TEXTE DU MANUSCRIT
J'avais perdu l'adresse exacte d'Aiigerville [\).Je viens de la retrouver trop tard. — Merci d'abord de la lettre de Paolita(2). Elle est bien g'entille, mais moins que vous, qui ne manquez jamais une occasion d'envoyer un moment de joie à ceux qui vous aiment. Vous êtes la seule créature humaine mâle ou femelle, que je connaisse faite ainsi.
Un bienfait n'est jamais perdu : en réponse à votre lettre sur Desdémone, je veux vous servir un souper chez M'i'Rachel qui vous amusera peut-être, si nous sommes toujours du même avis. Ma petite scène sera pour vous seule, d'abord parce que la noble enfant déteste] les indiscrétions et ensuite parce que, depuis que je vais quelquefois chez elle, on a fait tant de cancans et de bavardages niais que j'ai pris le parti de ne pas seulement dire que je l'ai vue aux Français.
On avait joué Tancrède, et j'étais allé dans l'entr'acte lui faire compliment sur son costume, qui était charmant.
Au quatrième acte, elle avait lu sa lettre avec un accent plus touchant, plus profond que jamais ; elle-même m'a dit qu'en ce moment elle avait pleuré, et s'était sentie émue à tel point qu'elle avait craint d'être forcée de s'arrêter. Au sortir du théâtre, le hasai*d m'a fait la rencontrer sous les g"aleries du Palais-Royal, donnant le bras à Bonnaire et suivie d'un escadron de filles, parmi lesquelles M''« Rabut, M*ie Dubois, du Conservatoire, etc., etc.
(i) Je suppose qa'Alfred de Musset s'était proposé d'adresser ce récit à M™'' Jaubert, qui se trouvait alors chez Berrjer, à AugerviUe, quand il apprit qu elle était de retour à Paris.
(2) Pauline Garcia.