SES IDEES : DIEU D
Il plaçait à certains points de vue le gentilhomme au dessus de Tecclésiastique parce que celui-ci se permettait certaines choses qui froisseraient toujours celui-là ,1;.
Alfred de Vignv aimait trop la vérité pour songer à dissimuler les erreurs du clergé sous l'ancien
régime ; il les a même soulignées avec complaisance dans certains chapitres de Cinq-mars ceux qui racontent le jugement et la mort d'Urbain Grandier entre autres mais il rendait hommage au clergé d'aujourd'hui : son austérité et sa vertu remplacent l'autorité intellectuelle qu'il ne possède plus depuis longtemps ;2j.
Il reconnaissait aussi que, quelle que soit leur valeur, les prêtres, du moins, vivaient sur les sommets de la Pensée, et cela créait, entre eux et lui, poète si élevé et si religieux — dans le sens très large du mot — une sorte de confraternité.
Et puis les serviteurs du Christ n'ont-ils pas, comme les serviteurs d'Orphée, des enthousiasmes incompris des foules ?
Les esprits forts du temps, les Homais de son chef-lieu de canton, devaient lui faire une va^ue réputation de cléricalisme ; ne se scandalisait-il pas
(1) id, p. 87.
(2) Cinq-Mars. I. La Rue. p. 52. Journal p. 42.
^ie la représentation de certaine pièce impie : Le maréchal Bnine ou la Terreur de i8 15 par Fontan et Dupeuty, un des parodistes de Victor Hugo ? (i). N'avait-il pas déploré le manque de foi général, par la bouche de Chatterton ? ■2-
N'avait-il pas baptisé la cloche de Champagne, 5a paroisse, en lui donnant une Sainte-Vierge ? (3).
En vrai gentilhomme, il réprouvait tout cri grossier. Le « à bas les prêtres >; révoltait ce noble libre-penseur. Il entendait que les ministres du Christ fussent honorés comme les autres citoyens (4).
Enfin il rendait hommage à la patience des Sœurs de charité et à leur dévouement envers tous, sans distinction de culte \b].
(1) Correspondance . Appendice : Première lettre parisienne Mœurs et Beaux-Arts, p. 390-391.
(2) Chatterton, acte III, se. I., p. 57. Il nous semble intéressant de donner cet extrait d'une lettre d'Alfred de Vigny à propos d'un projet de séparation de l'Eglise et de l'Etat : « Si le clergé renonce à être salarié par l'Etat, il mourra de faim en un an au milieu d'un peuple voltairien qui souscrira un jour pour un sermon et donnera le double le lendemain pour un concert. Le lundi, Lacordaire, le mardi, Liszt. Correspondance, à Philippe Busoni, 3 décembre 1843, p. 113. »
(3) Correspondance, au docteur Montalembert, 27 août 1850, p. 190.
(4) Revue de Paris, 15 août 1897, Lettres à une Puritaine, 14 mai 1848, p. 693.
(5) Correspondance, à la vicomtesse du Plessis, 10 octobre 1861, p. 326-327. Lettre à Augusta Holmes, 9 arril 1862, citée