‹ Alfred de VignyChapitre 9 sur 121 · LIVRE ANTIOLE · texte numérisé non relu

LIVRE ANTIOLE

Sur une bouche pure une lèvre adultère. Elle voulut parler, mais les sons de sa voix, Sourds et demi-formés, moururent à la fois, Et sa parole éteinte et vaine fut suivie D'un soupir qui sembla le dernier de sa vie. Elle repousse alors son enfant étonné, Tant la honte a rempli ce cœur désordonné! Elle entr'ouvre le seuil, mais là tombe abattue, Telle que de sa base une blanche statue.

Ce jour-là des remparts, on voyait revenir

Un voyag-eur parti pour la ville de Tyr.

Sa suite et ses chevaux montraient son opulence.

Guidés nonchalamment par le fer d'une lance,

Fléchissaient sous leur poids, et l'onag-re rayé,

Et l'indolent chameau, par son g-uide effrayé.

Et douze serviteurs, suivant l'étroite voie,

Courbaient leurs fronts brûlés sous la pourpre et la soie ;

Et le maître disait : « Maintenant, Séphora,

Cherche dans l'horizon si l'époux reviendra ;

Elle pleure, elle dit : « Il est bien loin encore !

« Des feux du jour pourtant le désert se colore!

« Et du côté de Tyr je ne l'aperçois pas. »

Mais elle va courir au-devant de mes pas ;

Et je dirai : « Tenez, livrez-vous à la joie!

« Ces présents sont pour vous, et la pourpre et la soie,

« Et les moelleux tapis, et l'ambre précieux,

« Et l'acier des mii-oirs que souhaitaient vos veux. »

Voilà ce qu'il disait, et de Sion la sainte

Traversait à grands pas la tortueuse enceinte ,

Tout Juda cependant, aux fêtes introduit,

Vers le temple, en courant, se pressait à grand bruit :

Les vieillards, les enfants, les femmes affligées,

Dans les longs repentirs et les larmes plongées,

Et celles que frappait un mal secret et lent,

Et l'aveugle aux longs cris, et le boiteux tremblant,

Et le lépreux impur, le dégoût de la terre,

Tous, de leurs maux guéris racontant le mystère,

Aux pieds de leur Sauveur l'adoraient prosternés.

Lui, né dans les douleurs, roi des infortunés,

D'une féconde main prodiguait les miracles,

Et de sa voix sortait une source d'oracles :

De la vie avec l'homme il partageait l'ennui,

Venait troubler le pauvre et s'égalait à lui.

Quelques hommes, formés à sa divine école,

Nés simples et grossiers, mais forts de sa parole,

Le suivaient lentement, et son front sérieux

Portait les feux divins en bandeau glorieux.

Par ses cheveux épars une femme entraînée,

Qu'entoure avec clameur la foule déchaînée.

Paraît : ses yeux brûlants au Ciel sont dirigés,

Ses yeux, car de longs fers ses bras nus sont chargés.

Devant le fils de l'homme on l'amène en tumulte,

Puis, provoquant l'erreur et méditant l'insulte,

Les Scribes assemblés s'avancent, et l'un d'eux :

« Maître, dit-il, jugez de ce péché hideux;

« Cette femme adultère est coupable et surprise :

« Que doit faire Israël de la loi de Moïse? »

Et l'épouse infidèle attendait, et ses yeux

Semblaient chercher encor quelque autre dans ces lieux;

Et la pierre à la main, la foule sanguinaire

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