ROMAN MODERNE. UN HOMME D HONNEUR
L'honneur est la seule base de sa conduite et remîlace la relig-lonen lui. — Lui faire passer sa vie entière Dar toutes les professions actuelles, dont en même emps son contact fera ressortir les défauts et dont sa conduite fera la satire.
L'honneur le défend de tous les crimes et de toutes es bassesses : c'est sa religion. Le christianisme est nort dans son cœur. A sa mort, il regarde la croix ivec respect, accomplit tous ses devoirs de chrétien iomme une formule et meurt en silence.
L'ennui est la grande maladie de la vie; on ne cesse le maudire sa brièveté, et toujours elle est trop long-ue, Duisqu'on n'en sait que faire. Ce serait faire du bien mx hommes que de leur donner la manière de jouir ies idées et de jouer avec elles, au lieu de jouer avec es actions qui froissent toujours les autres et nuisent m prochain.
Un mandarin ne fait de mal à personne, jouit d'une idée et d'une tasse de thé.
Le gentleman ou g-entilhomme est l'homme d'honaeur même qui, par les convenances, est retenu dans es limites de bonne conduite et de bienséance que la f"elig-ion n'atteindrait pas ; car il y a des choses que ferait un prêtre et que jamais ne pourrait faire un g-alant homme.
Je crois, ma foi, que je ne suis qu'une sorte de moraliste épique. C'est bien peu de chose.
t\f\0 ALKflED PK VIGNY
11 est déplorable qu'un poète comme Lamartine, s'il s'avise d'être député, soit forcé de s'occuper des bureaux de tabac que demandent des commettants. Il devrait y avoir des députés abstraits, députés de la France, et d'autres députés des Français.
La majorité des publics grossiers, en France, cherche dans les arts Vamasant et jamais le beau. De là les succès de la médiocrité.
Je ne peux plus lire que les livres qui me font travailler. Sur les autres, ma pensée g'iisse comme une charrue sur du marbre. — J'aime à labourer.
Si le bonheur n'était qu'une bonne heure? s'il ne nous était donné que par instants ?
On dirait que la question relig-ieuse trop débattue a fatigué la tête du monde. — Il n'a plus la force d'y penser.
Si j'étais peintre, je voudrais être un Raphaël noir ; forme angélique, couleur sombre.
Le tempérament ardent. c'est l'imagination des corps.
Les hommes d'action s'étourdissent par le mouvement,pour ne pas se fatiguer à achever des idées ébauchées dans leur tête. Doués d'un peu plus de force, ils s'a.ssoiraient ou se coucheraient pour penser.
Consolons-nous de tout par la pensée que nous jouissons de notice pensée même, et que cette jouissance, rien ne peut nous la ravir.
La contemplation du malheur même donne une
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Il issance intérieure à l'àme, i{ui lui vient de son traiil sur l'idée du malheur.
Dans l'état actuel des théâtres, et tel qu'est le public,
li peu d'estime pour une pièce qui réussit, c'est signe
■ médiocrité; il faut au public quelque chose d'un peu
issier; Henry Monnier était un acteur trop fin pour
3 parterre, Ingres est trop pur de dessin. Decamps trop
.rig-inal, Delacroix trop coloriste. — Je me méfie aussi
'un livre qui réussirait sur-le-champ et sans un an
u moins d'intervalle pour que l'élite puis.se v conver-
ir la masse idiote.
Le christianisme est un caméléon éternel. — Il se ransforme sans cesse.
Il n'y a pas un homme qui ait le droit de mépriser les hommes.
Je n'ai pas rencontré un homme avec lequel il n'y eût [uelque chose à apprendre.
Il n'y a jamais eu ni ordre ni liberté nulle part, et amais on n'a cessé de désirer l'un ou l'autre.
La vérité sur la vie, c'est le désespoir. La relig'ion îu Christ est une relig'ion de désespoir, puisqu'il déses- Dère de la vie et n'espère qu'en l'éternité.
0 mystérieuse ressemblance des mots ! Oui, amour ,u es une passion, mais passion d'un mart^T, passion îomme celle du Christ.
Passion couronnée d'épines où nulle pointe ne manque.
La religion de l'honneur a son dieu toujours présent dans notre cœur.
D'où vient qu'un homme qui n'est plus chrétien ne fait pas un vol qui serait inconnu "I L'honneur invisible l'arrête.
Les masses vont en avant comme les troupeaux d'aveugles en Ég-jpte, frappant indifféremment de leurs bâtons imbéciles ceux qui les repoussent, ceux qui les détournent et ceux qui les devancent sur le grand chemin.
Je ne sais pas si l'apprêt qu'il exige n'est pas un des g-ermes de mort de l'amour.
Cette nécessité d'être toujours sous les armes finit par fatiguer l'un et l'autre amoureux.
L'honneur, c'est la poésie du devoir.
Quand vint la révolution de Juillet, le soldat était mort en moi depuis quatre ans ; il ne restait que l'écrivain, regai^dant si la liberté serait tuée ou sauvée.
Le seul gouvernement dont, à présent, l'idée ne me soit pas intolérable, c'est celui d'une république dont la constitution serait pareille à celle des Etats-Unis américains.
Le moins mauvais gouvernement est celui qui se montre le moins, que l'on sent le moins et que l'on paye le moins cher.
