbres dans tout le pays. On en parle avec la même indulgence que des équipées de Henri IV. Mais, comme Ronsard négligea de recueillir ces couplets gaulois parmi ses œuvres de jeunesse, le temps, qui ne respecte rien, s'est plu à les défigurer. C'est ainsi que Molière, qui n'y regardait pas de si près, s'imagina de bonne foi que le mot « au gué » accolé à la Bonnaventure était l'équivalent pur et simple de gai, pris comme interjection. D'où le refrain de la chanson du Misanthrope :
J'aime mieux ma mie au gué J'aime mieux ma mie (1).
Or le gué chanté par Ronsard était tout bonnement le Gué-du-Loir, où la patache qui me portait vient précisément d'arriver.
Il était cinq heures et demie quand je mis pied à terre. Au même instant un pêcheur du village jetait, de l'avant de son bateau, ses filets dans la rivière. Je m'approchai de la berge pour jouir du coup d'œil. Un beau chien de chasse, l'œil amusé et la langue pendante, suivait à l'arrière tous les mouvements de son
(i)Dans la Clef des chansonniers, que Ballard publia en 1737,36 trouve une chanson qui pourrait bien avoir été mise en musique sur l'air de celle de Ronsard. En voici le premier couplet: Belles, regardez ma main
Je vous en conjure ; Dois-je soupirer en vain ?
Dites-moi pour le certain La bonne aventure, ô gué, La bonne aventure.
otaanaa 19
maître. Au bout de quelques minutes le pêcheur tira à lui la corde à Laquelle était pendu son épervier, etje vis frétiller au-dessus de l'eau les gardons et les brèmes qui s'étaient laissé prendre.
— .l'en retiens une friture, m'écriai-je.
— A voire service, Monsieur.
Et comme j'étais à jeun, j'allai tuer le ver dans une auberge, à la tète du pont où le Boulon se jette dans le Loir. C'est là qu'autrefois passait la voie romaine de Vendôme au Mans. La Bonnaventure est de l'autre côté de ce pont, au bord même du Boulon, dans lequel elle se mire, il n'y a donc pas besoin de prendre une lunette pour la découvrir. Mais comme elle est noyée dans la verdure, on n'en voit guère à cette distance les ileux tours coiffées d'ardoise qui commandent la route de Sain t-< Valais, la porte d'entrée toute grande ouverte et la haute toiture ducorpsde logis qui donne la cour intérieure.
Ce manoir du xv" siècle doit son nom à une chapelle aujourd'hui démolie qui était consacrée à saint Bonaventure, patron des tisserands. Ancienne dépendance de la maison des Templiers de Vendôme, il devint, en i'iyS, la propriété du chevalier Thomas Thacquain, et puis, au commencement du xvie siècle, relie de Jean de Salmct, compagnon d'armes et ami ■ Bourbon, qui en lit un lieu de délices. Il semble, d'ailleurs, que cette gentilhommière ait été prédestinée à cette fin joyeuse par son nom même, orthographié de certaine façon fi), et par sa situation tphique. Placée à l'intersection des routes du i-Vendômois, du Blaisois et du Haine, la noblesse de ces provinces, qui jouissait des faveurs du duc de
Uonne-Aventure/iui pourrait bien avoir été l'orthographe primitive.
Vendôme, pouvait s'y rendre facilement lorsqu'elle était invitée à chasser et à godailler avec lui. Elle n'eut pas trop à souffrir des guerres de religion. Cependant, quand Henri de Navarre autorisa, en 1079, Jean de Salmet, l'ami de son père, à la munir d'un pontlevis, c'était probablement pour la mettre à l'abri des coups de main.
À cette époque, la famille de Musset y fréquentait beaucoup; peut-être même en avait-elle la jouissance effective, car je vois dans sa généalogie qu'en i537 Claude de Musset, lieutenant-général du bailli de Blois, avait épousé Marie Girard de Salmet, fille de Nicolas Girard de Salmet, seigneur de la Bonnaventure et autres lieux. En tout cas, Ronsard y connut certainement ce Claude de Musset, — à moins qu'il n'ait fait sa connaissance à Blois vers le temps où il fit la rencontre de Cassandre Salviati (1). Oui sait même s'il n'assista pas, en i58o, au mariage de la fille de Cassandre avec le fils de Claude de Musset (2) ?...
(1) Cassandre Salviati appartenait à cette fameuse maison florentine dont un membre était, dès la fin du xv" siècle, grand gonfalonier de la Republique, qui avait fourni, selon les généalogistes, trois cardinaux à Rome, douze gonfaloniers à Florence, plusieurs nonces et les ducs de Giulano. Brantôme rapporte que cette famille était alliée aux Médicis.
