MORT DE SOUMET
3o mars i845.
Après onze mois de martyre, il a succombé à des f douleurs inouïes. Il sentait son état désespéré et nous i déchirait le cœur par ses prédictions.
« Alfred, qu'on a de peine à mourir ! » me disait-il sans cesse ; — et un jour surtout : « Vous venez prendre la mesure de mon cercueil », ajouta-t-il.
Je résolus en moi-même de ne pas me présenter pour le remplacer s'il mourait le premier, et le priai si gravement de ne jamais me parler de l'Académie qu'il n'en fut plus question depuis entre nous.
Sa sensibilité nerveuse était extrême. Il s'exag-érait tout, et pour cela semblait exag-éré; mais il ne l'était pas. c'était sa nature d'être affecté, à force d'être ému par des riens.
ÉLECTION DE M. AMPERE
Jeudi, 22 avril.
M. de Chateaubriand s'est fait porter à l'Académie.
Hors les jambes, qui n'ont plus de mouvement, il est, dit-il, fort content de sa santé. Il est venu exprès pour soutenir Ampère, qu'il protège. Sa tête octogénaire est plus belle que dans l'âge mûr je ne l'avais vue. — Afin qu'on ne le vît pas arriver, il s'est fait apporter avant tous. Une sorte de coquetterie de vieillard lui fait craindre surtout d'être surpris en flagrant délit d'infir-
JOURNAL DCN POÈTE ^65
Tiité. — Il est assez ému du plaisir de se voir encore •ompté parmi les vivants et de l'espoir de l'élection Ir Ampère. Le bon Ballanche est auprès de lui et parait ier de le voir arrivé à un second étag"e; ses g-rands l'eux sont attendris et son beau regard devient alors il'une inexprimable douceur. Cette grâce lui a sans :loute été donnée d'en haut pour tempérer la laideur urprenante que lui donne la loupe de sa joue gauche, fui le rend difforme.