Las des compositions trop tortillées,je viens d'en faire une de cellesdont on peut dire: c'est une idée, — comme
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Chatterton. — 11 n'y a rien de compliqué, — c'est tout simple. Un caractère développé, et voilà tout ; je ne sais pas comment on jug-era d'abord le capitaine Renaud ; mais je suis- sûr que, plus tard, si ce n'est dès à présent, on sentira qu'il représente le caractère de l'officier éclairé actuel, comme il doit être.
Je l'ai écrit du 22 juillet au 11 août t835.
Je ne sais pourquoi j'écris. — La gloire après la mort ne se sent probablement pas , dans la vie, elle se sent bien peu. L'arg-ent? Les livres faits avec recueillement n'en donnent pas. — Mais je sens en moi le besoin de dire à la société les idées que j'ai en moi et qui veu-; lent sortir.
L'indépendance fut toujours mon désir, et la dépendance ma destinée.
Le cœur a la forme d'une urne. C'est un vase sacré tout rempli de secrets.
Le mot de la lang-ue le plus difficile à prononcer et à placer convenablement, c'est moi.
Notre littérature ne jette souvent que des cris de malade, comme Volupté, Dernières paroles, etc., etc.
Je pense qu'il y a des cas où la dissipation est coupable. Il est mal et lâche de chercher à se distraire dune noble douleur pour ne pas souIVrir autant. Il faut y réfléchir et s'enferrer courag-eusement dans son épée.
Julien commence un poème ; dans les intervalles, il dirige le monde et gagne des batailles.
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Il donne le poème à l'un de ses amis, Libanius, en mourant.
Un vers lui coûte plus que le plan d'une bataille.
Toujours en conversation avec moi-même, je me parle de choses dont les hommes ne se parlent que rarement entre eux ; et c'est une chose de jour en jour plus pénible pour moi que de répondre à ceux qui me parlent sur des futilités.
Je pourrais dire à presque tout le monde : « Je voudrais être seul dans ce moment pour écrire ce que je pense tandis que vous me parlez. '>
La vue des hommes m'invite à des pensées intérieures, contraires souvent à celles que je dis, et faites pour être tenues en réserve pour un temps meilleur, parce que je sais qu'elles amèneraient de trop long^ues explications qui me fatig-ueraient la poitrine. Je me tais et je deviens distrait. D'autres fois, je parle d'autre chose avec une long-ue dig-ression et sans plaisir. Les attentifs ou ceux qui m'aiment peuvent deviner aisément que la crainte de perdre une autre idée meilleure m'interrompt quelquefois et me fait dire des paroles oiseuses.
L'ennui est la maladie de la vie.
Pour la guérir, il suffit de peu de chose : aimer, ou vouloir. — C'est ce qui manque le plus g-énéralement. Et cependant il suffirait d'aimer quelque chose, n'importe quoi, ou vouloir avec suite un événement quelconque, pour être en goût de vivre et s'y maintenir quelques années.
Avoir une tête sérieuse où chacun vient verser des sottises chaque jour par les deux oreilles, quel supplice !
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Les jeunes auteurs prennent des sujets plus forts que leurs pensées et leur style. Le cheval jette à terre le cavalier.
Je ne fais pas un livre, il se fait.
Il mûrit et croît dans ma tête comme un fruit.
Dittmer vient me voir. Causé de Servitude et Grandeur militaires. Il pense, comme moi, que l'honneur est la conscience exaltée, et que c'est la seule rellg-ion vivante aujourd'hui dans les cœurs mâles et sincères. Mon opinion porte ses fruits.
MINUrr, APRÈS LA LECTURE DE JOCELYN
J'ai lu, j'ai pleuré, j'aime dans ce livre tout ce qui est hymne, — prière ou méditation. Tout cela est beau et g'rand. L'adoration dans le temple, les rêveries de Jocelyn près de Laurence avant qu'il soit reconnu pour femme, l'admiration qu'il a pour cet ang-élique enfant, -tout cela est adorable. Là surtout est le caractère délicieux et fécond du beau talent de Lamartine, inépuisable dans tout ce qui est sentiment, amour de belle nature et description d'une beauté.
On ne peut répandre son âme dans une autre âme que jusqu'à une certaine hauteur. Là, elle vous repousse et vous rejette au dehors, écrasée de cette influence souveraine et trop pesante.
Julien pousse l'idée chrétienne jusqu'au dépérissement de l'espèce et à l'anéantissement de la vitalité dans l'Empire et dans les individus.
Arrivé à ce point, il s'arrête épouvanté et entreprend de rendre sa vigueur à l'homme romain et à l'Empire. Voilà comment il faut l'envisag-er.
Comment ne pas éprouver le besoin d'aimer ? Qui n'a senti manquer la terre sous ses pieds sitôt que l'amour semble menacer de se rompre ?
L'amour est une bonté sublime.
Le travail est un oubli, mais un oubli actif" qui convient à une âme forte.
Aimer, inventer, admirer, voilà ma vie.
AU IVrAlNE-GIRAUD
Novembre.
Les lettres ont cela de fatal, que la position n'y est jamais conquise définitivement. Le nom est, à chaque œuvre, remis en loterie et tiré au sort pêle-mêle avec les plus indignes.
Chaque œuvre nouvelle est presque comme un début. Aussi n'est-ce pas une carrière que celle des lettres !