Le premier de ses membres établi en France fut Bernard Salviati, qui, en 1017, acheta Talcy, situé entre Vendôme et Marchenoir, et en fit hommage, en i5ao, à Jean II d'Orléans-Longueville.
Bernard épousa Françoise Doucet, dont il eut quatre fils : Antoine, Jacques, Jean, seigneur de Talcy après lui et père de Diane, François, chevalier de Malte, et deux filles, Marie et Cassandre.
C'est probablement à Talcy que naquit cette dernière, et sans doute vers i53o. puisque Ronsard^ en son sonnet xvni, commence ainsi le portrait de Cassandre :
Une beauté de quinze ans enfantine...
Le poète la vit pour la première fois le 21 avril i545 à Blois.
(Cf. à ce sujet l'article publié par M. Henri Longnon, dans la Revue des questions historiques du i« janvier 1902, et celui de M. Paul Laumonier, publié dans la Revue de la Renaissance d'octobre-décembre de la même année.)
(2) Cassandre Salviati,qui avait épousé Jehan de Peigné, seigneur de
IUGINES
L'auteur des Xuits, arrière-petit-fils de la Cassan-
dre vie Ronsard ! écrivait, il y a quelques années, M. Henri Longnon, voilà un lien avec la Pléiade que ne soupçonnait ['as l'école romantique, qui prétendait si bien renouer la tradition poétique du xvr9 siècle (i) ! » Certes la rencontre est piquante, mais si M. Henri Longnon avait poussé ses recherches un peu plus loin, il aurait découvert dans les origines d'Alfred de Musset un autre lien, bien plus direct et bien plus intime encore avec la Pléiade, puisque, en 1707, l'arrière-grand-père du poète de Mardoc/ie et de Namouna, Charles-Antoine de Musset, qui lui-même était petit-fils de la fille de Cassandre, épousa Marique du Bellay, fille de François du Bellay, gouverneur, pour le Roi, à Vendôme, lequel descendait ni droite ligne de la brandie des duBellay- <le Joachim (2).
pie temps après sa rencontre avec Ronsard, survécut au
. ne ou sait, en iôtG. M. Marlelliere, avoué à Vendôme,
lillc I" cartulaire de la .Maison-Dieu de cette ville, a trouvé
un acte d'elle (procuration passée devant Lasseron, notaire) en date
ans historiques du icr janvier 1902.
llay, lils aîné de Claude et de Siméone Bouchard, re-pelit-fils de Siméon, chef de la branche «le Champagne, le sixième fils de Hugues, tué à la bataille u'.Azin- -abrau de Montigny.
llay, qui avait épouse, par contrat du 18 septembre
Jean du Tillct, seigneur de Gouaix et de Loré. en la irrandc chambre du Parlement, et de .Marie Dourat, ir de Vendôme par suite de la démission de sou pire, nommé, en iGG3, lieutenant des maréchaux de ! eu.
: uits de ce mariage :
iude; a» 1 1 ; (ut enseigne des galères du roi ;
ine de dragons ;
novembre 1707, à M** Iilic du Tillet, chevalier, sr «le I.
C« M i . née le ai avril 1G80, à Oysseau, pays du
ALFRED DE MUSSfcT
Nous enregistrerons tout à l'heure les miracles de cet atavisme, mais auparavant il nous faut dire quelques mots des ancêtres d'Alfred de Musset.
S'il faut en croire le frère du poète (i), la famille de Musset serait originaire du duché de Bar. Mais elle ne nous intéresse qu'à partir du jour où elle vint s'établir dans le Blaisois et le Vendômois, c'est-à-dire à partir du xve siècle. Le premier dont il soit fait mention dans l'histoire, Simon de Musset, était, en il\6i, seigneur de la Maisonfort, de l'Etang et de la Courtoisie, et remplit les fonctions de conseiller et maître de la Chambre des Comptes du duc d'Orléans. Il portait: d'azur, à l'éperuier d'or, chaperonné, longé et perché de gueules. Sa devise, qu'il avait empruntée à l'un de ses fiefs, était : Courtoisie, mot dérivé de cour, qui s'écrivait court anciennement. Court — courtois, courtisan : en ce temps-là, on n'était pas l'un sans l'autre.
