LA « MÉDÉE » DE CORNEILLE
Le public français a fait jusqu'ici des prodiges de respect. Ecouter la tragédie classique avec ses froides abstractions, telle qu'elle lui a été servie jusqu'ici, se résignera entendre des vers dont le second est toujours
JOURNAL d'un poète lib l
faux à cause de la cheville, ce qui force l'esprit à en retrancher dix sur ving"t, c'est prodigieux. Il n'est pas surprenant qu'il se lasse.
La tragédie française a été presque toujours une suile \de discours sur une situation donnée.
L'esprit du travail est souvent incomplet en nous, et il est malheureux que tout le monde ait la faculté de travailler, produire, écrire, avec une demi-attention. C'est là ce qui fait les oeuvres médiocres.
Lorsqu'on sent que l'on ne sera pas tout entier à son ouvrage, il vaut mieux s'absenter et marcher, agir, pour ne pas s'y mettre à demi.
Lorsqu'une idée neuve, juste, poétique, est tombée de je ne s^is où dans mon âme, rien ne peut l'en arracher ; elleygerme commele grain dans une terre labourée sans cesse par l'imagination. En vain je parle,j'agis, j'écris, je pense même sur d'autres choses : je la sens pousser en moi, Tépi mûrit et s'élève, et bientôt il faut que je moissonne ce froment et que j'en forme, autant que je puis, un pain salutaire.
DE l'éducation INIVERSITAIRE
Rien de plus niais que la routine des classes, du latin et du grec pour tous. Les œuvres anciennes sont excellentes pour former le style.
Or qui a besoin avant tout d'un style? — Ceux qui doivent être professeurs, rhéteurs, ou, par un hasard plus grand encore, poètes.
Mais la majorité de la nation a besoin d'éducation professionnelle et spéciale.
DES ORGANES Des organes mauvais servent l'intellig'ence,
ai-je dit dans le poème de la Flûte.
Malebranche était idiot jusqu'à l'âge de dix-sept ans. — Une chute le blesse à la tête, on le trépane, il devient un homme de génie. Descartes trépané fût devenu peut-être idiot.
Un élève de l'Ecole polytechnique acheva dans le somnambulisme et trouva dans le sommeil le problème qu'il avait en vain cherché tout éveillé. — Preuve que l'âme se détache des organes, agit et perçoit sans eux.