JOURNAL D LN POETE
Larmes saintes! larmes bienheureuses! d'adoration, i'admiration et d'amour!
L'amour physique et seulement physique pardonne oute infidélité. L'amant sait ou croit qu'il ne retrouvera nulle volupté pareille ailleurs et, tout en gémissant, i'en repaît.
Mais toi, amour de l'âme, amour passionné, tu ne )eux rien pardonner.
Pour l'homme qui sait voir, il n'y a pas de temps )erdu.
Ce qui serait désoeuvrement pour un autre est observation et réflexion pour lui.
h' Histoire universelle de Bossuet, c'est Dieu faisant |ne partie d'échecs avec les rois et les peuples.
,Les Affinités électives que le préfacier de Goethe ritique amèrement. C'est un grand malheur que de porer avec soi dans l'avenir son maladroit critique comme n ballon sa nacelle.
Plus je vais, plus je m'aperçois que la seule chose es- ^ntielle pour les hommes, c'est de tuer le temps. Dans étte vie dont nous chantons la brièveté sur tous les tons, otre plus grand ennemi, c'est le temps, dont nous vons toujours trop. A peine avons-nous un bonheur, u Vamour, ou la gloire, ou la science, ou l'émotion 'un spectacle, ou celle d'une lecture, qu'il nous faut asser à un autre. Car que faire ? C'est là le grand lot.
ALFRED DE VIGNV
Les rois font des livres à présent, tant ils sentent bien que le pouvoir est là. — Il est vrai qu'ils les font mauvais.
Lesg'ouvernements regardent la littérature comme unei colonne inutile où leur jugement est écrit : ils voudraient l'empêcher de s'élever.
Bonaparte aimait la puissance et visait à la toute-puis-|i sance ; c'était fort bien fait, car elle est un fait et un fait^i incontestable, facile à prouver, tandis que la beauté' d'une œuvre de génie peut toujours se nier. Ij
f Goethe fut ennuyé des questions de tout le monde suijn
la vérité de Werther. On ne cessait de s'informer à lui'ti
de ce qu'il renfermait de vrai. 1(
« Il aurait fallu, dit-il, pour satisfaire à cette curiosité.'C
disséquer un ouvrage qui m'avait coûté tant de réflexionsl
et d'etforts incalculables dans la vue de ramener toiu^
les divers éléments à l'unité poétique. »
La même chose arriva à Richardson pour Clarisse, ij^ Bernardin de Saint-Pierre pour Paul et Virginie. jte
Quand j'ai publié .S/e//o, la même chose pour madamdfi de Saint-Aignan, dont j'avais inventé la situation dansiàj le dernier drame d'André Chénier ; la même pour Kittvpj Bell, dont j'ai inventé l'être et le nom. Pour Seroiiudt et Grandeur militaires., mêmes questions sur l'authen-icli ticité des trois romans que renferme ce volume. jnii
Mais il ne faut pas en vouloir au public, que nou;|se décevons par l'art de chercher à se reconnaître et ijfni savoir jusqu'à quel point il a tort ou raison de se fairi faii illusion.
Le nom des personnages réels ajoute à l'illusion d'op tique du théâtre et des livres, et la meilleure preuve d)jiiiai
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succès est la chaleur que met le public à s'informer delà 'éalité de l'exemple qu'on lui donne.
Pour les poètes et la postérité, il suffit de savoir que e fait soit beau et probable. — Aussi je réponds sur Laarette et les autres : Cela pourrait avoir été vrai.
Sainte-Beuve fait un long- article sur moi. Trop préoccupé du Cénacle qu'il avait chanté autrefois, il lui i donné dans ma vie littéraire plus d'importance qu'il l'en eut, dans le temps de ces réunions rares et légères. 5ainte-Beuve m'aime et m'estime, mais me connaît à 3eine et s'est trompé en voulant entrer dans les secrets le ma manière de produire. Je conçois tout d'un coup an plan, je perfectionne long-temps le moule de la sta- ,ue, je l'oublie et, quand je me mets à l'œuvre après de ong-s repos, je ne laisse pas refroidir la lave un moment. Il'est après de long-s intervalles que j'écris, et je reste plusieurs mois de suite occupé de ma vie, sans lire ni jcrire.
Suj- les détails de ma vie, il s'est trompé en beaucoup lie points. Jamais je ne comptais sur la popularité à'E- 'oa, et je voulais l'imprimer à vingt exemplaires. En aisant Cmy-J/ars, je dis à mes amis : C'est un ouvrage i public. Celui-là /i?ra lire les autres. Je ne me trompais pas.
Il ne faut disséquer que les morts. Cette manière de hercher à ouvrir le cerveau d un vivant est fausse et mauvaise. Dieu seul et le poète savent comment naît et pB forme la pensée. Les hommes ne peuvent ouvrir ce ruit divin et y chercher l'amande. Quand ils veulent le aire, ils la retaillent et la gâtent.
Je n'ai compris ce mot s'amuser que comme expripaant le jeu des enfants et des êtres sans pensées. Du
moment où l'on pense, qu'est-ce que cela? Aimer, oui, car l'amour est une inépuisable source de réflexions, profondes comme l'éternité, hautes comme le ciel, vastes comme l'univers.
L'ennui est la maladie de la vie. On se fait des barrières pour les sauter.
Quand on se sent pris d'amour pour une femme, avant de s'engager, on devrait se dire : « Comment estelle entourée ? quelle est sa vie ? » Tout le bonheur de l'avenir est appuyé là-dessus.
Cinq-Mars, Stello, Servitude et Grandeur militaires (on l'a bien observé) sont, en effet, les chants d'une sorte de poème épique sur la désillusion ; mais ce ne sera que des choses sociales et fausses que je ferai perdre et que je foulerai aux pieds les illusions; j'élèverai sur ces débris, sur cette poussière, la sainte beauté de l'enthousiasme, de l'amour, de l'honneur, de la bonté, la miséricordieuse et universelle indulg-ence qui remet toutes les fautes, et d'autant plus étendue que l'intelligence est plus grande.
Les Français ressemblent à des hommes que je vis un jour se battant dans une voiture emportée au g^alop — Les partis se querellent, et une invincible nécessité les emporte vers une démocratie universelle.
Chateaubriand vient de faire une brochure-plaidoirie pour la duchesse de Berry, dans laquelle il est un peu républicain. Le moindre écrivain républicain ne se croit nullement ohlig-é d'être un peu monarchique. — Mar que certaine que le mouvement des esprits est démo-
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îratique, puisque le plus anient monarchiste t'ait le iémocrate.