En i5o5, Simon de Musset résigna ses fonctions, en faveur de son fils Denis qui avait épousé, quelque vingt
Bas-Maine, mariée, le 5 septembre 1707, à Mro Charles-Antoine de Musset, chevalier, sr de la Bonnaventure ;
70 Marthe-Magdeleine-Etiennette, morte religieuse ;
8° Joseph-Augustin, prêtre, chevalier seigneur de Rocaneuf,chanoine et chancelier de l'église collégiale de Vendôme. Il acheta le fief de la Massuère près Celle, où il mourut, le 23 octobre 1765. A sa mort, le domaine de la Massuère passa par héritage à la maison de Musset;
9° Marie-Louise, née le 1 3 novembre 1689 et morte religieuse.
François du Bellay mourut en 1712 et sa femme en 1731. Ils furent inhumés tous deux dans l'église des Hayes, canton de Montoire.
(Cf. le Bulletin de la Société archéologique du Vendômois de juillet-septembre 1905.)
(1) Biographie d'Alfred de Musset, par Paul de Musset.
sis ORIGINES
ans auparavant, la tiile de Macé de Villebresme, mat- Ire d'hôtel de Marie de Clèves, mère de Louis XII.
Villebresme passaient pour être alliés à Catherine du Lys, nièce de Jeanne d'Arc.
A la suite de son mariage avec Marie Girard de Salmet, qui lui avait apporté la seigneurerie de la Bonnaventare, Claude de Musset, déjà nommé, se réclamant de cet illustre parentage, prit pour devise : ie-Boniu'-Aïu'nturc-dii.r-Pteuses (i), qui se perpétua dans la famille et qu'Alfred de Musset n'oublia jamais de joindre à ses armes. L'alliance des Villebresme aux du Lis a été contestée dans ces dernières années par un savant généalogiste (2), mais il n'aurait pas fait bon soutenir cette dispute devant notre l'antasio. car il était très fier de ses quartiers de
lesse et rabroua plus d'une fois Rachel, quand elle l'en plaisantait.
( n soir qu'une de ses petites amies, danseuse à l'Opéra, dînait au Palais-Royal avec « un prince, fils d'un ancien roi, bon prince et galant homme », Musset
t arrivé au dessert se mit à table et offrit des pèches à la ballerine, en lui racontant une histoire invraisemblable sur la vertu des pêches appliquée aux jeunes lies. I 11 peu confuse, elle lui demanda s'il la prenait pour une Jeanne d'Arc. Alors, dit Arsène lloussave, à qui j'emprunte cette anecdote, il leva le front et parla plus haut :
— Jeanne d'Arc, sachez qu'elle fut mon arrièregrand'tant.--
(1) Preuse, féminin de preux.
tacha de Molaudoii (Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais, t. XVII).
(3 Cf. les Confessions d'Arsène Houssaye, t. I, p. 17Z, et t. V, p.iôa.
24 ALKHED DE MUSSET
Après avoir rempli, cent ans durant, des fonctions administratives et judiciaires, les de Musset embrassèrent la carrière des armes, où ils ne tardèrent pas à se signaler par leur courage. Le fils aîné de Guillaume et de Cassandre Salviati fut tué, en i635, à Phiiisbourg, en défendant cette place. Son frère Charles, qui était gentilhomme de la Chambre du roi, fut tué également dans la guerre de la Valteline, à la tète du régiment de Feuquières. Le fils de celui-ci périt de même au siège du fort de Mardick, le 28 juillet r645, quinze jours après avoir été nommé capitaine du régiment de Gaston, oncle de Louis XIV. Son petit-fils, Alexandre-Henri de Musset, mourut dans son lit, mais il n'en eut pas moins une vie glorieuse. Ayant débuté comme page de Monsieur, frère de Louis XIV, il devint brigadier des armées du Roi.
Le mariage de Charles-Antoine avec Marguerite - Angélique du Bellay, sans rien changer aux traditions militaires de la famille, donna à son sang une nouvelle vigueur. Jusque-là, à de rares exceptions près, les seigneurs de la Bonnavenlure semblaient s'être appliqués, de père en fils, à n'avoir qu'un seul héritier mâle, au risque de perdre avec lui en un jour toutes leurs espérances . Marguerite-Angélique du Bellay, qui appartenait à une famille où les enfants étaient aussi nombreux que les fiefs — et ce n'est pas peu dire — suivit l'exemple de ses parents .
En quelques années, elle eut quatre enfants, dont deux fils qui, s'étant mariés, prirent, pour se distinguer l'un de l'autre, le nom d'une de leurs terres. L'aîné s'appela le marquis de Cogners et le cadet Musset-Pathay. C'est de la branche des Musset-Pathay qu'est issu le père d'Alfred. Mais la Bonnaventure